En images : Les éboueurs et égoutiers parisiens débutent une grève illimitée

Un mouvement de grève a été lancé ce mardi par des personnels de la propreté de la ville de Paris. Ils dénoncent un manque de protection face à la crise sanitaire et une remise en cause de leur statut professionnel.

La CGT, syndicat majoritaire auprès des agents de propreté parisiens, avait appelé à un rassemblement à 8 heures ce matin sur la place Saint-Gervais, derrière l’Hôtel de ville. Les banderoles sont peu à peu déroulées pour accueillir les conseillers de Paris qui s’apprêtent à ouvrir leur séance de novembre. Les rangs des éboueurs et égoutiers se renforcent à vue d’œil, rapidement rejoints par d’autres représentants de la fonction publique parisienne, puis quelques camarades tout juste rentrés de leur corvée nocturne. « Y’en a qui viennent de faire la nuit, et pourtant ils sont là ! » s’exclame un agent ravi de constater la mobilisation importante au premier jour de cette grève illimitée.

.

.

Quelques heures plus tôt, en parallèle, des agents de propreté de la ville ont lancé une action d’occupation des locaux de la Direction de la propreté et de l’eau (DPE), qui surplombent les voies modernes de l’avenue de France au nord du 13ème arrondissement. Barricades de poubelles et de palettes, jets de prospectus, drapeaux hissés sur les toits : au fil de la matinée, l’atmosphère s’est faite de plus en plus électrique de l’autre côté de la Seine.

Si les agents parisiens sont nombreux au rendez-vous, la situation reste apaisée face à l’Hôtel de ville. Sous ses fenêtres désormais allumées, les représentants syndicaux se relaient au mégaphone pour rappeler les revendications des grévistes. La mobilisation s’inscrit dans un combat national contre les conséquences de la « loi de transformation de la fonction publique ». Un motif d’inquiétude particulier s’y ajoute cependant : les agentes et agents chargés de la collecte des déchets jugent leur profession surexposée face aux risques liés à la pandémie.

« Depuis le début de la crise sanitaire, 397 de nos collègues ont été testés positifs au Covid et 25 d’entre eux ont été hospitalisés », affirme Régis Vieceli, délégué CGT interrogé par le Parisien. « Aujourd’hui, la ville refuse de nous donner les cas-contact, mais nous soupçonnons qu’ils sont très nombreux ». Les grévistes demandent notamment un renforcement des équipements avec des combinaisons plus protectrices, une meilleure aération des locaux accueillant les agents, et le rétablissement de la prime qui leur avait été accordée pour chaque journée travaillée au cours du premier confinement.

Au-delà du contexte actuel, les agentes et agents mobilisés sont inquiets pour l’avenir de leur profession. Face à la multiplication des contrats de collecte passés entre des collectivités et des entreprises privées, ils estiment que c’est tout le modèle parisien basé sur une gestion municipalisée de la propreté qui est en jeu. La CGT appelle ainsi à une « remunicipalisation » des services des ordures. S’aventurant dans les environs, un camion estampillé du taureau Derichebourg est copieusement hué par les travailleurs grévistes. Le groupe collecte chaque jour les déchets de près d’un quart des Parisiens, dont les résidents du quartier du Marais environnant. Présent dans une douzaine de pays, ce géant de la collecte de déchets a réalisé un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros lors de l’exercice 2018-2019. Pizzorno, Urbaser, et Veolia sont les trois autres prestataires privés sous contrats à Paris.

Les éboueurs et les égoutiers présents rejoignent bien d’autres professions pour dénoncer la « casse du service public » accélérée sous l’exécutif actuel, et certains avouent même avoir le sentiment que leur emploi est menacé sur le long terme. Même s’ils parviennent à le conserver, la dégradation des condition de travail redoutée laisse entrevoir des horizons bien sombres. « Mise à l’écart des syndicats, limites au droit de grève, réduction des jours de congés » : un syndicaliste au micro estime que l’heure est grave pour la défense d’une profession marquée par des rythmes éreintants, des horaires difficiles, et une trop faible reconnaissance des efforts accomplis. En plein pic épidémique, comment peut-on encore envisager de ratiboiser leurs acquis sociaux ?

La CGT – FTDNEEA (Filière Traitement des Déchets Nettoiement Eau Égouts Assainissement) n’a pas précisé de date de fin pour cette mobilisation. Ces dernières années, les enjeux de la propreté font régulièrement l’objet de mouvements sociaux particulièrement suivis à Paris. Si une hausse des effectifs et des salaires reste toujours d’actualité (un éboueur débutant gagne entre 1 400 et 1 500 euros net par mois), c’est la question de la vulnérabilité face à la crise sanitaire qui apparaît aujourd’hui comme la revendication la plus pressante des grévistes.

La DPE de la ville de Paris emploie près de 7 500 agents, dont 4 900 éboueurs et 200 égoutiers. La moitié des arrondissements parisiens dépend cependant de prestataires privés pour la collecte des déchets : dans l’est parisien, c’est le cas des 10ème, 11ème, et 19ème arrondissements. Si la grève devait durer, comme cela s’est déjà produit ces dernières années, le rythme de collecte des ordures serait par conséquent très inégal d’un quartier à l’autre.

À l’heure actuelle, la mairie de Paris relativise la portée de ce mouvement de grève. Suite aux questions adressées par notre rédaction au cabinet de Colombe Brossel, adjointe d’Anne Hidalgo en charge de la propreté de l’espace public, du tri et de la réduction des déchets, le service de presse de la ville nous a transmis la réponse suivante :

« À la DPE, 19,6% des éboueurs et égoutiers de la ville sont en grève. […] Les organisations syndicales ont été reçues par Antoine Guillou [adjoint à la maire de Paris en charge des ressources humaines, du dialogue social et de la qualité du service public, NDLR] la semaine dernière avant la journée de grève. Par ailleurs, la DPE a également reçu les organisations syndicales avant le mouvement de grève. »

« Il faut continuer à dialoguer avec les organisations syndicales. Pour autant les dégradations de mobilier urbain ou les intrusions avec des bouteilles de gaz dans les locaux sont inacceptables et dangereuses pour la sécurité des personnes qui y travaillent. Nous respectons toutes formes de mobilisation mais pas au détriment du bien commun des Parisiens et de la sécurité des personnels, ces dégradations ne permettent pas l’avancée des revendications. Il est inenvisageable que des réunions se tiennent si les conditions de sécurité ne sont pas assurées, notamment dans le 103 avenue de France en ce moment. »

Le représentant CGT Régis Vieceli l’admet : des éboueurs sont entrés dans les locaux avec des bouteilles de gaz, mais uniquement « pour faire la cuisine », explique-t-il au Parisien. « Nous avons envahi les locaux avec l’intention de rester plusieurs jours dans les lieux si nos revendications n’aboutissent pas. Il faut bien qu’on organise cette occupation. En attendant, la grève est reconduite ce mercredi. Nous appelons les collègues éboueurs et égoutiers à bloquer leurs lieux de travail dès la prise de service, puis à nous rejoindre au siège de la propreté de Paris dans le 13ème. »

Une soixantaine d’agents, éboueurs et égoutiers seraient actuellement présents sur les lieux. Bloquant la circulation aux alentours des locaux de la BPE, la police n’était pas encore intervenue alors que la première nuit tombait sur cette nouvelle grève.

.

.

Photographie d’illustration : mobilisation des éboueurs et fonctionnaires parisiens sur la place Saint-Gervais (Paris Centre), face à l’Hôtel de ville.
© Paris Lights Up

Laisser un commentaire