Crise du crack : Les maires d’Aubervilliers, de Pantin, et du 19e interpellent de nouveau le gouvernement

« Trois mois de pluie, de boue, de désespoir sanitaire et social alors que le ministre de l’Intérieur avait promis que cela devait durer ‘quelques heures, quelques jours' » : dans un appel décrivant la « situation dramatique » aux abords de la porte de la Villette (19e), les élus du nord-est parisien dénoncent l’abandon des personnes toxicomanes et des riverains.

François Dagnaud, maire (PS) du 19e arrondissement, Karine Franclet, maire (UDI) d’Aubervilliers, et Bertrand Kern, maire (PS) de Pantin, disent n’avoir reçu « aucune réponse » de la part du gouvernement trois mois après le « déplacement » des consommateurs de crack des jardins d’Éole au square de la porte de la Villette, à la limite de la capitale et des deux villes de Seine-Saint-Denis. Assurant de nouveau avoir été « mis devant le fait accompli », les élus signataires de cet appel rappellent également le choc ressenti au sein de la population après l’emmurement du passage Forceval, qui reliait jusque-là le 19e arrondissement et le quartier des Quatre-Chemins, entre Aubervilliers et Pantin.

« Le mur construit en quelques heures pour éviter le passage est devenu le symbole de la gestion absurde des consommateurs de crack. Il est la négation des années d’efforts pour tisser des liens entre Paris et sa banlieue. Du jour au lendemain, ce mur a privé les riverains de la seule circulation douce aux abords de la porte de la Villette pour que ces personnes en errance puissent s’installer sur un lieu totalement inapproprié », estiment les trois édiles du nord-est parisien.

Ils reviennent également sur les conditions de vie dramatiques des consommateurs, avec des regroupements pouvant compter jusqu’à 200 personnes et la reconstitution éphémère d’abris de fortune sur les pelouses du square de la Villette, un parc surplombé par les voies du boulevard périphérique. Après les environs de la place de la bataille de Stalingrad et les jardins d’Éole, entre le 18e et le 19e arrondissement, cela fait désormais plusieurs années que le quartier accueille malgré lui des « scènes de consommation à ciel ouvert » faute d’accompagnement sanitaire et social à la hauteur des enjeux observés sur le terrain.

« Oui la situation est ‘tragique’ quand une personne, polytoxicomane, est retrouvée morte d’overdose sur ce site. La situation est tragique car si ces personnes avaient été prises en charge médicalement et socialement, nous n’aurions peut-être aucune mort à déplorer. C’est tragique parce qu’il est inadmissible dans un pays riche comme l’est la France en 2021, que la seule solution au trafic de crack soit de laisser un ‘grand cimetière sous la lune’ à côté du périphérique, à côté d’un quartier les plus pauvres de France. La République ne peut accepter de délaisser des personnes aux abords de territoires déjà délaissés », plaident les trois élus signataires, dont les municipalités interpellent régulièrement les services de l’État pour demander des moyens plus conséquents, sinon une stratégie plus ambitieuse.

« Le droit est pourtant clair », jugent François Dagnaud, Karine Franclet, et Bertrand Kern, « il est de la responsabilité de l’État de prendre en charge ces personnes pour les soigner. Nos villes, nos territoires, nos départements, nos régions, n’ont ni les moyens ni les compétences de piloter les politiques de santé publique indispensables face à la toxicomanie, ni de venir à bout des trafics. C’est à l’État de le faire. Au nom de la République. Au moment où les nuits sont pluvieuses, où les températures baissent, le temps est venu d’une politique qui honore la République. »

Les maires du 19e, d’Aubervilliers, et de Pantin rappellent que « cette politique doit avoir pour ambition de prendre en charge médicalement, sanitairement, et socialement tous les usagers de crack », en accord avec les objectifs du plan d’action trisannuel adopté en 2019 par la ville de Paris, la préfecture de police, et l’État, un dispositif qui s’est avéré largement insuffisant pour endiguer ce fléau. « Si les hôpitaux ne sont pas en mesure de fournir les lits nécessaires, alors ayez le courage de réquisitionner certains lieux vacants pour en faire des centres de soins et d’hébergement à taille humaine, et engager ainsi des parcours de sortie d’addiction », proposent les trois signataires.

La mise en place de solutions de prise en charge et d’hébergement durables est une demande récurrente des associations qui œuvrent auprès des consommateurs de crack, mais aussi d’un grand nombre de riverains, qui peuvent témoigner de l’impasse de ces dernières années. La possibilité d’opérer des réquisitions de lieux vacants est aussi régulièrement évoquée pour répondre à une autre urgence locale, celle des nombreuses personnes en exil qui survivent encore dans des campements à la frontière de Paris et de la Seine-Saint-Denis.

En novembre dernier, une manifestation s’était élancée de la commune voisine du Pré-Saint-Gervais pour soutenir « les exilés des tunnels » : près de 150 personnes, dont notamment des mineurs isolés et des familles avec enfants, installées depuis plusieurs semaines en campement dans le passage souterrain de la porte Brunet. Dans une tribune publiée sur une plateforme de Mediapart, les collectifs Le Pré Solidaire et Nous Sommes Pantin appelaient déjà « les mairies du Pré-Saint-Gervais, de Pantin, d’Aubervilliers, et de Paris, ainsi que les autorités de l’État, à mettre à disposition les locaux vacants ainsi que les moyens logistiques, matériels, et humains qui sont les leurs pour faire face rapidement à ce qui n’est rien d’autre qu’un désastre humanitaire se jouant aux portes de la capitale ».

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Illustration : Square de la porte de la Villette (19e arrondissement) et boulevard périphérique – Septembre 2021.
© Paris Lights Up

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