Un rassemblent prévu devant le commissariat du 10ème pour demander la libération de la photojournaliste Hannah Nelson

Photographe pour Taranis News, Hannah Nelson a été violemment interpellée par la police hier soir, alors qu’elle couvrait la manifestation contre la « loi sur la sécurité globale » et ses mesures liberticides.

La police française a encore démontré toute l’étendue de sa brutalité en cette soirée du 17 novembre, alors qu’une foule de manifestantes et manifestants se pressaient aux alentours de l’Assemblée nationale pour crier leur refus de la nouvelle dérive autoritaire incarnée par cette loi. Matraquage abruti, recours systématique aux gaz lacrymogènes, intimidations et violences envers des journalistes : tous les ingrédients étaient réunis pour un nouvel épisode de répression policière à la française, cette fois-ci devant un symbole même de la République.

Âgée de 18 ans, la photojournaliste de Taranis News Hannah Wilson a été mise au sol, tirée par le col, puis interpellée et menottée par de bien courageux agents. D’après ses collègues journalistes présents sur place, elle aurait été arrêtée pour « attroupement après sommation » et « dissimulation de visage » – la photographe portait un masque à gaz, équipement rendu nécessaire par l’utilisation de gaz lacrymogènes par la police en manifestations. Un rassemblement est prévu devant le commissariat du 10ème arrondissement à 15h ce mercredi pour demander sa libération.

Si les preuves ne manquent pas, la police française a encore donné d’excellents arguments à celles et ceux qui dénoncent l’omniprésence des violences policières, rappelant ainsi la nécessité de pouvoir filmer et documenter les interventions. Il y a deux semaines, des agents de police tabassaient encore les lycéens parisiens. Quelques mois plus tôt, c’était le personnel soignant qui faisait les frais de leur brutalité.

D’autres actualités tragiques sont récemment venues rappeler l’impunité dont bénéficient tant de policiers. Un non-lieu vient ainsi d’être prononcé dans le cadre du meurtre de Liu Shaoyao. En mars 2017, ce père de famille de 56 ans avait été tué devant ses enfants par des policiers de la BAC, qui avaient fait irruption au domicile de la famille à la Villa Curial (19ème arrondissement).

Deux des policiers impliqués dans sa mort sont également mis en cause dans les actes de violences et de tortures révélés par Street Press au commissariat du 19ème arrondissement. Les insultes et atteintes physiques à caractère raciste y seraient également habituelles, d’après plusieurs enquêtes publiées ces derniers mois. Ces nouvelles informations n’auront visiblement pas infléchi la décision de la chambre de l’instruction.

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Filmer ou photographier les forces de police n’est pas un problème ; dans plusieurs pays, c’est même plutôt une solution. La « loi sur la sécurité globale » ferait de la France une anomalie européenne du point de vue des droits humains. À contre-courant de l’histoire, la majorité gouvernementale se courbe devant les caprices des syndicats policiers tout en sacrifiant avec cynisme la liberté de la presse qu’elle prétend défendre. Permis de cogner pour les agents, ordre de dégager pour les journalistes. Après avoir ignoré les faits, on tente aujourd’hui d’effacer les images.

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Note : Hannah Nelson a finalement pu quitter le commissariat du 10ème aujourd’hui, peu avant le rendez-vous de la manifestation fixé à 15h.

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Photographie d’illustration : Manifestation contre le racisme et les violences policières – 13 juin 2020, Paris
© Paris Lights Up

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