Un collectif occupe le gymnase Japy (11ème) pour demander la mise à l’abri de 350 personnes à la rue

Rassemblant plusieurs associations parmi lesquelles Utopia 56, Droit au Logement, et Solidarité Migrants Wilson, l’action lancée ce jeudi matin vise à « demander à l’État de mettre en place un hébergement stable et décent » pour ces nombreux hommes, femmes, et enfants privés de logement.

L’ambiance est calme en cette fin d’après-midi à l’entrée du gymnase Japy, salle omnisports à l’histoire tragique construite à la fin du XIXème siècle à deux pas du boulevard Voltaire (11ème arrondissement). Une situation sans comparaison avec la violente répression policière qui s’était abattue sur les humanitaires et les exilés venus installer leurs tentes sur la place de la République en novembre dernier. À l’intérieur, les responsables des différentes associations participant à cette initiative organisent l’accueil des arrivants et la distribution des repas. Des équipes de la Protection civile sont également présentes. Venues des campements des portes de Paris et de Seine-Saint-Denis, plus de « 350 personnes sans-abri, dont des familles avec enfants », seront ce soir protégées des averses printanières et des dangers de la rue.

Dans un communiqué publié en parallèle de cette action, le collectif Réquisitions, réunissant « des associations et collectifs de personnes mal logées, sans-abri, avec ou sans-papiers, des collectifs d’exilé·e·s, de soutien », demande aux pouvoirs publics des solutions durables pour loger les centaines d’occupants du gymnase. « Le collectif rappelle que le droit à l’hébergement est un droit inscrit dans la loi que l’État doit mettre en œuvre, jusqu’à une orientation vers un relogement, ou un hébergement de stabilisation. C’est aussi un engagement d’Emmanuel Macron », souligne-t-il.

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Évoquant « des alertes quotidiennes auprès de la mairie et de la préfecture », les responsables associatifs dénoncent le sort indigne encore trop souvent réservé aux « nombreuses personnes exilées ayant traversé les frontières au péril de leur vie, des salariés exploités avec ou sans papiers, confrontés à la cherté du logement et à l’insuffisance de lieux d’accueil », et ce malgré les mesures d’urgence annoncées dans le cadre de la crise sanitaire.

« Décidés à rester pacifiquement sur place jusqu’à la mise en place de solutions pour toutes les personnes sans-abri présentes », les membres du collectif appellent aujourd’hui les pouvoirs publics à assurer « l’hébergement inconditionnel et digne, jusqu’au relogement, de toutes les personnes sans-abri, et l’application de la loi de réquisition sur les logements et locaux de grands propriétaires ». Alors que la fin de la trêve hivernale ne devrait pas être prolongée après le 1er juin, ils demandent aussi « l’arrêt des expulsions, de toute remise à la rue de personnes et familles hébergées, et le respect de la loi DALO », et plus largement « l’arrêt des violences et des discriminations par les institutions, en France et en Europe, envers les personnes exilées, et la construction d’une réelle politique d’accueil. »

Soulignant la proportion très élevée d’appartements, de locaux, et même de bureaux vacants, les associations souhaitent à travers cette action évoquer l’urgente nécessité d’un « droit à un logement décent, stable et abordable. » Rappelons qu’à Paris, seuls 80% des logements sont « occupés toute l’année par des ménages dont c’est la résidence principale », d’après les chiffres de l’Apur. En effet, 9% sont des résidences secondaires, et 11% sont considérés comme vacants. D’après d’autres données, celles de l’Insee, la capitale compte aujourd’hui près de 117 000 logements vides (autour de 400 000 en Île-de-France) – par comparaison, 2 785 personnes à la rue ont été recensées lors de la Nuit de la Solidarité parisienne de mars 2021.

D’après Ian Brossat, adjoint (PCF) à la maire de Paris en charge du logement, de l’hébergement d’urgence, et de la protection des réfugiés, qui s’est rendu au gymnase, « tous auront une solution d’hébergement dès ce soir ». En lien avec les services préfectoraux, les premiers bus sont arrivés aux alentours de 20h. « En tout, avec les personnes d’aujourd’hui, en quatre opérations du collectif Réquisition [dans une ancienne école du 16ème en janvier, à l’Hôtel-Dieu en février, puis de nouveau place de la République en mars, NDLR], on aura fait mettre à l’abri plus de 1 000 personnes depuis le début de l’année ! », se félicite le collectif Solidarité Migrants Wilson.

« En raison du covid-19, la jauge des présents était limitée aujourd’hui », nuance-t-on cependant. « Environ 300 à 400 personnes recensées par les différents collectifs et associations ne sont malheureusement pas là ». Pour Utopia 56, la victoire se teinte là aussi d’amertume. « Chaque jour, des centaines de personnes reçoivent des refus d’hébergement de la part du 115 », rappelle l’association. « Aujourd’hui, il aura suffit d’une action de visibilisation pour que 350 personnes dorment à l’abri ce soir. Une politique d’accueil digne doit-elle se faire uniquement devant des caméras ? »

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Photographie : À l’entrée du gymnase Japy (11ème arrondissement), jeudi 6 mai 2021.
© Paris Lights Up

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