Face à Bercy, les associations engagées pour le logement dénoncent les manquements de l’État

Un rassemblement était organisé ce vendredi devant le ministère de l’Économie pour dénoncer le « budget logement de misère de l’État », à l’initiative d’une trentaine d’associations et de syndicats réunis au sein de la plateforme Logement pour Toutes et Tous.

« Loyer et charges : nous payons, ils profitent ! » Alors que l’inflation galopante et la chute du pouvoir d’achat continuent de fragiliser le budget des ménages et de menacer le quotidien des plus précaires, les associations d’aide au logement s’étaient donné rendez-vous ce vendredi après-midi à Bercy (12e arrondissement) pour rappeler l’urgence de la situation. « La hausse de loyer de 3,5% à partir du 1er octobre, la hausse des charges tout au long de l’année, et la hausse des charges collectives non protégées par le bouclier énergie (eau, lumière, ascenseurs, chauffage collectif) en HLM mais aussi dans le privé, menacent beaucoup de locataires et d’habitants déjà accablés », détaille ainsi la plateforme Logement pour Toutes et Tous.

« Quand on est chez un propriétaire particulier, on voit bien que la quittance augmente, qu’il va falloir payer les charges en plus. Quand on est logés dans une copropriété, là aussi ça fait monter les tarifs, pour peu qu’il y ait un chauffage collectif, et quand on est logé en HLM, c’est la même », a noté Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de la fédération Droit au Logement (DAL). Ce dernier a notamment pointé du doigt « tous ces groupes énergéticiens qui font des profits comme jamais, qui n’ont jamais gagné autant d’argent, comme Total, Engie… ils s’engraissent sur la crise. »

Le représentant du DAL a estimé qu’il fallait « évidemment taxer les super profits », appuyant une proposition reprise par les formations réunies au sein de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (NUPES). « C’est inadmissible qu’il y ait autant de profits qui soient gagnés sur le dos des consommateurs : on a besoin de se chauffer, on a besoin de prendre l’ascenseur », a estimé Jean-Baptiste Eyraud. « En logement social et dans les copropriétés, il y a parfois un chauffage central. Là aussi, on sait que les factures vont augmenter de manière considérable. On a vu des locataires HLM dont les charges sont passées de 60 à 200, voire 250 euros par mois. Quand on a des petits revenus, et qu’on a une hausse des charges comme ça, on ne s’en sort plus ! »

Anticipant aujourd’hui une hausse des cas d’interdits bancaires dus à la généralisation des prélèvements automatiques, les membres de la plateforme Logement pour Toutes et Tous, qui rassemble des associations et de collectifs engagés pour l’accès à un logement digne et abordable (Attac, CNL, DAL, Utopia 56, etc.) aux côtés des syndicats CGT, FSU, et Solidaires, appellent à agir contre la « triple peine » qui menace les locataires les plus précaires : « vivre dans le froid, sans compte bancaire, et sous la menace de l’expulsion ».

« On demande l’encadrement des loyers dans le secteur privé, à la baisse dans toutes les zones tendues », a poursuivi le porte-parole de DAL, qui juge essentiel d’assurer un véritable « contrôle sur les lois qui encadrent les loyers, sur les mesures qui protègent les locataires. Il faut des contrôles, des sanctions, c’est comme le code de la route ! » La plateforme enjoint également les pouvoirs publics à augmenter les APL « avec remise au niveau de 2015 », à débloquer des aides pour la construction de 250 000 HLM, et à engager « la restitution des ponctions de l’État dans les caisses organismes HLM (3 milliards d’euros en 2020) et d’Action Logement (350 millions d’euros) ».

 

 

Les associations représentées face au ministère de l’Économie et des Finances ont également regretté les « lois bafouées » concernant le respect des droits des mal-logés et des sans-abri, le « droit à l’hébergement jusqu’au relogement » restant aujourd’hui largement ignoré dans les faits. « Tout l’hiver ils vont fermer des hébergements, ils vont rouvrir en urgence des gymnases… Loger des gens dans les hôtels, c’est pas une politique du logement, on dépense juste un peu de fric pour cacher un peu la misère, mais c’est tout, ça s’arrête là ! », a estimé Jean-Baptiste Eyraud. « Faut pas que ça se voie trop, alors on renvoie les gens le plus loin possible. »

La mobilisation était également l’occasion pour les militants associatifs de rappeler leur ferme opposition aux « privilèges fiscaux » accordés aux propriétaires de meublés recourant aux plateformes de location touristique « comme Airbnb, qui dans de nombreux endroits en France et à Paris, assèchent et font disparaître le logement locatif normal ». Dans certains arrondissements, la part des appartements concernés par de telles annonces représentait un pourcentage à deux chiffres avant la crise liée au covid-19. En 2019, la mairie de Paris estimait à 20 000 le nombre de multi-propriétaires utilisant la plateforme à travers la capitale. En juillet dernier, le DAL avait d’ailleurs accompagné des habitants pour obtenir la condamnation d’une agence immobilière pour une location Airbnb illégale dans le 20e arrondissement.

« Le logement rapporte énormément d’argent à l’État et aux collectivités », a rappelé Jean-Baptiste Eyraud, citant les chiffres de « 78 milliards d’euros de recettes contre 37 milliards d’euros de dépenses pour le logement » en 2020. « Ce que demande la plateforme Logement pour Toutes et Tous, c’est que l’on consacre 2,2% du PIB au logement », un niveau qui n’a plus été atteint depuis 2012. Pour le porte parole de DAL, « il faudrait même faire beaucoup plus. Si on veut mettre le paquet et loger convenablement toute la population, il faudrait non seulement construire massivement des logements sociaux, au lieu de logements privés, de logements Airbnb, mais il faudrait aussi réquisitionner les logements vides. On a jamais compté autant de logements vacants appartenant à de riches propriétaires ».

Signe du paradoxe et de la brutalité que représente la crise actuelle, des chiffres récemment publiés par l’Atelier parisien d’urbanisme estiment que près de 18 600 logements étaient « durablement vacants » à Paris en fin d’année 2020. Dans la capitale, seuls 80% des logements sont « occupés toute l’année par des ménages dont c’est la résidence principale » : en effet, 9% sont des résidences secondaires, et 11% sont considérés comme vacants. Selon d’autres données, celles de l’Insee, la région Île-de-France compterait autour de 400 000 logements vides, dont près de 117 000 dans la seule capitale : plus d’une quarantaine pour chacune des 2 600 personnes à la rue recensées à Paris lors de la Nuit de la Solidarité de janvier 2022.

Regrettant les récents emballements médiatiques autour de faits divers, et les « campagnes de communication saumâtres affirmant que les locataires qui se maintiennent dans leurs logements après avoir reçu un congé sont des squatteurs », Jean-Baptiste Eyraud redoute aujourd’hui un durcissement de la législation visant à favoriser les propriétaires. « Derrière, ils préparent des amendements, des lois, pour expulser tout de suite, pour expulser plus vite. Ce sont pourtant des acquis qu’on a obtenus ; ils oublient de dire que l’État, quand il n’expulse pas tout de suite, il indemnise les bailleurs ». Devant une situation économique plus que préoccupante pour un nombre croissant de ménages, et face aux nombreuses insuffisances des pouvoirs publics en vue de mettre fin à la pénurie de logements abordables, notamment en région Île-de-France, la plateforme Logement pour Toutes et Tous appelle plus que jamais à un « arrêt des expulsions » de locataires.

 

 

Photographie d’illustration : Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de DAL, lors du rassemblement du 7 octobre 2022 à Bercy (12e arrondissement).
© Paris Lights Up

 

 

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