Laurent Nuñez remplace Didier Lallement à la tête de la préfecture de police

La nomination de Laurent Nuñez en tant que préfet de police de Paris a été officialisée ce mercredi. En poste durant trois ans, son prédécesseur laissera des souvenirs amers pour sa gestion brutale des manifestations, de l’accueil des personnes réfugiées, ou la persistance de la crise du crack dans le nord-est parisien.

L’identité du nouvel occupant de la préfecture de police a été confirmée ce mercredi 20 juillet en conseil des ministres. Il s’agit de Laurent Nuñez, 58 ans, qui connaît déjà les lieux puisqu’il a occupé de 2012 à 2015 le poste de directeur de cabinet du préfet de police d’alors, Bernard Boucault. En poste dans les Bouches-du-Rhône de 2015 à 2017, le successeur de Didier Lallement a ensuite occupé les fonctions de directeur général de la sécurité intérieure (2017-2018), puis de secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner (2018-2020). Le haut fonctionnaire assumait le rôle de coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme depuis juillet 2020.

D’après les informations du Monde, Didier Lallement devrait désormais « faire valoir ses droits à la retraite ». En poste depuis mars 2019 à la préfecture de police, il s’est tout d’abord distingué par la répression brutale des manifestations des gilets jaunes, avec pour conséquences de nombreux blessés, y compris des personnes éborgnées ou aux mains arrachées. Durant ces trois dernières années, la gestion des cortèges parisiens a vu une systématisation de la technique du nassage, empêchant les déplacements des manifestants, le retour contesté de la brigade motorisée des BRAV-M, et un usage récurrent de la matraque et des gaz lacrymogènes. On ajoutera enfin à cette liste la généralisation des interpellations arbitraires, et l’enfermement injustifié de mineures ou de journalistes.

Les réponses du préfet de police face aux difficultés quotidiennes des personnes réfugiées auront par ailleurs soulevé l’indignation des associations et collectifs humanitaires engagés pour un accueil digne. En novembre 2020, une action d’occupation de la place de la République avait été violemment interrompue par les forces de police, des occupants des tentes ayant été jetés au sol avant d’être matraqués dans les rues environnantes. Plus globalement, la politique d’évacuations de campement au petit matin a été maintenue si ce n’est renforcée, sans que des solutions de prise en charge ou d’hébergement soient pour autant proposées aux personnes réfugiées, poussées à une errance sans fin dans les rues et sous les ponts de la capitale.

Au cours des trois dernières années, la problématique de la gestion de la crise du crack dans le nord-est parisien n’aura également connu aucun progrès décisif. Les consommateurs chassés de la « colline du crack » de la porte de la Chapelle en 2019 ont été repoussés dans les quartiers populaires du 19e arrondissement et de ses voisins : d’abord autour de la place de Stalingrad, puis aux Jardins d’Éole, et enfin, depuis septembre 2021, aux abords de la porte de la Villette. Malgré des initiatives telles que le « plan crack », l’absence d’une prise en charge généralisée, adaptée, et durable n’aura fait que prolonger les souffrance des consommateurs, et dégradé le quotidien de quartiers et de riveraines et riverains fortement éprouvés.

Le passage de Didier Lallement a la préfecture de police aura aussi été marqué par des provocations récurrentes. « Nous ne sommes pas dans le même camp, madame », assure-t-il ainsi a une manifestante gilet jaune en novembre 2019. L’été suivant, lors de la séance du conseil de Paris de juillet 2020, il ignore la neutralité due à sa fonction pour demander à applaudir Christophe Girard, ancien adjoint à la culture limogé en raison de ses liens avec le pédocriminel Gabriel Matzneff. Didier Lallement a par ailleurs été visé par une enquête pour faux témoignage : auditionné devant la représentation nationale, il avait osé affirmer « ne pas avoir trouvé les organisateurs » de manifestations illégales de policiers, qui s’étaient pourtant tenues en plein cœur de Paris, au mois de juin 2020.

Le fiasco de la gestion de la finale de la Ligue des champions du 28 mai dernier n’aura pas empêché Didier Lallement, 65 ans, de conserver la confiance de l’exécutif. Après trois années douloureuses pour les manifestants, les personnes réfugiées, les associations humanitaires, et les militants antiracistes ou féministes, peut-on enfin s’attendre à des expressions moins néfastes du « maintien de l’ordre » dans la capitale et les départements qui l’entourent ?

La préfecture de police de Paris est notamment compétente sur le territoire de la capitale, des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, et du Val-de-Marne. Sur l’ensemble de la région Île-de-France, en tant que préfecture de la zone de défense et de sécurité de Paris, elle est également chargée de la coordination des moyens de sécurité civile. L’institution rassemble aujourd’hui près de 44 000 agents, dont près de 28 000 policiers.

 

 

Photographie (recadrée et modifiée) : Façade sud de la préfecture de police de Paris
© Dinkum – Wikimedia Commons

 

 

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