Législative partielle dans le 20ème : Entretien avec la candidate Danielle Simonnet

À l’approche du scrutin des 30 mai et 6 juin, Paris Lights Up donne la parole aux candidates et candidats qui auront l’opportunité de représenter la quinzième circonscription de la capitale à l’Assemblée nationale. On retrouve aujourd’hui Danielle Simonnet, élue du 20ème et incontournable représentante parisienne de la France Insoumise.

Paris Lights Up : Si vous êtes élue députée dans le cadre de cette élection législative partielle et que vous deviez choisir trois priorités pour votre mandat, quelles seraient-elles ?

Danielle Simonnet : Ma première priorité sera de poursuivre la bataille engagée par le groupe FI à l’Assemblée nationale pour défendre une planification sanitaire alternative au confinement pour lutter contre la covid-19. Le vaccin doit devenir un bien commun et être accessible à toutes et tous et partout dans le monde. Hélas, le président Macron s’y est opposé en faisant voter la France contre à l’Organisation mondiale du commerce. Nos députés européens ont néanmoins poursuivi cette bataille et fini par avoir gain de cause au Parlement européen. La majorité présidentielle préfère imposer un pass sanitaire au mépris des libertés, notamment des données médicales !

Il faut généraliser de la crèche à l’université les demi-groupes, embaucher le personnel nécessaire pour y contribuer. Pour l’instant, hélas, le gouvernement ne l’a concédé que pour les lycées. Les auto-tests doivent être développés, remboursés par la sécu, et les familles accompagnées et bénéficier de solution d’isolement (des chambres d’hôtel peuvent être réquisitionnées) pour les personnes malades vivant dans des logements trop petits. La casse de l’hôpital public doit immédiatement cesser et, au contraire, les hospitaliers doivent voir leurs effectifs et leurs rémunérations augmenter. C’est toute l’organisation sociale qu’il faut repenser, réduire le temps de travail et permettre une vie sociale par roulements. Les recherches sur les traitements doivent bénéficier de bien plus de financement public, et un pôle public du médicament doit être créé.

Ma seconde bataille est celle pour le droit au logement, digne, abordable, et pour toutes et tous. La loi sur l’encadrement des loyers et la loi sur la réquisition des logements vides doivent être modifiées pour permettre aux habitant.es d’une même commune de saisir leur conseil municipal afin qu’il puisse, via une compétence qui lui serait concédée, soit baisser les loyers de référence, soit réquisitionner tel ou tel bâtiment vide depuis des années. Les droits des locataires du logement social doivent être accrus : il n’est pas acceptable qu’ils subissent de telles dégradations de leur cadre de vie du fait de bailleurs municipaux qui ne s’en préoccupent pas. Je ne cesse de soutenir les mobilisations en ce sens dans le 20ème. Avec la crise sociale, les dettes de loyers explosent et il est impératif d’empêcher les expulsions, et au contraire de garantir le droit effectif au logement.

Ma troisième bataille peut en englober bien d’autres : il s’agit de l’instauration du référendum d’initiatives citoyennes. Je suis favorable à la convocation d’une constituante pour que le peuple puisse réécrire les règles constitutionnelles et donner réellement le pouvoir au peuple. Le RIC y est pour moi une mesure emblématique. Il permettrait aux citoyen.nes, par le biais d’une pétition, de pouvoir contrer ou proposer une loi, ou révoquer des élu.es. Les enjeux écologiques seraient enfin réellement défendus par le peuple exerçant sa souveraineté, quand le gouvernement actuel n’obéit et ne sert que les lobbys.

Le 20ème arrondissement concentre aujourd’hui bien des difficultés : taux de contamination au covid-19 parmi les plus élevés de la capitale, nombre de personnes sans abri toujours aussi révoltant, problèmes liés au mal-logement et à la hausse des prix de l’immobilier… Malgré tout, la participation locale aux dernières élections a été particulièrement faible. Comment faire en sorte que les citoyennes et les citoyens croient en la capacité de la politique en vue de changer leur quotidien ?

