Dégradation du bâti : les quartiers de l’est parisien restent de loin les premiers concernés

Dans sa dernière étude, l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) dresse une liste de 190 immeubles « à surveiller » à travers la capitale. Ils se répartissent principalement dans le nord-est de Paris, avec « sept immeubles à risque sur dix localisés dans les 10ème, 11ème, 18ème, 19ème et 20ème arrondissements ».

Depuis 2008 et la mise en place de l’observatoire de la prévention de la dégradation du bâti parisien, une liste des immeubles présentant les risques les plus importants est constituée chaque année par l’Apur, en lien avec la Direction du Logement et de l’Habitat de la ville. Dans sa dernière étude publiée cette semaine, « Paris, prévention de la dégradation du bâti », l’agence offre un état des lieux récent de l’habitat insalubre dans le parc privé de la capitale.

La démarche, qui vise à orienter les contrôles des services de la ville et anticiper la possible nécessité d’une intervention administrative, a permis d’identifier près de 1 200 immeubles à risque en douze ans d’existence – les biens insalubres pouvant y figurer pendant plusieurs années consécutives. Principal objectif de l’observatoire : « éviter à ces immeubles de tomber dans la spirale de l’insalubrité ».

Les derniers chiffres en date, basés sur des enquêtes menées en 2019, recensent « 190 immeubles à surveiller ». Un faisceau « d’indicateurs de risques » a permis à l’observatoire de les identifier : concentration de petits logements locatifs, mises en demeure sanitaires ou au titre de la sécurité, présence de plomb, défaillances des propriétaires dans leurs obligations, interventions multiples des sapeurs pompiers, etc.

Les arrondissements du nord-est parisien restent aujourd’hui encore les principaux concernés par ce bâti dégradé. L’Apur rappelle ainsi que « sept immeubles à risque sur dix sont localisés dans les 10ème, 11ème, 18ème, 19ème et 20ème arrondissements », une observation constante depuis le lancement de l’observatoire. Les biens en péril sont même concentrés dans certains quartiers en particulier, tels que le grand Belleville, le nord de la Villette autour de l’avenue de Flandre, les abords des gares de l’Est et du Nord, ainsi que les environs de la place des Fêtes. À titre de comparaison, les 7ème et 8ème arrondissements ne comptent pas le moindre immeuble concerné, contre respectivement 57 et 32 bâtiments à risque pour les seuls 18ème et 19ème.

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D’après l’Apur, ces « concentrations d’immeubles à risque dans les quartiers populaires parisiens » peuvent principalement s’expliquer « par la qualité de construction modeste du bâti ancien dans ces quartiers (immeubles de faubourgs), ainsi que par les caractéristiques de l’occupation, une mauvaise santé financière des copropriétés, et le sous-entretien des immeubles qui en résulte, facteur majeur de dégradation ».

Les 190 immeubles mis à l’index en 2019 regroupaient au total 9 860 logements. Selon l’étude de l’agence d’urbanisme, ils en comptaient en moyenne 38, contre 22 dans le parc privé dans son ensemble. Si la majorité des immeubles à risque recensés était détenue en copropriété, 41 d’entre eux appartenaient cependant à un seul propriétaire : 24 particuliers, et 17 personnes morales.

Près de la moitié des 190 immeubles signalés étaient déjà présents dans la liste de l’année précédente, et donc connus du service technique de l’habitat de la ville de Paris, administration chargée du suivi du parc privé. Par ailleurs, l’étude précise que 76 des bâtiments concernés avaient « déjà été traités dans le cadre de la politique de lutte contre l’habitat indigne ou dégradé » entre 2002 et 2018. Pour l’Apur, « ce résultat montre que malgré la réalisation de travaux de réhabilitation accompagnés par la puissance publique, ces immeubles restent fragiles ».

L’agence d’urbanisme remarque cependant une amélioration de la situation au cours de ces dernières années : 347 immeubles à risque avaient ainsi été recensés en 2014, cinq ans plus tôt. Les 190 bâtiments mis en cause dans ce dernier rapport constituent le chiffre le plus bas enregistré par l’observatoire de la prévention de la dégradation du bâti depuis sa création. Cette baisse accompagne celle des décisions de mises en demeure pour motifs sanitaires (qui ont tout de même frappé 549 immeubles en 2019) ou pour risques liés à la sécurité (537 immeubles).

Entre 2002 et 2018, 2 172 immeubles parisiens représentant au total près de 56 000 logements ont bénéficié de dispositifs de lutte contre l’habitat indigne. Environ 80% d’entre eux « sont restés privés et ont été accompagnés et subventionnés dans la réalisation de travaux », tandis que les 20% restants « ont fait l’objet d’une acquisition publique et ont été démolis et reconstruits, ou lourdement réhabilités », généralement en vue de créer des logements sociaux. Dans l’est parisien, ces réhabilitations ont notamment concerné les quartiers de Belleville, de la Réunion, de la Villette, ainsi que les immeubles anciens des faubourgs Saint-Antoine, Saint-Denis et Saint-Martin.

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Dans une ville comme Paris, caractérisée par un bâti ancien où « 40 % des logements ont plus de 100 ans et 75 % plus de 50 ans », les difficultés ne peuvent cependant se résumer à cette « partie émergée de l’iceberg » – les cas les plus extrêmes des immeubles présentant plusieurs facteurs de risque. L’étude de l’Apur précise ainsi que parmi les quelques 50 000 immeubles d’habitat privés de la capitale recensés en 2019, 6 895 étaient potentiellement concernés par une surdensité des petits biens locatifs d’une ou deux pièces, une situation parfois synonyme de mal-logement. Par ailleurs, 2 085 des immeubles présentaient encore des risques liés à la présence de plomb, et 1 191 étaient même menacés par celle de termites.

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Illustrations : Cartes issues de l’étude « Paris, prévention de la dégradation du bâti – Résultats 2019 »
© Atelier parisien d’urbanisme

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