Les lieux dédiés à la mémoire du Groupe Manouchian dans la capitale

Le 21 février 1944, vingt-deux résistants FTP-MOI du Groupe Manouchian sont fusillés par l’occupant au Mont Valérien. Olga Bancic, leur camarade, sera décapitée le printemps suivant. Plusieurs lieux parisiens entretiennent aujourd’hui la mémoire de ces « Morts pour la France », soldats volontaires de l’armée de libération.

 

 

En 1943, les résistants communistes des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée) multiplient les attentats contre les officiers et les soldats allemands. Mené par le poète arménien Missak Manouchian, le groupe du même nom rassemble certains des volontaires les plus actifs de la capitale et se distingue par son efficacité. Arrêtés un à un à partir du mois de novembre par la police et la Gestapo, vingt-trois d’entre eux seront exécutés l’année suivante. Les vingt-deux hommes détenus sont fusillés au fort du Mont Valérien le 21 février 1944, tandis qu’Olga Bancic est décapitée le 10 mai suivant à Stuttgart.

L’occupant tente d’instrumentaliser leur condamnation par un tribunal militaire allemand à travers la propagande de « L’Affiche rouge », placardée sur les murs des villes françaises. L’opération est loin d’avoir l’effet escompté par ses concepteurs : les visages des résistants, dont les nazis ont précisé les origines étrangères ou juives, éveillent la compassion et le respect d’une partie de la France occupée. Des inscriptions, voire des fleurs, recouvrent alors les affiches de celle et ceux qui seront reconnus « Morts pour la France » après la libération.

Les héros et l’héroïne du groupe Manouchian laisseront d’émouvantes lettres à leurs proches avant de rejoindre le peloton d’exécution.

« Je m’étais engagé dans l’armée de libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la liberté et de la paix de demain. »

– Extrait de la dernière lettre de Missak Manouchian à son épouse Mélinée

 

Fresque à la mémoire du groupe Manouchian
Rue du Surmelin & Rue Darcy, 75020 Paris

Œuvre du street artist Artof Popof, cette fresque représente un portrait grand format de Missak Manouchian, accompagné de quelques lignes de la dernière lettre du poète devenu figure de la Résistance. Elle a été réalisée en 2012 à l’initiative de la copropriété d’un immeuble à l’angle de la rue du Surmelin et de la rue Darcy, en partenariat avec la mairie du 20e et le conseil de quartier.

 

Square Marcel Rajman
Accès au 11-17 rue Merlin, 75011 Paris

Jeune résistant FTP-MOI, Juif polonais arrivé en France à l’âge de huit ans, Marcel Rajman était un enfant du 11e arrondissement : une plaque commémorative orne d’ailleurs la façade de son ancienne adresse, au 1 de la rue des Immeubles industriels (voir au bas de l’article). Sculpté en 2015 par l’artiste Denis Chetboune, un buste représentant le héros « Mort pour la France » à 21 ans est située au centre du square qui porte désormais son nom.

 

Le square Olga Bancic © Wikimedia Commons – Chabe01

Square Olga Bancic
Accès au 32-34 rue Godefroy Cavaignac, 75011 Paris

Ce petit jardin au cœur du 11e arrondissement a été renommé en 2013 en honneur de la résistance Olga Bancic, seule femme du groupe Manouchian exécutée par l’occupant. Immigrée juive d’origine roumaine, elle est arrêtée par des agents de la police française en novembre 1943 aux cotés de Marcel Rajman, après avoir participé à de nombreuses attaques visant l’armée nazie. Transférée en Allemagne, elle sera décapitée à la prison de Stuttgart à l’âge de 32 ans. Des plaques célèbrent également son souvenir au cimetière parisien d’Ivry, et à son ancienne adresse du 114 de la rue du Château (14e).

 

Dans la tribune Rino Della Negra du Stade Bauer – Saint-Ouen © Wikimedia Commons – Mathieu MC

Stade Bauer – Tribune Rino Della Negra
92 rue du Docteur Bauer, 93400 Saint-Ouen

Les supporters du Red Star FC ont rebaptisé la tribune d’honneur de leur stade en hommage à Rino Della Negra, ouvrier-footballeur prodige engagé dans la Résistance FTP-MOI dès 1942. Après des débuts prometteurs à Argenteuil, sa ville d’adoption, il signe avec le grand club de Saint-Ouen peu avant d’être rattrapé par la guerre, refusant le STO pour rejoindre la clandestinité. Suite à plusieurs attaques contre l’armée allemande, il est arrêté après un assaut manqué, puis fusillé le 21 février 1944 aux côtés de ses camarades, à l’âge de 19 ans.