Être une élue de terrain, à l’écoute des habitant.es, et les aider à s’auto-organiser, est pour moi essentiel. Dans la cité Python, située derrière la Porte de Bagnolet, j’avais été marquée pendant les municipales par cette colère froide, empreinte de résignation, des locataires. L’abstention y a été massive. Je leur avais promis de revenir hors campagne. Depuis le mois de septembre, j’ai fait du porte-à-porte avec d’autres citoyens insoumis, tous les mercredis soirs. Le seul fait de venir les écouter, de prendre en note toutes leurs colères et revendications, nous a permis de retisser un lien de confiance. Nous sommes allés au-delà : en plus des courriers que je me suis empressée de faire au bailleur, à la RIVP, et au maire du 20ème et à la maire de Paris sur les conditions d’habitat indignes, j’ai proposé aux habitant.es de s’organiser pour que ça change. Je pense qu’on s’est donnés mutuellement du courage. D’assemblées générales de pied d’immeubles, en séance de porte-à-porte pour faire signer une pétition, aux déambulations-casserolades, jusqu’à un rassemblement dernièrement devant l’Hôtel de ville, la lutte s’est forgée son identité : “Python en action”. Nous avons appris mutuellement ! Nous avons percé le mur de l’invisibilité et arraché des reprises médiatiques nombreuses : votre média bien sûr, mais aussi BFM Paris, Libération, Le Monde, le Quotidien, France 3 IDF, etc. La bataille pour obtenir ce que demandent les habitant.es (le relogement de tous les locataires, maintenant) est encore loin d’être acquise. Mais je pense que cette aventure collective est la meilleure démonstration de l’utilité de l’action politique en vue de changer le quotidien.

Depuis, en lançant sur mon site de campagne le dispositif “Locataires insoumis”, d’autres mobilisations s’organisent pour défendre les droits des locataires dans différents quartiers du 20ème. Nous continuerons ces démarches au-delà de l’élection.

Les quartiers populaires connaissent une abstention massive parce que précisément, et je pense à juste titre, ils ont bien conscience que le pouvoir, gouvernemental mais aussi municipal, ne se préoccupe pas d’eux. Ils ont néanmoins participé massivement pour la dernière élection présidentielle et voté majoritairement pour Jean-Luc Mélenchon et son programme L’Avenir en commun, le plaçant en tête dans le 20ème. En cette période de crise sanitaire et de crise sociale, il est essentiel de montrer la lumière au bout du tunnel : une toute autre politique est possible, et elle est urgente ! Il n’y a pas de fatalité à la pandémie. Il n’y a aucune fatalité à la crise sociale qui jette au chômage tant de gens.

Face au duel Macron-Le Pen qui semble de nouveau se profiler à l’horizon, un nombre grandissant de militantes et de militants progressistes en appellent aujourd’hui à une véritable union pour 2022. Or les échéances à venir, en premier lieu les régionales, ne semblent guère porteuses d’espoir de ce point de vue. Quelles seraient les conditions pour que les formations de gauche mettent leurs désaccords de côté et s’entendent sur la formation d’un nouveau Front populaire ?

Avant de penser l’unité, il faut échanger sur le programme. C’est la démarche engagée par la France Insoumise autour du programme L’Avenir en commun et de nombreuses rencontres, débats, émissions et publications. Dans le 20ème, j’ai proposé au Parti communiste de mener ensemble cette campagne législative. Ils ont hélas refusé. Pourtant, à l’Assemblée nationale, nos députés votent la même chose dans plus de 90% des cas. Pour les élections régionales, je suis ravie que ce rassemblement ait pu néanmoins s’opérer autour de la candidature de Clémentine Autain.

