La ville de Paris rachète la Flèche d’Or, le Bataclan, et (probablement) le Tango

La municipalité va utiliser ses compétences de préemption pour acquérir trois adresses culturelles parisiennes en difficulté : la Flèche d’Or (20ème arrondissement), le Bataclan (11ème), et le Tango (3ème). En revanche, aucune solution pérenne n’a jusqu’à présent été trouvée pour le Théâtre de Verre (19ème) et le cinéma La Clef (5ème).

La séance estivale du conseil de Paris aura permis d’y voir plus clair concernant l’avenir de plusieurs lieux culturels de la capitale. Compte tenu de la validation du rachat du Lavoir Moderne Parisien (18ème) par l’exécutif l’été dernier, l’enveloppe de 10 millions d’euros prévue par la municipalité pour la préemption de sites à forte valeur artistique apparaît déjà bien entamée. L’équipe municipale a en effet confirmé ces derniers jours l’acquisition de trois salles emblématiques de l’est parisien : la Flèche d’Or, le Bataclan, et le Tango – La boîte à frissons.

Raphaëlle Primet, conseillère de Paris (PCF) et déléguée au maire du 20ème en charge de l’économie culturelle, de la vie nocturne et des préemptions des lieux culturels, se félicite de l’évolution du dossier à rebondissements de la Flèche d’Or. Elle souhaite que cette acquisition permette de conserver un esprit similaire à celui de l’occupation temporaire actuelle, pour en faire sur le long terme un lieu « solidaire et militant, construit avec les habitantes et les habitants ». Le rachat de l’ancienne gare de Charonne auprès de son propriétaire actuel, Keys Asset Management, devrait être effectif d’ici l’automne.

Le montant évoqué pour cette opération s’élève à 3,7 millions d’euros, une somme proche de ce que comptait initialement débourser la ville de Paris, et supérieure de 500 000 euros « seulement » à celle investie par Keys en 2018. D’après nos informations, la préemption de la Flèche d’Or devrait être officialisée en octobre après la mise en vente effective de la salle. Reste cependant le sujet des travaux nécessaires pour lui donner une nouvelle vie, avec un recours possible au budget participatif en vue d’effectuer jusqu’à 2 millions d’euros de travaux. « Il ne faut pas que ça coûte trop d’argent à la ville », précise toutefois Raphaëlle Primet.

Le dossier associera de près la mairie du 20ème et la mairie centrale, notamment l’adjointe (Paris en Commun) à la maire de Paris chargée de la culture, Carine Rolland, et la Direction des affaires culturelles. Un appel à projets devra nécessairement clarifier les futurs usages du site : la durée du bail envisagé n’a pas encore été précisée. Si les collectifs désignés l’an dernier pour occuper les lieux ont des chances de voir leurs initiatives prolongées, de nouvelles candidatures ne sont donc pas à écarter. Raphaëlle Primet insiste notamment sur « la dimension solidaire, qui doit absolument être conservée ». Les travaux pourraient par ailleurs permettre de mieux connecter la Flèche d’Or et la Maison Florian, site adjacent de la Petite ceinture qui fera l’objet d’une occupation de douze ans par l’association Aurore et Yes We Camp, avec une ouverture au grand public prévue pour 2023.

Avant l’annonce de la reprise municipale de cette salle emblématique du 20ème arrondissement, celle du fonds de commerce du Bataclan auprès du groupe Lagardère avait été confirmée il y a quelques jours. D’après les informations du Monde et de l’AFP, « le rachat de la société d’exploitation des spectacles Bataclan, pour un montant de 1,4 million d’euros, se fera par l’intermédiaire de la société anonyme d’exploitation du Palais omnisports de Paris-Bercy (SAEPOPB), dont le conseil d’administration a validé le projet ». Président de cette société d’économie mixte de la ville, le premier adjoint (PS) à la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, se réjouit de voir « une troisième salle dans le giron de la SAEPOPB, avec Bercy et la future Arena II de la porte de la Chapelle, sur trois créneaux de jauge très complémentaires : 1 000 à 1 700 spectateurs pour le Bataclan, 5 000 à 8 000 pour l’Arena II et 12 000 à 20 000 pour Bercy ».

Enfin, dans le Marais, le club Le Tango – La boîte à frissons devrait également bientôt voir son horizon s’éclaircir. Menacé de disparition en début d’année, ce haut lieu des nuits LGBTQ+ pourrait faire l’objet d’un « rachat imminent » par la ville de Paris, selon les mots de Frédéric Hocquard, adjoint (Génération·s) à la maire en charge du tourisme et de la vie nocturne. Il affirmait en janvier dernier que « tout sera[it] fait pour éviter » la disparition pure et simple de l’établissement. Cette opération étant en voie de finalisation, les détails du rachat ne nous ont pas encore été confirmés par l’équipe municipale et la mairie de Paris Centre.

Cette série de préemptions ne manquera pas de laisser quelques regrets à d’autres acteurs de la vie culturelle parisienne. Malgré une forte mobilisation citoyenne pour demander sa reprise par la puissance publique, la Clef, « dernier cinéma associatif de Paris », devrait ainsi être rachetée par le groupe SOS présidé par Jean-Marc Borello – par ailleurs membre du bureau exécutif de La République en Marche. D’après nos informations, la vente de la salle du Quartier latin n’aurait cependant toujours pas été signée à ce jour. En mai dernier, le collectif La Clef Revival avait lancé un appel à contributions « pour que la Clef devienne un bien commun, un cinéma libre, indépendant, et associatif » : plus de 100 000 euros ont ainsi pu être collectés auprès de ses soutiens.

Les équipes du Théâtre de Verre, dans le quartier de la place des Fêtes (19ème arrondissement), avaient elles aussi demandé à la maire de Paris d’intervenir afin de ne pas être délogées de leurs locaux actuels, situés dans un ancien lycée hôtelier. D’après elles, huit emplois seraient aujourd’hui menacés par le souhait de l’exécutif de voir les lieux évacués sans tarder. Leur occupation relevait d’un « bail précaire » signé avec la ville en 2015, et sensé expirer en 2019. La municipalité prévoit d’installer sur place la future médiathèque James Baldwin, ainsi qu’une « Maison des réfugiés » ; le site avait d’ailleurs accueilli un squat de personnes sans-abri et exilées en 2015, avant de voir une partie de ses bâtiments transformée en centre d’hébergement. Après deux propositions de la ville refusées, car jugées techniquement inadaptées à son rôle d’accompagnement artistique, une nouvelle offre vient d’être soumise au Théâtre de Verre afin de permettre aux compagnies théâtrales accueillies de poursuivre leurs activités : reste à savoir si un accord pourra bien être trouvé dans les semaines à venir.

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Photographie : La Flèche d’Or, Paris 20°.
© Paris Lights Up

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