Les inégalités de revenus se creusent dans le Grand Paris

Dans une nouvelle note analysant les données disponibles entre 2001 et 2016, l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) dresse le portrait d’une région capitale de plus en plus inégalitaire.

En choisissant d’observer l’évolution des revenus sur une période de quinze ans, l’institution a pu « mesurer de réelles dynamiques de réduction ou d’accroissement des écarts » à travers le Grand Paris, qui reste « la métropole française dans laquelle les disparités de revenus sont les plus fortes ».

Si les ménages du Grand Paris déclaraient en 2016 un revenu médian 12% supérieur à celui de l’ensemble des Français, cette moyenne masque une réalité beaucoup plus complexe. De fait, les 10% des ménages les plus modestes y vivent de revenus inférieurs de -18% à ceux observés en moyenne en France métropolitaine. De l’autre côté de l’échelle, les 10% les plus riches ont un revenu supérieur de +40% à celui de la moyenne des ménages les plus aisés du pays ! Dans la métropole du Grand Paris (MGP), les écarts de richesse sont ainsi particulièrement prononcés : « le seuil de revenu déclaré au-dessus duquel se trouvent les 10 % les plus aisés est 9,6 fois supérieur à celui au-dessous duquel figurent les 10 % les plus modestes ».

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Classement des communes de la MGP selon le revenu médian de leurs habitants © Apur

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La capitale est en moyenne de plus en plus riche, mais elle demeure une mosaïque où les arrondissements aisés côtoient encore de nombreux quartiers plus modestes. Le revenu médian des ménages des XIXème et XXème arrondissement reste ainsi inférieur à la moyenne métropolitaine.

Dans ces arrondissements du nord-est parisien, « les plus modestes en 2001 (Xème, XVIIIème, XIXème, XXème) », les revenus des ménages ont connu une augmentation marquée, notamment en raison de l’installation de « jeunes cadres sans enfants attirés par des niveaux de loyers plus accessibles ». On constate ainsi une grande hétérogénéité dans ces quartiers historiquement populaires, aujourd’hui « à l’interface des espaces modestes et aisés » de la métropole.

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Classement des quartiers de la MGP selon le revenu médian de leurs habitants © Apur

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Dans son analyse à l’échelle du quartier, l’Apur confirme les dynamiques contraires qui peuvent s’exprimer au sein d’un même arrondissement. Dans l’est parisien, les quartiers les plus défavorisés sont également ceux qui ont connu la plus faible augmentation du revenu médian : c’est le cas aux portes de la capitale le long des boulevards des maréchaux, « des quartiers d’habitat social à bas niveau de loyer souvent caractérisés par d’importantes coupures urbaines », mais aussi dans certains îlots plus centraux, comme le quartier des Amandiers (XXème arrondissement) et les alentours de la place des Fêtes (XIXème arrondissement).

D’autres quartiers ont vu leurs ménages s’embourgeoiser depuis 2001, notamment en raison d’une hausse des loyers quasi-généralisée dans la capitale. D’après l’Apur, ils « attirent de jeunes ménages sans enfant à la recherche de centralité et qui disposent de revenus plus élevés que les ménages présents depuis plusieurs années ». Dans l’est parisien, c’est notamment le cas des Xème, XIème et du nord du XIIème arrondissement. De la même manière, le revenu médian a fortement augmenté aux alentours des Buttes-Chaumont, sur les hauteurs de Belleville et Ménilmontant, et au nord de la place de la Nation. L’accentuation des écarts est la plus marquée dans le quartier de la Mouzaïa et aux abords du quartier du Marais, lui-même de plus en plus inégalitaire.

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Évolution des revenus des habitants par quartier au regard de l’évolution à l’échelle régionale © Apur

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L’Apur rappelle cependant que la métropole du Grand Paris reste en moyenne moins inégalitaire que d’autres aires urbaines comparables, notamment Londres ou les grandes villes américaines. Les politiques de logement ont contribué au maintien d’une certaine mixité, avec la cohabitation de « ménages disposant de niveaux de revenus très différent ».

D’après la note de l’institut, les « quartiers très mixtes sont principalement localisés à Paris et dans les communes limitrophes au nord et à l’est. Ailleurs, leur présence est marginale. Dans certains arrondissements tels que les IIème, IIIème, Xème et XIème arrondissements, la présence de populations mixtes s’explique par l’histoire. Ces derniers ont accueilli, jusque dans les années 70, une part importante d’artisans et de travailleurs migrants. Ensuite, ils ont progressivement été investis par de jeunes cadres disposant de niveaux de revenus plus élevés ».

Cette note vient rappeler des tendances de long terme bien connues des urbanistes et des sociologues. Le principal apport de son analyse réside dans son niveau de détail, démontrant combien les inégalités peuvent être criantes entre des quartiers pourtant voisins et, de plus en plus, au sein d’un même quartier.

En conclusion de sa note, publiée le jeudi 17 septembre dernier, l’Apur estime notamment que « dans les territoires et communes les plus favorisés, la tendance est au maintien voire à l’accentuation des écarts, montrant de moins en moins de mixité. Les objectifs de logements sociaux semblent importants à poursuivre dans ces territoires afin de favoriser le rééquilibrage à l’échelle métropolitaine et de réduire les disparités ».

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llustration : Immeubles d’habitation dans le XIXème arrondissement de Paris
© Paris Lights Up

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