Législative partielle dans le 20ème : Entretien avec la candidate Lamia El Aaraje

À l’approche du scrutin des 30 mai et 6 juin, Paris Lights Up donne la parole aux six candidates et candidats qui auront l’opportunité de représenter la quinzième circonscription de la capitale à l’Assemblée nationale. On retrouve aujourd’hui Lamia El Aaraje, conseillère de Paris et élue du 20ème, en campagne avec le soutien du Parti socialiste, de République et Socialisme, et du Parti radical de gauche.

Paris Lights Up : Si vous êtes élue députée dans le cadre de cette élection législative partielle et que vous deviez choisir trois priorités pour votre mandat, quelles seraient-elles ?

Lamia El Aaraje : Mon expérience d’élue de l’arrondissement m’amène à un premier combat : l’égalité réelle. Faire en sorte que tous les enfants du 20ème bénéficient des mêmes opportunités quelles que soient leurs conditions de départ dans la vie. L’éducation et la formation sont leurs meilleures chances afin de leur permettre de devenir les adultes qu’ils souhaitent être. Cela implique des moyens pour l’éducation dans nos quartiers populaires et plus globalement, une qualité renforcée de l’école publique et laïque, avec une augmentation du dédoublement des classes (plutôt que de fermer des classes dans le 20ème !), et une revalorisation des enseignants et du personnel de l’éducation nationale pour sanctuariser leurs missions.

Lorsqu’on quitte le lycée, que l’on fait face à des choix cruciaux et que l’on se tourne soit vers des études, soit vers un premier travail, soit vers un cursus professionnel, l’égalité réelle implique un accès facilité à un logement social, ce que je défendrai avec conviction à l’Assemblée nationale. Lorsqu’on n’a aucun horizon à court terme, et aucun revenu, le RSA Jeunes est un minimum vital nécessaire. L’égalité réelle implique également la défense des retraites et de l’assurance chômage, car ce sont des droits fondamentaux. 

Une autre priorité cruciale à mes yeux, c’est la santé. Il faut tout faire pour vacciner massivement contre la Covid-19 afin de sortir de cette crise, en priorisant les enseignants, les professionnels de la petite enfance et les travailleurs sociaux, et décréter public le brevet du vaccin contre la Covid-19. Derrière cette crise et à plus long terme, se pose l’enjeu d’un service public de santé assurant des soins de qualité et de proximité pour tous. Il faut sortir de la logique purement comptable dans laquelle il s’inscrit, sortir de la tarification à l’activité à l’hôpital, tout en mettant tout en œuvre pour prévenir les maladies plutôt que les guérir. 

En matière de santé comme en matière d’écologie, il faut changer vite de modèle. L’heure n’est plus à la démonstration des enjeux du réchauffement climatique mais à la mise en place de politiques favorisant une écologie au bénéfice de chaque citoyen. Il est vital de rendre les transports en commun gratuits, il est nécessaire d’interdire les néonicotinoïdes pour la préservation de la biodiversité. Plus généralement, il faut mettre en œuvre les propositions de la convention citoyenne pour le climat.

Je défendrai à l’Assemblée nationale l’augmentation des moyens humains de proximité pour assurer la tranquillité publique, pour éradiquer les trafics, et pour que nos quartiers vivent en harmonie sans discrimination ni haine raciste, antisémite, sexiste, ou homophobe.

Je vois déjà les ravages de la crise sociale que nous traversons, en particulier pour nos jeunes en détresse, souvent au chômage sans perspective de trouver un emploi, ou étudiants « fantômes » qui font la queue pour un peu de nourriture.

Comme vous, toutes générations confondues, je pense d’abord à nos enfants et petits-enfants, à nos jeunes, ils sont notre présent et notre avenir, ils sont notre cœur battant. L’éducation et la formation sont leurs meilleures chances afin de leur permettre de devenir les adultes qu’ils souhaitent être.

Je suis profondément attachée au service public. C’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas. C’est notre bien commun, à protéger et à préserver. Je me battrai de toutes mes forces pour les services publics. 

Le 20ème arrondissement concentre aujourd’hui bien des difficultés : taux de contamination au Covid-19 parmi les plus élevés de la capitale, nombre de personnes sans abri toujours aussi révoltant, problèmes liés au mal-logement et à la hausse des prix de l’immobilier… Malgré tout, la participation locale aux dernières élections y a été particulièrement faible. Comment faire en sorte que les citoyennes et les citoyens croient en la capacité de la politique en vue de changer leur quotidien ?

Je le vois comme une démonstration. Le constat par la preuve. Rappeler aux citoyens que voter, c’est un réel pouvoir de décision, que lorsqu’on se sent impuissant il n’y a pas de meilleur moyen d’action. Voter sert à quelque chose. 

Mais attention, une fois que ce vote est donné, nous avons, en tant qu’élus, l’immense responsabilité d’être à la hauteur de cette confiance et de faire changer les choses avec beaucoup de sérieux, de rigueur et d’honnêteté.

Face au duel Macron-Le Pen qui semble de nouveau se profiler à l’horizon, un nombre grandissant de militantes et de militants progressistes en appellent aujourd’hui à une véritable union pour 2022. Or les échéances à venir, en premier lieu les régionales, ne semblent guère porteuses d’espoir de ce point de vue. Quelles seraient les conditions pour que les formations de gauche mettent leurs désaccords de côté et s’entendent sur la formation d’un nouveau Front populaire ? 

