Une mobilisation grandissante pour demander la fermeture du « marché aux oiseaux »

Après l’interdiction des cirques avec animaux sauvages sur le territoire parisien votée l’an dernier, les partisans de la protection animale demandent aujourd’hui à la municipalité de fermer définitivement le sinistre « marché aux oiseaux » de l’île de la Cité. Sur place, plusieurs dizaines de Parisiennes et de Parisiens étaient mobilisés ce dimanche aux côtés de l’association PAZ.

Peut-on imaginer symbole plus triste que des oiseaux en cage ? Pourtant, depuis près d’un siècle et demi, des éleveurs et collectionneurs de volatiles se retrouvent sur l’île de la Cité – site classé au patrimoine mondial de l’Unesco, avec les rives de Seine, en 1991 – pour les y revendre en plein air, dans des circonstances plus ou moins légales. Pour l’association Paris Animaux Zoopolis, qui défend avec panache la faune parisienne, il s’agit d’un « vestige d’un autre temps ».

PAZ a lancé une pétition demandant à la mairie de Paris la fermeture de ce marché, adjacent au marché aux fleurs, qui s’étend entre les bords de Seine et la préfecture de police. L’association est également à l’origine de la manifestation de ce dimanche, qui a rassemblé une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles des élues et élus parisiens : les écologistes Jacques Boutault, Corinne Faugeron, Geneviève Lardy Woringer et Sidonie Parisot, ainsi que la conseillère de Paris du Parti animaliste, Douchka Markovic.

Pour Amandine Sanvisens, cofondatrice de PAZ, « nous devons cesser de considérer les oiseaux et les poissons comme des marchandises. Ce sont des individus doués de sensibilité : ils ressentent des émotions, ont une conscience et une personnalité propre. Emprisonner des oiseaux est cruel et archaïque. C’est les priver de leur liberté et de leur comportement le plus élémentaire : celui de voler. De surcroît, la grande majorité des oiseaux vendus sur l’île de la Cité sont exotiques. Ils ne sont pas habitués à nos climats et sont très vulnérables à l’exposition extérieure ».

« En amont du marché aux oiseaux, c’est l’élevage et, dans certains cas, la capture illégale qui sont encouragés. Cette activité, qui consiste à transporter, sélectionner et organiser la reproduction des animaux dans un but lucratif, nie purement et simplement les intérêts des animaux, notamment leurs besoins fondamentaux : nombreux sont ceux qui meurent prématurément, » dénonce PAZ.

D’après la Ligue pour la protection des oiseaux, « cet endroit est tristement connu pour être un haut lieu du trafic d’espèces protégées d’origine sauvage ». Alors que seulement cinq revendeurs disposent d’un emplacement « officiel » sur le marché de la place Louis Lépine, d’autres personnes proposent ainsi des espèces rares ou menacées aux abords de ses allées, et parfois même depuis le coffre de leur véhicule ! « À chaque fois que nous nous sommes rendus sur place, un stand sur le trottoir non-abrité était présent. Le règlement de la ville de Paris concernant le marché aux oiseaux est pourtant très clair sur ce point : c’est interdit depuis 2004 », explique Amandine Sanvisens. L’insuffisance des contrôles peut paraître étonnante, à seulement quelques pas de la préfecture de police…

Alors qu’une grande rénovation du marché aux fleurs voisin est prévue entre 2023 et 2025, les défenseurs des animaux espèrent que cette transformation permettra de tourner définitivement la page de la vente d’oiseaux (mais aussi de poissons) sur le site. « Il faut profiter de ces travaux pour modifier le règlement du futur marché pour y interdire l’activité oisellerie », estime ainsi Jacques Boutault, adjoint au maire (PS) de Paris Centre, Ariel Weil. D’après nos informations, ce dernier s’est montré sensible aux arguments des Parisiennes et Parisiens mobilisés ce dimanche.

Les élus du groupe écologiste parisien devraient déposer des vœux appelant à la fermeture du marché aux oiseaux en conseil d’arrondissement, mais aussi lors de la prochaine séance du conseil de Paris. Une décision qui serait une nouvelle bienvenue pour la condition animale et notamment le bien-être des oiseaux, après la disparition de cygnes au canal de l’Ourcq et l’installation révoltante de « filets anti-pigeons » par la RATP sur certains tronçons de métro.

Une contre-manifestation parallèle avait par ailleurs été organisée par les éleveurs de volatiles. Moins nombreux, leurs partisans ont repris en cœur les arguments imbéciles des défenseurs de la « tradition » : si on les exploite, si on les séquestre, si on les violente, c’est parce qu’on les aime. Ça ne vous rappelle rien ? De la pêche à la corrida en passant par la chasse, les adeptes de l’anachronisme et de la maltraitance n’apprécient guère d’être confrontés à leurs contradictions.

L’association Paris Animaux Zoopolis et ses soutiens ont prévu d’organiser une nouvelle manifestation face au marché ce dimanche 17 janvier à partir de 10h. Alors que la mobilisation apparaît de plus en plus forte, le sujet semble enfin recevoir l’attention qu’il mérite sur la scène politique parisienne. L’île de la Cité et les rives de la Seine constituent un patrimoine exceptionnel, dont la beauté et l’harmonie sont reconnues à travers le monde entier : l’idée que des oiseaux en cages n’y aient plus leur place devrait faire l’objet d’un consensus à la fois nécessaire et naturel.

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Pétition pour la fermeture du marché aux oiseaux

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Illustration : Manifestation pour la fermeture du marché aux oiseaux sur l’île de la Cité – Paris, 10 janvier 2021.
Viviane De SSP – Album Flickr de la manifestation

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