Une installation aux Buttes-Chaumont le 30 mars pour l’hommage annuel aux morts de la rue

« Le rendez-vous prévu aux Buttes-Chaumont change de forme » en raison de la situation sanitaire. Il s’agira cette année « d’une installation dans le parc, autour du lac, sans rassemblement », précise le collectif Les Morts de la Rue, qui organise cet hommage annuel aux victimes de la grande exclusion.

D’après la dernière enquête du collectif sur la mortalité des personnes ayant connu la rue, au moins 535 décès ont été recensés en France l’an dernier. Elles et ils avaient en moyenne 49 ans – près de trente de moins que l’âge de décès observé dans la population française en général. Lors de son précédent hommage, le collectif Les Morts de la Rue rappelait que « durant les trois derniers mois avant son décès, chacune de ces personnes a vécu majoritairement dans des lieux non faits pour l’habitation, ou en centre d’hébergement d’urgence ou temporaire. »

Il est très difficile de connaître la trajectoire personnelle de certaines victimes du sans-abrisme, c’est pourquoi les associations et les chercheurs spécialisés considèrent que le nombre de décès reporté reste largement sous-estimé. Dans son enquête annuelle publiée en novembre dernier, le collectif avait de nouveau sonné l’alerte quant à la mortalité précoce, toujours aussi élevée, des personnes à la rue.

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Proportion des décès selon la classe d’âge pour les décès recensés par le CMDR (n=503) et en population générale (n=299 344), France, 2019
© Collectif Les Morts de la Rue – Étude sur la mortalité des personnes sans domicile en 2019

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Cette étude du collectif, par ailleurs basé dans le 19ème arrondissement de la capitale, rappelait à quel point la région Île-de-France est meurtrie par ce fléau. Le territoire concentrait à lui seul 39% des décès de personnes sans domicile en 2019, contre une proportion de 13% des disparitions dans la population générale. Paris détient un triste record, avec près de 27% de tous les décès liés au sans-abrisme en France sur l’ensemble de la période 2012-2018.

Cette année, le « temps d’hommage sans prise de parole organisée, ni rassemblement » débutera le mardi 30 mars à partir de 11h, avec la présentation d’une installation éphémère. En 2019, une série de portraits, ainsi qu’un chemin de pétales de fleurs semé au jardin Villemin (10ème arrondissement), face au canal Saint-Martin, avaient fait écho à ces centaines de vies perdues. Pour « honorer les morts de la rue à distance », l’événement habituellement organisé jusqu’en début d’après-midi sera également retransmis en ligne et en direct.

Cet hommage est ouvert à toutes et tous : le collectif encourage le public à lui faire parvenir de courtes vidéos de 15 à 20 secondes « en mémoire d’une ou plusieurs personnes, que vous connaissiez ou pas, qui vivaient à la rue ». Les participantes et participants pourront adresser une pensée à ces victimes toujours trop nombreuses en s’interrogeant, et en nous interrogeant : « Que reste t-il d’eux pour vous ? Quelle mémoire vivante ? Quel mot ou image ? »

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Photographie : Parc des Buttes Chaumont, Paris 19°.
© Paris Lights Up

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