Marché aux oiseaux, darse du Rouvray, pigeons : enfin des bonnes nouvelles pour la condition animale ?

Alors que l’Assemblée nationale examine la proposition de loi contre la maltraitance animale, plusieurs actualités et décisions locales laissent entrevoir des améliorations durables pour la faune parisienne.

Le marché aux oiseaux de l’île de la Cité enfin remis en question

Nous avions récemment évoqué la mobilisation des défenseurs des animaux, qui ont organisé deux manifestations sur place ces dernières semaines. Ce lundi 25 janvier, le conseil de secteur de Paris Centre a débattu un vœu en faveur de l’arrêt de l’activité oiselière sur le site du Marché aux fleurs, qui a été voté avec le soutien du maire (PS) Ariel Weil et de sa majorité, malgré l’opposition des élus LR et LREM. La décision se fera désormais à l’échelle de la ville : plusieurs vœux parallèles (EELV, LFI, PS) devraient être proposés au cours de la prochaine séance du conseil de Paris, qui se tiendra du 2 au 4 février prochain.

Le marché aux fleurs de l’île de la Cité doit être rénové à partir de 2023 pour un montant de 5 millions d’euros : il y a fort à parier qu’on n’y trouvera alors plus d’oiseaux en cages. Reste à définir si la reconversion du marché vers le 100% végétal précédera cette transformation, comme le souhaitent les associations de protection animale. D’après nos informations, la municipalité envisage d’indemniser les revendeurs d’oiseaux aujourd’hui officiellement reconnus par ses services, manière de leur faire accepter plus facilement ce départ qu’on espère définitif.

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La mairie du 19ème s’engage sur la darse du Rouvray

Au cours d’échanges en ligne organisés vendredi dernier avec les habitantes et habitants de l’arrondissement, le maire (PS) du 19ème François Dagnaud a estimé que la sanctuarisation de la darse du Rouvray, discret canal à la limite du parc de la Villette, était « plus qu’envisageable » sous la mandature actuelle. « C’est un engagement que j’ai pris avec mon équipe, et j’ai chargé Roger Madec de piloter ce sujet. L’idée, c’est effectivement de transformer la darse du Rouvray en réserve de biodiversité », a-t-il précisé. Difficile pour l’heure d’annoncer un calendrier : François Dagnaud rappelle « la nécessité d’associer à ce travail les associations et tous les usagers de cette darse. Je crois que ce serait un beau signal envoyé pour une ville qui doit aujourd’hui se construire en laissant davantage de place à la nature en ville ».

Maire du 19ème arrondissement de 1995 à 2013, le conseiller de Paris (PS) Roger Madec est aujourd’hui chargé de l’aménagement urbain, de la Petite ceinture, de la biodiversité et de la condition animale. Contacté par notre rédaction, il explique ce mercredi qu’il avait été demandé aux services de la ville de Paris concernés « de favoriser la biodiversité et la renaturalisation du site (pose de nichoirs, végétalisation, etc.), de travailler à sa labellisation ou à son classement, et d’engager une discussion avec l’État afin que la ville récupère (en propriété et en gestion) la partie du fond de la darse » qui échappe aujourd’hui à ses compétences.

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Darse du fond de Rouvray depuis le Quai de la Garonne – Paris 19° © Paris Lights Up

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« La ville n’est propriétaire que d’une partie de la darse », rappelle en effet Roger Madec. D’après les équipes de la mairie, l’autre moitié appartient à la direction immobilière du ministère des Finances. Contrairement à ce qui avait été annoncé dans un premier temps, l’établissement public du parc et de la Grande Halle de la Villette (EPPGHV) ne serait donc pas directement impliqué dans les échanges concernant la sanctuarisation du canal. D’après sa directrice générale Laura Chaubard, « la darse du Rouvray n’appartient pas à la domanialité du parc de la Villette. Ce bras de Canal est en effet aujourd’hui partagé entre la ville et l’État, mais la partie appartenant à l’État n’a jamais été mise en dotation du parc de la Villette ».

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« Filets à pigeons » du métro parisien : des premiers pas encore trop insuffisants

Il y a quelques semaines, le sort de pigeons bloqués derrière les filets de la station de métro Jaurès avait fait l’objet d’une importante mobilisation, conduisant la RATP à intervenir pour libérer les oiseaux prisonniers. Plusieurs sections des lignes parisiennes, notamment sous les arches du métro aérien, recourent aujourd’hui à ce procédé trop souvent fatal aux pigeons. Sur la ligne 2, en plus de Jaurès, c’est également le cas des stations La Chapelle et Barbès – Rochechouart.

