Le paysage commercial parisien se transforme mais se réduit

Dans une nouvelle étude basée sur des données collectées en octobre 2020, l’Atelier parisien d’urbanisme détaille les dynamiques à l’œuvre selon les différents commerces de la capitale. Plusieurs trajectoires s’opposent : en trois ans seulement, on constate ainsi une hausse de +67% du nombre d’adresses bio et de +29% des ateliers de vélo, mais une chute de -13% des magasins d’habillement et de -15% des agences de voyage.

Menée toutes les trois ans, l’enquête associant la ville et la CCI de Paris à l’Apur a permis de confirmer plusieurs tendances observées depuis deux décennies. Répertoriant l’ensemble des commerces parisiens par catégorie et par surface de vente, cette « photographie fine » a été réalisée dans un contexte particulier, mobilisant ses enquêteurs à la veille du second confinement.

Paris reste de loin la ville française au tissu commercial le plus dense, avec 84 000 locaux dont 61 500 en activité (autour de 28 commerces pour 1 000 habitants en moyenne). Elle a cependant perdu 1 164 établissements entre 2017 et 2020, alors que leur nombre était resté stable au cours des trois années précédentes. Une baisse générale de -1,9%, qui se reflète dans les taux de vacance de manière plus ou moins prononcée selon les quartiers, les plus centraux étant généralement les plus affectés. À l’échelle de la capitale, le nombre de locaux inoccupés en rez-de-chaussée est passé de 9,3% à 10,5% en trois ans.

Pour l’Apur, cette étude illustre « la poursuite de tendances qui sont à l’œuvre depuis plusieurs années en rez-de-chaussée des rues parisiennes. Le e-commerce, couplé à l’essor de la seconde main sous l’effet de la montée des préoccupations environnementales, explique la très forte baisse du nombre de magasins d’équipement de la personne (habillement, chaussures, bijouterie) ». De manière plus large, « le développement des achats en ligne et l’évolution des pratiques de consommations » continuent à réduire drastiquement la présence de certains établissements, comme les agences de voyage (-15%) ou bancaires (-10%).

Certains secteurs ont au contraire le vent en poupe : c’est notamment le cas des commerces bio (+67% de 2017 à 2020), de la restauration rapide (+12%), des activités liées au vélo (+29%), mais aussi des restaurants (+6%) qui faisaient il y a encore récemment la renommée de la capitale. Le paysage commercial parisien se démarque par une constante recomposition, avec un taux de renouvellement important des établissements. L’étude a ainsi comptabilisé « près de 16 700 mouvements enregistrés en 3 ans et demi (6 900 commerces ayant changé d’activité au sein même de l’ensemble des commerces et services commerciaux, et 9 800 mouvements correspondant aux créations, disparitions et transformations en d’autres types de locaux) ».

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Évolution des commerces parisiens entre 2017 et 2020, avec tendances de long-terme entre 2000/2003 et 2020. Sélection non-exhaustive.
Données issues de l’étude “Inventaire des commerces à Paris en 2020” de l’Apur

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Si les commerces liés à l’alimentation et au bien-être parviennent à tirer leur épingle du jeu, ceux dédiés aux biens de consommation plus durables (habillement, livre, ameublement, et même sex toys) ont particulièrement souffert de l’essor de la vente en ligne. Le nombre d’enseignes de prêt-à-porter (-13% pour l’habillement depuis 2017) et de magasins d’équipement de la maison (-10%) accuse une chute brutale, leurs fermetures compensant à elles seules les ouvertures constatées dans les secteur de la restauration, de l’alimentaire, et des commerces bio.

Certaines traditions semblent cependant se maintenir : on remarque ainsi la grande stabilité du nombre de boulangeries et de cavistes (presque aucun changement en trois ans), mais aussi des bars et cafés (+1%) et autres brasseries (-1%). D’autres établissements enregistrent en parallèle une hausse marquée et inédite, comme les cabinets médicaux et dentaires établis en rez-de-chaussée (+20%) ou les salons de tatouage (+29%). Notons enfin la progression soutenue des agences immobilières (+5%), suivant la tendance observée ces vingt dernières années.

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Structure commerciale des arrondissements de l’est parisien en 2020. Sélection non-exhaustive.
Données issues de l’étude “Inventaire des commerces à Paris en 2020” de l’Apur

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La structure commerciale parisienne varie considérablement d’un quartier à l’autre. Elle est particulièrement dense dans le Marais et plus largement le secteur Paris Centre, où l’on compte 91 commerces pour 1 000 habitants – la moyenne parisienne étant de 28. Dans l’est de la capitale, les 10ème et 11ème arrondissements se démarquent eux aussi par une forte densité commerciale, avec respectivement 40 et 32 établissements par millier d’habitants.

Les adresses vacantes y restent cependant nombreuses, seul le 12ème arrondissement affichant ici un taux de vacance inférieur à la moyenne, qui s’établit pour rappel à 10,5% dans la capitale. Les quartiers de l’est demeurent enfin relativement épargnés par les réseaux commerciaux : ils rassemblent une large majorité de commerces indépendants, au-dessus de la moyenne parisienne (23% d’enseignes recensées globalement, bien qu’elles occupent proportionnellement une surface bien plus large).

Notons cependant qu’ayant été réalisée entre le 1er et le 31 octobre 2020, cette étude de l’Apur ne permet pas véritablement d’appréhender les effets du prolongement de la crise actuelle, qui dure depuis désormais plus d’un an. Compte tenu de la structure commerciale de la capitale, le secteur HCR (Hôtellerie Cafés Restaurants), et plus largement les établissements liés au tourisme, à la culture et l’événementiel, sont aujourd’hui menacés par une vague de fermetures sans précédent dans l’histoire récente.

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Photographie d’illustration : Boulevard de la Villette, Paris 10°.
© Paris Lights Up

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