Aux portes de Paris, des familles avec enfants dorment encore sous les ponts

Alors que les températures se font déjà hivernales, près de 150 personnes ont trouvé un refuge précaire dans le passage souterrain qui relie le 19e arrondissement de Paris au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis). Les riverains organisent une manifestation de solidarité ce dimanche afin de demander « un hébergement d’urgence pour les exilé·e·s des tunnels ».

Il fait à peine 6 degrés alors que la nuit tombe sur la capitale ce vendredi soir. Près d’une centaine de tentes ont été installées ces dernières semaines sous le passage habituellement discret reliant la rue Sigmund Freud à l’avenue de la porte Brunet. Par manque de place, les plus récentes d’entre elles ont dû être placées aux entrées du tunnel par leurs occupants, les exposant à une pluie légère mais froide, qui semble ne plus devoir s’arrêter.

S’il est malheureusement loin d’être le seul campement subsistant aujourd’hui aux frontières de Paris, celui de la porte Brunet a la particularité de rassembler des familles avec enfants et des mineurs non-accompagnés. Sur place, des équipes de Médecins du Monde s’apprêtent à terminer « une mission de veille sanitaire, effectuée auprès des publics migrants » à travers les abris de fortune qui se maintiennent depuis des années à la limite de la capitale et dans les communes de Seine-Saint-Denis environnantes. Plus d’un millier de personnes en exil y survivent encore aujourd’hui, malgré le contexte sanitaire.

D’après Paul Alauzy, chargé de projet veille sanitaire et permanence psy pour Médecins du Monde, le tunnel menant au Pré-Saint-Gervais abrite « près de 150 personnes à l’heure actuelle, avec en majorité des mineurs isolés et des familles. Il y a aussi des femmes enceintes, dont une de huit mois ». Sous les voies du boulevard périphérique, une fillette de deux ou trois ans joue entre sa poussette et son abri de fortune. Dans ce tunnel très fréquenté – un passage a été aménagé entre les rangées de tentes – les équipes de l’ONG humanitaire et de l’association Utopia 56 également présente sur le site ont pu témoigner « d’une vraie solidarité des riverains », pour beaucoup révoltés par les conditions de vie des occupants du campement.

Une manifestation de solidarité est organisée ce dimanche 28 novembre « à l’appel d’habitantes et d’habitants du Pré-Saint-Gervais, de Pantin, et du 19e arrondissement de Paris, avec le soutien d’associations qui viennent en aide aux exilé·e·s ». Au départ de la mairie du Pré à 14h30, elle rejoindra la mairie du 19e dans l’après-midi. « Des enfants et femmes enceintes survivent dans des tentes à côté de chez nous ! Nos mairies n’interviennent pas alors qu’il y a des locaux vides partout », s’indigne un appel à la mobilisation partagé par des riverains.

D’après les chiffres récemment publiés par l’Atelier parisien d’urbanisme, près de 18 600 logements étaient « durablement vacants » à Paris en fin d’année 2020. Rappelons également que dans la capitale, seuls 80% des logements sont « occupés toute l’année par des ménages dont c’est la résidence principale » : en effet, 9% sont des résidences secondaires, et 11% sont considérés comme vacants. Selon d’autres données, celles de l’Insee, la capitale compte près de 117 000 logements vides (autour de 400 000 en Île-de-France). Par comparaison, 2 829 personnes à la rue ont été recensées lors de la Nuit de la Solidarité parisienne de mars 2021.

Dans une tribune publiée sur une plateforme de Mediapart, les collectifs Le Pré Solidaire et Nous Sommes Pantin appellent « les mairies du Pré-Saint-Gervais, de Pantin, d’Aubervilliers, et de Paris, ainsi que les autorités de l’État, à mettre à disposition les locaux vacants ainsi que les moyens logistiques, matériels, et humains qui sont les leurs pour faire face rapidement à ce qui n’est rien d’autre qu’un désastre humanitaire se jouant aux portes de la capitale. »

« Jusqu’à présent, le seul soutien apporté aux exilé·e·s a été le fruit d’initiatives de citoyen·ne·s dépourvu·e·s des moyens matériels, logistiques et humains que les décideurs locaux et nationaux pourraient mettre à contribution mais qui, à force de ténacité et au nom de principes de solidarité humaine qui devraient aller de soi, ont fourni vêtements, nourriture et produits de première nécessité », expliquent les collectifs. « Ce soutien ne suffit pas, il ne suffit plus. L’hiver est arrivé plus vite que prévu, et il est temps que des ressources plus conséquentes soient employées pour mettre ces personnes à l’abri et se montrer dignes des idéaux universalistes que nous prétendons incarner. »

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Manifestation de soutien pour un hébergement d’urgence
Dimanche 28 novembre – 14h30
Mairie du Pré-Saint-Gervais – 1 Rue Emile Augier, 93310 Le Pré-Saint-Gervais

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Illustration : Campement du tunnel de la porte Brunet, entre Paris et le Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis). 26 novembre 2021.
© Paris Lights Up

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