Un nouveau campement au cœur de Paris pour appeler à l’hébergement de centaines de jeunes réfugiés à la rue

Près de 200 jeunes réfugiés ont passé une troisième nuit à la rue sur la place du Palais Royal, entre les façades du Louvre et du Conseil d’État. Venus d’un campement installé depuis cinq mois sous le périphérique, ils espèrent « visibiliser cette situation et accéder à des hébergements d’urgence en Île-de-France ».

La température affiche 2 degrés en ce lundi matin, alors qu’une pluie glacée s’abat sur les dizaines de tentes installées vendredi sur le parvis du Palais Royal. Organisée aux côtés des associations Utopia 56, Médecins du Monde, et Médecins sans Frontières (MSF), cette nouvelle action « d’installation pacifique » vise à alerter les pouvoirs publics quant au sort réservé aux jeunes réfugiés dont la minorité n’a pas été reconnue par les services de l’administration. Dans la continuité des campements éphémères de ces dernières années à Bastille, à l’Hôtel de ville, au jardin Villemin, au gymnase Japy, ou à République, il s’agit une nouvelle fois de mettre en lumière une « crise humanitaire [qui] rencontre le silence des autorités » en la rendant plus visible.

Voici près de cinq mois que plusieurs centaines de jeunes, jusqu’à 500, « survivent sous les ponts » du périphérique entre la capitale et Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). « Depuis le 10 juin dernier, où de premiers jeunes se sont retrouvés entre les berges de Seine et une départementale, faute de mieux, le campement n’a cessé de s’étendre », expliquent les équipes d’Utopia 56 et de Médecins sans Frontières dans un communiqué commun. « À chaque refus prononcé par les départements quant à leur minorité, ces jeunes sont remis à la rue. Tous pourtant ont entamé une procédure de recours devant le juge des enfants. Les associations ont transmis le 15 novembre à la préfecture d’Ile-de-France une liste de près de 500 jeunes en situation d’errance. »

« De plus en plus de pathologies liées au séjour prolongé de ces jeunes dans le froid »

« Les associations Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde et la Croix-Rouge, ont alerté à plusieurs reprises l’Agence régionale de santé quant à la détresse psychique et physique des jeunes, faisant état d’une situation alarmante. Les pathologies identifiées sont la conséquence directe de la vie à la rue, de la précarité, et des mauvaises conditions d’hygiène. Il est impossible de soigner ces jeunes sans intervenir sur leur environnement », poursuivent les associations, qui jugent la situation de plus en plus préoccupante du fait de la baisse des températures entrevue ces derniers jours. « MSF a installé une clinique mobile devant le Conseil d’État et constate de plus en plus de pathologies liées au séjour prolongé de ces jeunes dans le froid », indiquent ainsi ses équipes.

« Quatre jeunes ont été pris en charge par les pompiers pour hypothermie. Par son inaction, l’État se rend coupable de non-assistance à personnes en danger », accusaient pour leur part les porte-paroles d’Utopia 56 ce dimanche, au second jour du campement installé sous les fenêtres de la plus haute juridiction administrative française. Les associations regrettent notamment l’absence de dialogue des autorités et du gouvernement, précisant demander depuis des mois un échange « avec Charlotte Caubel, secrétaire d’État à la protection de l’enfance, ce qu’elle a toujours refusé jusqu’à maintenant. Aucune solution concrète n’a été avancée en tentant la voie du dialogue avec les autorités publiques ».

« L’État continue d’abandonner consciemment des enfants à la rue »

D’après les équipes qui accompagnent les centaines de réfugiés du campement d’Ivry-sur-Seine, pour la plupart originaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afghanistan, la situation sur place est particulièrement indigne. « La présence de cinq toilettes de chantier et l’installation il y a deux semaines de six robinets d’eau ne respectent même pas, à moins d’un kilomètre de Paris, les normes sanitaires du Haut Commissariat aux Réfugiés, permettant un minimum de dignité », jugent ainsi les équipes humanitaires. D’après Euphrasie Kalolwa, responsable plaidoyer au sein de MSF, seule une douzaine de douches a été installée pour les quelque 500 personnes présentes sur place, qui n’ont pour beaucoup « ni chaussures fermées, ni manteaux ».

« Parmi les jeunes ayant survécu sur ce campement, au moins 116 ont finalement été reconnus mineurs et pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Ces 116 jeunes ont passé plusieurs semaines ou mois dans des conditions terribles, avant que l’erreur faite lors de leur évaluation ne soit finalement reconnue », précisent les associations. « Pour tous les autres, les procédures sont en cours et l’État continue d’abandonner consciemment des enfants à la rue, sans aucune ressource. Dans le même temps, une enquête de la commission des droits de l’enfant de l’ONU a été ouverte concernant le traitement par la France des mineurs non accompagnés. »

Associations et jeunes demandent en priorité « des solutions d’hébergement et un accompagnement adapté »

D’après les chiffres de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), cités dans un rapport d’information du Sénat de septembre 2021« 23 461 mineurs non accompagnés étaient […] pris en charge par les conseils départementaux au 31 décembre 2020 ». En 2019, sur 37 212 « évaluations de minorité réalisées », le nombre de jeunes considérés mineurs par les services de l’État était de 12 237. « Parmi les jeunes accompagnés par Utopia 56 à Paris, environ 65% d’entre eux ont finalement été reconnu.es mineur.es en 2021 après avoir déjà passé plusieurs mois à la rue », indiquait l’association l’été dernier lors de l’installation d’un campement similaire sur la place de la Bastille.

Également soutenus par des collectifs locaux comme les Midis du MIE et Timmy – Soutien aux Mineurs Exilés, associations et jeunes appellent aujourd’hui en priorité à « des solutions d’hébergement et un accompagnement adapté », ainsi qu’à « la reconnaissance de la présomption de minorité telle qu’édictée dans la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ». Quelques mois après l’organisation d’une manifestation « pour un accueil inconditionnel et égal de toutes les personnes exilées », les manquements de l’État concernant l’hébergement des personnes qui survivent depuis des années dans des campements aux portes de la capitale apparaissent toujours de manière aussi criante.

 

 

Photographie : Campement de la place du Palais Royal, Paris – 5 décembre 2022
© Paris Lights Up

 

 

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