D’après l’association Paris Animaux Zoopolis, très active sur ce sujet, l’opérateur des métros parisien « pose des filets sous le métro aérien pour empêcher les oiseaux de nidifier, mais dans les faits, cela ne fonctionne pas. Ce système archaïque a pour conséquence de piéger les oiseaux qui parviennent à s’y engouffrer et les tue d’épuisement ». La cofondatrice de PAZ, Amandine Sanvisens, explique néanmoins que « suite aux alertes de l’association, la RATP est intervenue à Jaurès en mettant en place un système d’entonnoir, comme nous l’avions proposé. On préfèrerait cependant le retrait total des filets ».

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Système de passage mis en place par la RATP à la station Jaurès le 21 ou 22 janvier 2021 © Paris Lights Up

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D’après nos informations, le groupe écologiste interviendra à ce sujet lors de la prochaine réunion du conseil régional d’Île-de-France pour demander des alternatives respectueuses des oiseaux. La conseillère de Paris (LFI) Danielle Simonnet comptait également présenter un vœu relatif aux filets à pigeons lors de la séance de Paris du 2 au 4 février, mais ce dernier a été jugé irrecevable par le cabinet de la maire. Le vœu (rattaché) proposé semble pourtant bien avoir un « rapport direct » avec la délibération relative à la station de métro La Chapelle… Lors de notre passage sur place mardi 26 janvier, plusieurs pigeons paraissaient en effet prisonniers derrière les filets mis en place par la RATP :

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Pigeon prisonnier derrière des filets à la station La Chapelle, le 26 janvier 2021 © Paris Lights Up

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D’après une enquête de PAZ, une dizaine de stations de métro et ponts de la capitale disposent de systèmes de filets qui, trop souvent, affament et tuent les pigeons. Des cadavres d’animaux ont déjà été retrouvés dans les installations du Quai de la Rapée sur la ligne 5, de Cambronne, Corvisard, la Motte-Picquet Grenelle, et sous le pont de Bercy sur la 6, ou encore à Balard, sur la 8. Un changement de méthode s’impose : au-delà de l’indéniable cruauté de ces filets, la crise sanitaire en cours devrait au minimum inciter les autorités à éviter de laisser des animaux se décomposer au-dessus des foules d’utilisateurs du métro parisien… La RATP et les collectivités concernées ont aujourd’hui le devoir de conduire sans tarder un audit des installations en place, étape préalable à la mise en place de solutions alternatives durables et plus respectueuses du sort des oiseaux sur l’ensemble du réseau.

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Enfin des études sur les rats parisiens

Le Parisien nous apprend cette semaine que des études ont été lancées suite à un partenariat entre la ville de Paris, l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et le Museum d’histoire naturelle, afin de mieux connaître les populations de rats de la capitale – et notamment leur résistance aux anticoagulants aujourd’hui utilisés contre les rongeurs par la municipalité… Le journal cite la responsable d’étude Virginie Lattard, vétérinaire et chercheur à l’Inrae, dont les équipes vont « réaliser une cartographie de la résistance du rat parisien aux anticoagulants, censés les éliminer. À partir de leurs queues [prélevés sur des individus déjà décédés, NDLR], riches en ADN, on cherche à savoir si les rongeurs offrent le même degré de résistance à la molécule, d’un arrondissement à l’autre ».

Dans ce même article, le quotidien nous apprend également le lancement par la ville et les deux institutions de recherche d’une initiative étrangement baptisée « Armageddon », qui verra trois chercheurs réaliser un état des lieux sur la présence des rats à Paris pendant une période de deux ans et demi. D’après Aude Lalis, enseignante-chercheuse, maîtresse de conférences en génétique et génomique auprès du Museum, et spécialiste des petits vertébrés, l’étude cherchera à mieux comprendre cet animal méconnu en dépit de sa présence importante dans nos sous-sols : « Où est le rat dans la capitale ? Y a-t-il plusieurs populations ? La Seine est-elle une barrière ? Y a-t-il un rat de la rive droite et un rat de la rive gauche ? Combien sont-ils ? Que mangent-ils ? Et sont-ils porteurs de maladies, comme le Covid ? »

Ces études permettront peut-être de valider les arguments des défenseurs des animaux, qui estiment que la répétition d’opérations de dératisation est une stratégie inefficace pour limiter les populations de rongeurs. À la fois coûteux et cruels, les pièges et poisons aujourd’hui utilisés apparaissent avoir des effets plus que discutables à long terme, le nombre de rats présents à Paris restant vraisemblablement plutôt stable d’une année à l’autre. Les grandes villes – Paris est loin d’être une exception – ne devraient pas hésiter à investir pour définir des solutions alternatives crédibles (poubelles hermétiques, stérilisation, installations en sous-sol, systèmes électroniques). Cela leur permettrait d’éviter durablement une recrudescence des rats en surface, tout en évitant à leurs administrés de régler les factures de campagnes de dératisation barbares et sans conséquences mesurables.

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Photographie d’illustration : Jardin des Tuileries – Janvier 2021 © Paris Lights Up

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