Le Front populaire, c’est un moment politique essentiel qui me porte depuis toujours, mais soyons clair, on ne va pas reformer le Front populaire, nous allons écrire notre propre histoire avec ce qu’est notre époque et ce que nous, citoyens de gauche, sommes aujourd’hui.

L’union de la gauche ? C’est un impératif. Est-ce que ce sera difficile ? Oui. 

Cela nécessite de se mettre autour d’une table, de discuter, de débattre, d’écouter, d’être entendu, bref c’est du travail et c’est à reconstruire. Est-ce que pour autant il faut renoncer ? Certainement pas ! 

Il y a des choses qui nous divisent mais ce qui nous rassemble est beaucoup plus fort que ça. Ma candidature en est la meilleure preuve. Nous avons pu réunir des forces différentes, le Parti Radical de Gauche, République et Socialisme, et un grand nombre de sympathisants de gauche, de citoyens qui croient en la pertinence et la force de notre projet pour notre territoire. Nous avons des prismes différents mais nous sommes conscients que nous devons bâtir un socle commun pour éviter le pire en 2022 et répondre à l’urgence sociale et climatique à laquelle nous sommes confrontés.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vos liens, votre rapport personnel, avec le 20ème arrondissement ?

Je vis dans le 20ème, je m’y suis mariée et j’y élève mes enfants.

Le 20ème arrondissement m’a construite, je m’y suis forgée politiquement au contact des habitantes et des habitants, au contact des structures, des associations, des initiatives locales. J’ai bénéficié de son énergie, de sa diversité, de son incomparable charme. J’y ai donc de profondes attaches affectives.

Pourriez-vous nous citer des adresses ou initiatives locales qui vous inspirent ?

J’aime boire un verre place Martin Nadaud, passer du temps au café associatif Natema, et me balader rue Saint-Blaise jusqu’à la place Bilal Berreni. 

J’ai rencontré beaucoup de mamans dans cette campagne, qui se sont organisées autour et pour leurs enfants : je pense à ces collectif de mamans à Belleville et Saint-Blaise, ou encore à l’association Benkadi Afema 20. Ces femmes sont inspirantes car leurs initiatives permettent d’occuper les jeunes, de veiller sur eux, et contribuent à prévenir les phénomènes de rixes. On travaille de plus en plus avec elles sur ces différents sujets.

Elles vulgarisent les messages de prévention et relaient les alertes quand on a connaissance d’un problème ou d’une tension en des dizaines de langues et de dialectes, via des messages audio sur des boucles d’échange, pour permettre à un maximum de mamans, francophones ou non, d’être impliquées dans la vie de la cité. 

Si vous êtes élue, qu’adviendra-t-il de votre mandat de conseillère de Paris ?

Je suis aujourd’hui conseillère de Paris, présidente de la 3ème commission du Conseil de Paris et déléguée au maire du 20ème arrondissement en charge de la prévention, de la sécurité et de la médiation.

En siégeant à l’Assemblée nationale, je n’aurai plus de mandat exécutif, mais mon mandat de conseillère de Paris me permettra de rester en lien avec le quotidien. 

Parmi toutes et tous les candidates et candidats, pourquoi seriez-vous la meilleure représentante de la 15ème circonscription de Paris ?

Pour beaucoup de raisons il me semble !  Je dirais que la première raison, évidente, c’est mon amour pour ce territoire et pour ces habitants, la deuxième ce serait peut-être que je suis une immense bosseuse, quand on me confie une mission, je ne lâche rien, jamais, la troisième raison serait peut-être que je ne me projette pas dans des plans pluriannuels. Pour faire changer les choses, c’est maintenant ! Je veux porter et incarner des valeurs de gauche, tout en incarnant un renouvellement générationnel, je veux que nous vivions dans une société plus juste, ce sont des notions très concrètes pour moi et ce sont des valeurs que je partage avec la plupart des habitants de cette circonscription, il me semble donc que j’en serai la meilleure représentante.

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Pour suivre la campagne de Lamia El Aaraje : Facebook · Twitter

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À l’approche de cette élection législative partielle des 30 mai et 6 juin, notre rédaction interroge toutes les personnalités candidates dans une série d’entretiens-portraits :

François-Marie Didier, conseiller de Paris de l’opposition, élu du 20ème, et directeur développement territorial dans une grande entreprise du secteur de l’énergie, candidat avec le soutien des partis LR et Libres.

Lamia El Aaraje, conseillère de Paris de la majorité, élue du 20ème, et docteure en pharmacie, candidate avec le soutien du Parti socialiste, du Parti radical de gauche, de République et Socialisme.

Sarah Gardent, agente de Pôle emploi, candidate avec le soutien du Parti ouvrier indépendant démocratique.

Antoinette Guhl, conseillère de Paris de la majorité, élue du 20ème, et directrice d’une structure dédiée au recyclage et au réemploi, candidate avec le soutien des partis EELV et Génération·s.

Danielle Simonnet, conseillère de Paris de l’opposition, élue du 20ème, et psychologue de l’Éducation nationale, candidate avec le soutien de la France insoumise.

Thomas Roger, infirmier en service de gériatrie, candidat avec le soutien du Parti communiste.

Les partis de la majorité présidentielle LREM-MoDem ne présentent pas de candidate ou de candidat dans le cadre de cette élection.

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Les résidentes et résidents de la 15ème circonscription de Paris qui ne le seraient pas encore peuvent s’inscrire sur les listes électorales jusqu’au vendredi 23 avril pour participer à cette législative partielle.

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Photographie d’illustration (recadrée) : Lamia El Aaraje
© François Lafite

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