Concernant les autres formations, comme notamment EELV, je constate qu’ils ont d’emblée refusé tout échange en vue des prochaines échéances sur l’Île-de-France comme en PACA. Je reste convaincue que pour fédérer les citoyennes et les citoyens, il est nécessaire d’avoir une orientation claire, un projet et des propositions en rupture avec le système libéral actuel : la constituante pour une 6ème République, une politique de redistribution des richesses et de lutte contre la pauvreté, une bifurcation écologique pour faire face aux défis climatiques et environnementaux, et la restauration de l’indépendance de la France au service de la paix. Les formations qui en restent à l’accompagnement du système ne peuvent que conduire à l’échec.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vos liens, votre rapport personnel, avec le 20ème arrondissement?

J’ai failli naître dans le 20ème. Mes parents habitaient rue des Partants mais en sont « partis » juste avant ma naissance ! Depuis près de trente ans, j’habite et je milite dans le 20ème. En 2001, j’ai été élue au conseil d’arrondissement et, adjointe, j’ai pu créer un conseil de la jeunesse et un conseil des habitant.es extracommunautaires pour défendre le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales. En 2006, j’ai initié le premier parrainage républicain de lycéens sans papiers menacés d’expulsion.

J’aime le 20ème car il reste un arrondissement populaire très riche en dynamiques associatives et solidaires. C’est également un arrondissement riche en diversité de nationalités, et toujours très engagé pour les batailles d’égalité des droits. Dans toutes les grandes batailles démocratiques et sociales, qu’il s’agisse du Non de 2005 au traité constitutionnel européen libéral ou des mobilisations contre la casse du système de retraite, nombreux étaient les habitant.es du 20ème présents à ces rendez-vous.

Mes deux enfants sont scolarisées dans le 20ème depuis le début et entre parents aussi, il y a toujours eu de belles mobilisations contre les suppressions de classes, les réformes rétrogrades du gouvernement contre le baccalauréat, ou en ce moment contre la réforme d’Affelnet.

Le 20ème est aussi un arrondissement riche en artistes, théâtres, associations culturelles. Face au refus du gouvernement d’engager une réelle politique de soutien à la culture et aux travailleur.euses de la culture, comme toutes celles et ceux qui subissent l’intermittence, les soutiens de la population sont forts. En témoigne le soutien à l’occupation du Théâtre de la Colline de la part de nombreux acteur.trices culturels du 20ème.

Pourriez-vous nous citer des adresses ou initiatives locales qui vous inspirent ?

Profondément féministe, je suis très fière du restaurant-traiteur L’Auberge Citoyenne (anciennement nommée CIP 20) de la rue de Tourtille, initié par des femmes du 140 rue de Ménilmontant. Je les ai soutenues depuis le début et j’espère que malgré le contexte terrible actuel, cette structure pourra se pérenniser.

Je souhaiterais également que la Perm’Belleville initiée notamment par l’association Pazapas puisse se dupliquer dans d’autres quartiers du 20ème, pour permettre aux jeunes de mieux connaître leurs droits et de ne plus subir les contrôles au faciès discriminant si fréquents.

La nouvelle épicerie Saveurs en partage du boulevard Mortier est également de ces initiatives à encourager. Très attachée au respect des petits producteurs, au commerce équitable, bio et local, cette épicerie solidaire permet également, par des accords avec la ville et ses politiques sociales, aux familles plus démunies d’accéder à leurs produits de qualité avec des réductions conséquentes à la caisse, discrètes et non discriminantes.

La Flèche d’Or, bien que ne pouvant hélas commencer sa programmation culturelle, se démène et fédère nombre d’initiatives solidaires pour organiser des redistributions alimentaires et de produits d’hygiène. La Cantine des Pyrénées, restaurant solidaire et autogéré, est également comme l’association les Marmoulins et tant d’autres, de ces projets solidaires et engagés contre la misère.

Si vous êtes élue, qu’adviendra-t-il de votre mandat de conseillère de Paris ?

