Crise du crack : la préfecture de police déplace les consommateurs vers la porte de la Villette

Après l’évacuation de la rue Riquet vendredi, la préfecture de police a pris la décision de regrouper les consommateurs de crack aux abords de la place Auguste Baron (19e arrondissement), voisine du boulevard périphérique.

Le ministre de l’Intérieur et le préfet Didier Lallement n’ont prévenu l’exécutif parisien de cette nouvelle opération qu’au dernier moment, alors qu’une manifestation d’élus était prévue aux jardins d’Éole ce même vendredi 24 septembre. La préfecture de police a finalement mis en œuvre la stratégie proposée depuis plusieurs mois à la maire de Paris, revenant à cantonner les consommateurs aux alentours de la place Auguste Baron, nœud routier à la limite de la capitale et de la Seine-Saint-Denis.

Menée avec le renfort de plusieurs autocars, cette initiative a finalement conduit à reconstituer une « scène de consommation à ciel ouvert » semblable à celle de la rue Riquet, cette fois centrée autour du square de la porte de la Villette. À deux kilomètres au nord-est du site précédent, cet espace vert d’un hectare est surplombé par une voie d’accès au périphérique. Près de cent personnes y étaient déjà rassemblées ce lundi, autour d’une dizaine de tentes et abris de fortune. Comme lors des précédentes évacuations « temporaires » de cette tragique crise du crack parisienne, aucune prise en charge ne leur a été proposée. Des points d’eau et des toilettes ont simplement été installés par les services de la ville.

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Le passage souterrain de la rue Forceval, qui permet de relier le 19e arrondissement au quartier des Quatre-Chemins (entre Pantin et Aubervilliers), a par ailleurs été entièrement muré de parpaings à ses deux extrémités, l’après-midi même de l’opération. La stupéfaction des riveraines et des riverains était évidente lors de la manifestation organisée le lendemain pour dénoncer la construction de ce « mur de la honte » et les propos de la préfecture de police, qui évoque « un secteur sans riverains immédiats ».

Une affirmation contredite par le maire (PS) de Pantin, Bertrand Kern, selon qui on dénombre « 12 000 habitants [vivant] à cinquante mètres du camp ». Dans un communiqué expliquant son opposition à la méthode préfectorale, il juge que « l’endroit choisi sur lequel les toxicomanes vont être installés est à proximité directe du quartier des Quatre-Chemins, l’un des quartiers les plus pauvres de France. Par cette décision, le ministre de l’Intérieur piétine les élus locaux et s’essuie les pieds sur la Seine-Saint-Denis. Il a opté pour la plus mauvaise solution : celle d’ajouter de la misère à la misère. Ce choix témoigne d’une véritable incompétence, il est tout simplement honteux ! »

Assurant ne pas avoir été informé de cette opération, le maire de Pantin appelle à « la prise en charge médicale et sociale de ces consommateurs de crack dans des lieux dédiés », une approche prônée ces derniers mois par la mairie de Paris, et approuvée par les services du Premier ministre il y a deux semaines. Trois nouveaux lieux d’accueil des consommateurs de drogues dures ont été validés dans les 10e et 19e arrondissements, un quatrième projet prévu au nord du 20e ayant finalement été abandonné dans le cadre d’une forte mobilisation du voisinage. Plusieurs autres sites existants du 18e devraient en parallèle étendre leurs horaires d’ouverture.

Ce lundi, le premier adjoint (PS) à la maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a rappelé sa volonté de mettre en place « un réseau de lieux de prise en charge, de petite taille, avec un accueil très individualisé ». Il dit voir dans l’emmurement du passage Forceval « un symbole de la solution sécuritaire » appliquée par Didier Lallement et Gérald Darmanin, estimant que « le ministre de l’Intérieur a beaucoup réagi », et que ce doit désormais être « au tour du ministre de la Santé d’être au premier plan ». Pour rappel, le sujet voisin des salles de consommation avait fait débat au sein de l’exécutif, Olivier Véran ayant finalement obtenu gain de cause face aux adeptes du « tout répressif ».

Si le nord-est parisien rencontre des difficultés liées aux drogues dures depuis près de quarante ans, la situation s’est particulièrement dégradée au cours des quatre dernières années, malgré l’évacuation de la « colline au crack » de la porte de la Chapelle (18e) en 2019. Parmi les plus éprouvés par cette situation, les riverains de Stalingrad et des Jardins d’Éole ne seront guère étonnés de la désignation du 19e arrondissement pour mettre en pratique la « solution temporaire » de la préfecture de police, une nouvelle fois sans l’assurance d’une prise en charge durable des personnes toxicomanes.

D’après le communiqué préfectoral, cet énième « déplacement du problème » tant décrié par les quartiers populaires du nord-est parisien et leurs voisins de Seine-Saint-Denis a été décidé « dans l’attente de la mise en place concrète des salles d’accueil par la mairie de Paris, et du renforcement des prises en charge sanitaires et sociales qui doivent apporter une réponse structurelle permettant de résorber la présence des toxicomanes dans l’espace public ». Il est également précisé que « les lieux prévus ne seront pas opérationnels avant plusieurs semaines voire plusieurs mois, aucun projet n’ayant été soumis à ce stade à la préfecture de police ».

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Illustration : Mur barrant le passage de la rue Forceval entre le 19e arrondissement de Paris et Pantin, lundi 27 septembre.
© Paris Lights Up

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