Au jardin Villemin, une nouvelle action pour le droit au logement et la mise à l’abri de centaines de personnes à la rue

Alors que la trêve hivernale relative aux expulsions vient de s’achever, près de 350 personnes sans-abri et plusieurs associations occupent depuis dimanche soir les pelouses du jardin Villemin (10ème arrondissement), aux abords du canal Saint-Martin.

Après le succès de ses dernières actions au gymnase Japy (11ème) puis à République le mois dernier, le collectif Réquisitions alertait de nouveau les pouvoirs publics ce dimanche à l’occasion d’un rassemblement de plusieurs milliers de personnes sur la grande place de l’est parisien. Réunissant des associations comme Utopia 56, Droit au Logement, et Solidarité Migrants Wilson, cette initiative a permis la mise à l’abri de plusieurs centaines d’hommes, femmes, et enfants privés de logement.

Celles et ceux restés sans toit suite à cette nouvelle action demeurent malgré tout très nombreux. « En concertation avec l’ensemble des personnes laissées sans solution d’hébergement, la décision a été prise de se rassembler dans le jardin Villemin afin de maintenir la pression sur l’État et obtenir des solutions d’hébergement », précise le collectif Réquisitions. Ils étaient encore des centaines ce mercredi dans cet espace vert situé face aux quais du canal Saint-Martin. Après deux nuits avec des couvertures pour seules protections, « 234 tentes ont été distribuées afin d’améliorer les conditions de survie » sur place. D’après l’association d’aide aux personnes exilées Utopia 56, qui a fourni ces équipements, « [le] stock était initialement prévu pour l’hiver prochain ».

L’association dénombrait encore ce matin « 350 personnes au jardin Villemin, avec quelques suspicions covid, 100 femmes et enfants chez nos hébergeur·ses solidaires, et 350 personnes à la rue dans le nord de Paris ». Dans le 10ème arrondissement, les occupants du square précisent n’avoir toujours « aucune nouvelle » de la préfecture, malgré une « urgence à mettre à l’abri ». Car si les campements installés aux portes de la capitale ont été en partie évacués ces derniers mois suite à des opérations de police répétées, elles n’ont pas été accompagnées de solutions de logement durables pour toutes et tous.

Le collectif Réquisitions estime que « la politique mise en place par Didier Lallement « 0 campement » a pour effet d’invisibiliser les personnes exilées à la rue, et rend très difficile l’évaluation du nombre de personnes subissant cette situation. En France, contrairement aux autres pays européens, le passage par la rue est une fatalité, ces mises à l’abri d’envergure ne seraient pas nécessaires si chaque personne était prise en charge à son arrivée sur le territoire ». Après une série d’actions ayant permis l’hébergement de plus de deux mille hommes, femmes, et enfants depuis l’automne dernier, les associations membres du collectif rappellent que « selon la convention de Genève et la loi française, l’État a le devoir de proposer des solutions d’hébergement à toutes ces personnes ». Afin de visibiliser la détresse de ces dernières et d’interpeller les pouvoirs publics, les associations et leurs bénévoles ont promis de se relayer pour « pour accompagner l’organisation du campement, tant qu’aucune solution ne sera proposée ».

Soulignant la proportion très élevée d’appartements et de locaux vacants, dans la capitale comme dans le reste de la France, le collectif évoque plus largement l’urgente nécessité d’un « droit à un logement décent, stable et abordable ». À Paris, seuls 80% des logements sont « occupés toute l’année par des ménages dont c’est la résidence principale », d’après les chiffres de l’Atelier parisien d’urbanisme. En effet, 9% sont des résidences secondaires, et 11% sont considérés comme vacants. D’après d’autres données, celles de l’Insee, la capitale compte aujourd’hui près de 117 000 logements vides (autour de 400 000 en Île-de-France). Par comparaison, 2 785 personnes à la rue ont été recensées lors de la Nuit de la Solidarité parisienne de mars 2021.

La fin de la trêve hivernale relative aux expulsions locatives, qui avait été repoussée à ce mardi 1er juin, vient également rappeler les situations terribles que traversent encore chaque année tant de ménages : près de 30 000 d’entre eux devront quitter leur logement dans les prochaines semaines. En dépit de la crise actuelle, certains n’ont pu profiter d’aucun répit supplémentaire. D’après Droit au Logement, une famille avec six enfants a été expulsée de son appartement de Pierrefitte-sur-Seine (93) dès mardi. Ce matin, en Seine-Saint-Denis également, l’association organisait un rassemblement à Bagnolet « en soutien à une mère, veuve, et ses trois enfants scolarisés, sous menace d’expulsion imminente pour impayés de loyers ».

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Extrait du communiqué du collectif Réquisitions – jeudi 3 juin 2021 : « Installées avec le collectif Réquisitions depuis le dimanche 30 mai dans le Jardin Villemin (Paris 10ème), les 523 personnes présentes ont enfin pu être mises à l’abri par la préfecture d’Ile-de-France/Paris. Elles ont été accompagnées vers l’espace du Paris Event Center, porte de la Villette, avant l’évaluation de leur situation sociale et administrative, et l’orientation vers des structures pérennes. »

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Photographies © Paris Lights Up

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