Bientôt un Monument aux animaux de guerre à Paris, mais où ?

Suite à un vœu adopté à l’unanimité au conseil de Paris en 2018, la capitale française aura bientôt un monument dédié aux animaux victimes des conflits, notamment au cours de la première guerre mondiale.

À l’heure des commémorations du centenaire de la Grande Guerre, une trentaine d’associations de défense des animaux avaient lancé un appel à la municipalité pour que Paris suive l’exemple de Londres, Ottawa, Bruxelles et Canberra, et rende à son tour un hommage à ces engagés « qui n’avaient pas le choix ». Cette phrase est l’une des inscriptions qui orne l’Animals in War Memorial de la capitale britannique, œuvre d’art érigée en 2004 sur les pelouses de Hyde Park, en plein cœur de la la ville.

Le Souvenir Français, association qui entretient la mémoire des anciens combattants, avait affiché son soutien dans une lettre adressée à la maire de Paris. « Cette initiative qui s’inscrit pleinement dans le centenaire de la Grande Guerre concrétise la découverte par les historiens de cette tragédie oubliée. Alors que plusieurs stèles ont été créées par des municipalités le projet d’un monument plus globalisant nous apparaît nécessaire », écrivait son président Serge Barcellini. « Sur les champs de bataille, l’animal est très souvent apparu comme l’ami le plus proche de l’homme. Dès lors, le Souvenir français apporte son soutien plein et entier à ce beau projet mémoriel. »

En France, près du quart des chevaux seront réquisitionnés pour contribuer à l’effort de guerre de 1914-1918. Les ânes et les mulets sont également utilisés par l’état-major pour transporter des charges jusqu’aux tranchées. Dans une guerre où la mort frappe aveuglément, ils deviennent rapidement les compagnons de misère des poilus.

La cofondatrice de l’association Paris Animaux Zoopolis (PAZ), Amandine Sanvisens, précise que « dans le monde, 11 millions d’équidés (chevaux, ânes et mulets), 100 000 chiens, 200 000 pigeons, notamment, ont été utilisés pour porter, tirer, guetter, secourir ou informer au cours de la Grande Guerre. » PAZ a mené des recherches sur les lieux de mémoire parisiens liés à la participation forcée de ces animaux dans le conflit (voir carte au bas de l’article) : site de réquisition d’équidés, terrain d’entraînement des chiens ambulanciers…

Si le projet semble en bonne voie, c’est aujourd’hui la question de l’emplacement du monument qui fait débat. « Selon nos informations, la mairie de Paris souhaite que la stèle aux animaux de guerre soit au bois de Vincennes ! Ce lieu est sans aucun lien historique avec les animaux de guerre et très excentré. PAZ a fait part de son opposition à la mairie de Paris, » explique Amandine Sanvisens.

L’association recommande un lieu à la fois plus central et plus évocateur. Elle préférerait au bois de Vincennes un parvis situé sur l’avenue de l’Observatoire (6ème arrondissement), face au jardin des Grands Explorateurs. Le site était utilisé pour des réquisitions d’équidés pendant le premier conflit mondial. En 2018, le maire du 6ème arrondissement (LR), Jean-Pierre Lecoq, avait écrit un courrier à l’adjointe à la maire de Paris chargée de la mémoire et du monde combattant pour « suggérer l’implantation d’un monument ou d’une stèle dédiée à la mémoire de ces animaux » à cet emplacement. Un « vœu relatif au souhait de création d’un monument ou d’une stèle faisant mémoire des animaux tués au cours des conflits du XXème siècle et notamment de la Première Guerre Mondiale » avait ensuite été voté en conseil d’arrondissement en septembre 2018.

Le vœu adopté à l’unanimité en conseil de Paris quelques semaines plus tard ne précise pas d’emplacement définitif. Il prévoit justement la mise en place d’un groupe de travail afin d’étudier « la forme de la stèle dédiée aux animaux morts au combat, le libellé du texte qui leur portera reconnaissance, et le choix du lieu qui l’accueillera à Paris ».

Celui du bois de Vincennes, et notamment des alentours du « jardin tropical de Paris », serait une triste erreur. Certains aimeraient mieux l’oublier, mais le site témoigne de certains des épisodes les plus sombres de l’histoire parisienne : les expositions coloniales de 1907 et 1931 y furent organisées, leurs terribles « zoos humains » rassemblant alors des millions de visiteurs français. Il serait malvenu d’entretenir la confusion des mémoires en ces lieux : du palais de la Porte Dorée aux sinistres pavillons du jardin tropical, il y a encore beaucoup de travail à réaliser pour rendre l’hommage qui s’impose aux si nombreuses victimes de la colonisation, de l’esclavage et du racisme. Un monument aux animaux de guerre n’y serait pas à sa place.

Un emplacement plus central, véritablement lié à leur mémoire, apparaît plus judicieux. Ce serait l’occasion pour la municipalité de lancer un projet ambitieux, à même de remporter l’adhésion des Parisiennes et des Parisiens. Une simple stèle serait bien regrettable, surtout lorsqu’on observe les émouvantes sculptures installées dans les capitales des anciens pays alliés. Pourquoi ne pas lancer un grand concours ouvert à tous les artistes de la capitale ? Comme cela a pu être le cas avec le budget participatif ou l’initiative « Embellir Paris », les habitants pourraient ensuite s’exprimer et indiquer leur projet d’œuvre favorite. Après l’annulation de tant d’événements culturels cette année, ne reste-t-il pas quelques options budgétaires pour adresser un signal positif aux plasticiennes et plasticiens parisiens ? Renouant avec la tradition républicaine des grandes commandes et souscriptions statuaires, un tel appel pourrait avoir une dimension réellement populaire, à l’opposé de la culture version LVMH dont on souhaiterait enfin tourner la page.

Le cabinet de Laurence Patrice, nouvelle adjointe (PCF) à la maire de Paris en charge de la mémoire et du monde combattant, nous a indiqué qu’elle recevrait les associations « à la fin du mois » afin d’évoquer l’avancement du projet de Monument aux animaux de guerre. Les « arbitrages définitifs » ne sont donc pas encore arrêtés.

La ville de Paris est capable de belles réalisations en faveur de la mémoire : le « Mur des noms », inauguré au Père Lachaise pour rendre hommage à 94 000 combattants parisiens à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre, en est un exemple récent. Dans le cas de ce nouveau projet mémoriel, un monument sans caractère, dans un lieu peu fréquenté, serait une grande déception. Le sujet des animaux ne devrait pas manquer d’inspirer les artistes de la capitale, et touche aujourd’hui beaucoup de Parisiennes et de Parisiens : pourquoi ne pas en profiter pour créer un monument à la hauteur de leurs attentes ?

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Photographie d’illustration : Animals in War Memorial de Londres
© Dario Crespi – Wikimedia Commons

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