La ville confirme le rachat de l’immeuble du Tango, dancefloor emblématique du Marais

Nous l’annoncions au début de l’été, c’est désormais officiel : fréquenté par les fêtards parisiens depuis plus d’un siècle, Le Tango va être racheté par la municipalité. L’acquisition concerne également huit logements, pour un coût total de 6,7 millions d’euros.

Comptant parmi les plus vieux dancings de la capitale, Le Tango (aussi appelé « La boîte à frissons ») se distingue par sa façade hors du temps, nichée au cœur de la charmante Rue au Maire entre plusieurs adresses de restauration chinoise. En janvier dernier, le propriétaire Alexis Carcassonne avait confirmé à la rédaction de Têtu son intention de se séparer de cet établissement historique du Paris gay. La vente devait concerner la totalité de l’immeuble.

Le conseil d’arrondissement de Paris Centre a validé le rachat du bien lundi 8 novembre, une décision qui fait suite aux récentes reprises par la municipalité du Lavoir Moderne Parisien (18e), de la Flèche d’or (20e), et de la gestion du Bataclan (11e). L’acquisition de l’immeuble qui accueille le Tango comprend également huit logements, pour une surface totale de 343 mètres carrés. D’après les informations du journal Le Monde, des travaux de remise à neuf pourraient venir légèrement alourdir l’enveloppe de 6,7 millions d’euros débloquée à cette occasion.

À travers cette opération coûteuse, même au regard des prix élevés du quartier, la ville se donne deux objectifs : contribuer à maintenir le caractère et l’identité culturelle du Marais, et développer l’offre locative abordable dans un arrondissement qui accuse un certain retard en la matière. En 2019, on comptait 8,3% de logements sociaux SRU dans la part des résidences principales du 3e arrondissement, contre 42,1% dans le 19e et 36,2% dans le 20e. La moyenne parisienne était alors de 21,4%, avec un parc social totalisant plus de 250 000 logements.

Le secteur Paris Centre souffre par ailleurs depuis plusieurs années de la rapacité immobilière des plateformes de location touristique (plus de 10% des logements concernés dans le 3e en 2019), un phénomène parallèle à la disproportion des résidences secondaires dans le parc local. D’après les chiffres de l’Atelier parisien d’urbanisme, leur part était de 15% à 19% dans les quatre arrondissements qui composent Paris Centre, contre 9% en moyenne dans la capitale. À l’opposé, les 19e et 20e arrondissements, aujourd’hui les plus épargnés, comptent seulement 3% et 4% de résidences secondaires.

Se félicitant du rachat de l’immeuble, l’adjoint (PCF) à la maire de Paris au logement Ian Brossat a estimé que « la spéculation immobilière, c’est le logement hors de prix et l’âme de nos quartiers qui disparaît. Pour faire face, nous avons fait usage de notre droit de préemption : à la clé, du logement social dans le Marais et le Tango préservé ». S’il admet que « cette opération va freiner la perte d’âme du quartier », le représentant de l’opposition au conseil de secteur Paris Centre Aurélien Véron (Changer Paris) a cependant jugé « dommage que le montage financier masque la dette réelle de la ville via le mécanisme des loyers capitalisés ». D’après la délibération présentée en conseil d’arrondissement, le bailleur « titulaire pendant 65 ans » versera « un loyer capitalisé fixé à 3,1 millions d’euros ».

Les huit appartements seront gérés à travers un bail attribué à Elogie-Siemp, troisième bailleur social parisien avec « un patrimoine de près de 29 000 logements » dans la capitale et en Île-de-France. D’après Ariel Weil, maire (PS) de Paris Centre, le Tango devrait être en mesure de rouvrir ses portes au public « d’ici la fin de l’année ». Il pourra conserver sa fonction de dancing en fin de semaine : les soirées seront complétées par l’organisation d’autres événements, comme des bals dans l’après-midi.

Le premier édile du Marais précise que l’espace discothèque de 200 mètres carrés sera « animé par plusieurs associations, avec la volonté d’en faire un véritable tiers-lieu en semaine ». Ces dernières sont réunies autour du collectif Tango 3.0, qui souhaite « prolonger l’histoire de cette salle historique » en proposant un programme « d’activités culturelles et festives dans un modèle social, solidaire et inclusif ». Le vote du conseil d’arrondissement et le rachat de l’immeuble seront confirmés par une décision au cours de la prochaine séance du conseil de Paris, qui se réunira du 16 au 19 novembre.

La municipalité a également annoncé cette semaine la dénomination à venir d’une « place des combattantes et combattants du sida », qui devrait être située dans le Marais. L’hommage se veut un complément plus central au mémorial L’Artère, réalisé par l’artiste Fabrice Hyber en 2006 au cœur du parc de la Villette (19e arrondissement). Si la reconnaissance de l’histoire des luttes LGBTQ+ progresse, de nombreuses voix demandent aujourd’hui des avancées concrètes pour que la capitale accueille enfin un centre d’archives dédié. Évoqué depuis de longues années sur le modèle existant dans d’autres villes (Amsterdam, Berlin, New York, San Francisco), le projet avait obtenu le soutien du conseil de secteur puis du conseil de Paris en février dernier. Le vœu adopté prévoyait l’identification d’un lieu d’ici la fin de l’année 2021.

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Le Tango – La Boîte à frissons
11-13 rue au Maire, 75003 Paris
www.tangoparis.com

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Photographie d’illustration : Le Tango – Rue au Maire, Paris.
©
 Paris Lights Up

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