Je suis attachée au mandat unique. Députée, je démissionnerai de mon mandat de conseillère de Paris et Laurent Sorel, second de nos listes “Décidons Paris” soutenues par la France insoumise aux élections municipales, deviendra donc conseiller de Paris. J’ai pleinement confiance en lui pour poursuivre le relais des mobilisations sociales et écologiques au sein de cette assemblée. Nous militons ensemble depuis longtemps, et nous aurons d’autant plus de force pour continuer !

Parmi toutes et tous les candidates et candidats, pourquoi seriez-vous la meilleure représentante de la 15ème circonscription de Paris?

D’abord le programme ! L’Avenir en commun, le programme de la FI, est le plus à même de démontrer qu’il y a une alternative à l’impasse libérale et autoritaire de Macron. D’ailleurs, le groupe France Insoumise à l’Assemblée nationale est la meilleure opposition et force de propositions ! Entendez-vous le PS à l’Assemblée ? Non.

Ensuite, les habitant.es savent qu’ils peuvent compter sur ma détermination, ma liberté et mon indépendance. Je n’ai pas peur de soutenir des causes même s’il faut parfois assumer d’être seule contre tous. Quand le directeur général des services de la mairie du 20ème était accusé d’agressions sexuelles, puis de pratiques discriminatoires et racistes, j’ai été la seule, avec Laurent Sorel, à soutenir les agent.es de la ville victimes. Il a certes fallu trois enquêtes de l’inspection générale des services pour qu’il quitte enfin ses fonctions, malgré le soutien qu’il a pu compter de la part de l’ancienne maire du 20ème, Frédérique Calandra, et d’Anne Hidalgo. Idem, je n’ai pas hésité à voter contre la convention avec l’entreprise Lafarge que la ville a imposée pour bénéficier de sable pour Paris Plages, alors que Le Monde venait de révéler que l’entreprise avait financé Daech pour continuer d’exploiter une cimenterie en Syrie. Aussi, opposée à la privatisation du crématorium du Père Lachaise engagée par la majorité parisienne, je suis la seule à avoir tout tenté pour l’empêcher, jusqu’à un recours au Tribunal administratif. Élue députée, je continuerai avec la même détermination à défendre l’intérêt général et à soutenir les mobilisations des habitant.es du 20ème.

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Pour suivre la campagne de Danielle Simonnet : Site · Facebook · Twitter

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NDLR : Nous avons respecté le mode d’expression des candidates et des candidats, notamment leur choix d’utiliser une écriture inclusive dans le cadre de propos recueillis par écrit.

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À l’approche de cette élection législative partielle des 30 mai et 6 juin, notre rédaction interroge les personnalités candidates dans une série d’entretiens-portraits :

François-Marie Didier, conseiller de Paris de l’opposition, élu du 20ème, et directeur développement territorial dans une grande entreprise du secteur de l’énergie, candidat avec le soutien des partis LR et Libres.

Lamia El Aaraje, conseillère de Paris de la majorité, élue du 20ème, et docteure en pharmacie, candidate avec le soutien du Parti socialiste, du Parti radical de gauche, de République et Socialisme.

Sarah Gardent, agente de Pôle emploi, candidate avec le soutien du Parti ouvrier indépendant démocratique.

Antoinette Guhl, conseillère de Paris de la majorité, élue du 20ème, et directrice d’une structure dédiée au recyclage et au réemploi, candidate avec le soutien des partis EELV et Génération·s.

Danielle Simonnet, conseillère de Paris de l’opposition, élue du 20ème, et psychologue de l’Éducation nationale, candidate avec le soutien de la France insoumise.

Thomas Roger, infirmier en service de gériatrie, candidat avec le soutien du Parti communiste.

Deux autres candidats, dont Farid Ghehiouèche (FLUO – Cannabis sans frontières), se sont déclarés tardivement après les reports de la législative. Les partis de la majorité présidentielle LREM-MoDem ne présentent pas de candidate ou de candidat dans le cadre de cette élection.

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Photographie d’illustration : Danielle Simonnet

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