 

Le Mont Valérien vu depuis les hauteurs de la rue Gasnier-Guy – Paris 20e

Fort du Mont Valérien
1 avenue du professeur Léon Bernard, 92150 Suresnes

Symbole de la Résistance, le Mont Valérien sera le site de l’exécution des vingt-deux hommes du groupe Manouchian capturés par l’occupant. À l’initiative de Robert Badinter, il abrite depuis 2003 un Monument à la mémoire des otages fusillés au Mont Valérien entre 1941 et 1944. Conçue par l’artiste Pascal Convert, cette cloche de 2,7 mètres de diamètre accueille sur sa surface, « par ordre chronologique de décès, les noms et prénoms des 1008 noms des fusillés identifiés à ce jour ».

 

Cénotaphe dédié aux résistants FTP-Moi du Groupe Manouchian © Wikimedia Commons – Armine Aghayan

Cimetière parisien d’Ivry – « Carré des Fusillés »
44 avenue de Verdun, 94200 Ivry-sur-Seine

Le « Carré des Fusillés » acquis par le PCF après la Libération accueille encore aujourd’hui treize des résistants FTP-MOI du Groupe Manouchian, dont son meneur. Un buste-cénotaphe le représentant y a été inauguré en 1978 ; il est l’œuvre du sculpteur arménien Ara Haroutiounian. Missak Manouchian fut rejoint par sa veuve Mélinée après son décès en 1989. Le cimetière parisien d’Ivry, où se trouvent les dernières demeures de nombreux autres fusillés de la seconde guerre mondiale, fut également le site de centaines d’exécutions de révolutionnaires dans les derniers jours de la Commune de 1871.

 

Rue du Groupe Manouchian – Paris 20e

Noms de rue

À Paris comme en Île-de-France, plusieurs rues ont été renommées en hommage aux combattants FTP-MOI tombés en 1943. Une rue du Groupe Manouchian a ainsi été inaugurée en 1955 aux abords de la station de métro Saint-Fargeau, dans le 20e arrondissement. Une plaque y rappelle l’héroïsme de ses membres : « Arméniens, Juifs, Français, Étrangers, Patriotes, Résistants, Ils sont morts pour la France et la Liberté. Passant, souviens toi ! »

On peut également citer :
L’allée Stanislas Kubacki à Livry Gargan (Seine-Saint-Denis)
La rue Missak Manouchian à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis)
Les rues Rino Della Negra à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et Argenteuil (Val d’Oise)
La rue Celestino Alfonso à Ivry-sur-Seine (Val de Marne)
La rue Robert Witchitz à Ivry-sur-Seine (Val de Marne)
La rue des Trois Fontanot à Nanterre (Hauts-de-Seine)

 

Plaque du 19 rue au Maire – Paris 3e

Plaques commémoratives

On citera d’abord la grande plaque du 19 rue au Maire, dans le 3e arrondissement, « À la mémoire de ceux de “L’Affiche rouge” et de leur chef militaire le poète arménien Missak Manouchian qui utilisa cette maison dans son combat clandestin ». Les vingt-trois camarades en résistance, « morts en 1944 pour la France et la liberté » y sont nommément cités. D’autres plaques commémoratives ornent les anciennes adresses de Marcel Rajman, au 1 rue des Immeubles industriels (11e), d’Olga Bancic, au 114 de la rue du Château (14e), et de Léon Goldberg, au 37 rue de Meaux (19e).

 

Cénotaphe à la mémoire des résistants FTP-MOI au cimetière du Père Lachaise © Wikimedia Commons – Pierre-Yves Beaudouin

Au cimetière du Père Lachaise
97e division, 75020 Paris

Dans la 97e division, recoin est du Père Lachaise où sont enterrées de nombreuses figures révolutionnaires, on découvre un cénotaphe ornementé d’une mosaïque tricolore, inauguré en 1989 en hommage aux combattants FTP-MOI. Toute proche, la dernière demeure du résistant Szlama Grzywacz est située dans un tombeau collectif aux « Amis de Wołomin », ville natale de ce Juif polonais qui avait déjà combattu le fascisme avec les Brigades internationales en Espagne, avant de tomber aux côtés de ses camarades du Groupe Manouchian.

 

 

Photographies (sauf mentions contraires) © Paris Lights Up

 

 

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