Les travailleurs en grève de Biocoop – Le Retour à la Terre occupent leur magasin

Alors que leur direction continue d’ignorer leurs revendications, des employés du réseau ont lancé vendredi une action d’occupation du magasin Biocoop – Le Retour à la Terre de l’avenue Philippe Auguste (11ème arrondissement).

Depuis le 9 juillet dernier, des salariées et salariés du Retour à la Terre, franchisé de Biocoop opérant deux magasins dans la capitale, sont en lutte contre les méthodes de leur hiérarchie. Nous avions déjà évoqué leurs revendications cet été à l’occasion d’un piquet de grève, comme il en était organisé chaque samedi depuis le début de la mobilisation. Après une vaine tentative de négociation cet été, la situation n’a guère évolué ces derniers mois.

Face à l’indifférence, voire à l’intimidation patronale, les travailleurs de l’enseigne ont décidé de passer à la vitesse supérieure dans la soirée du vendredi 23 octobre. L’occupation de la supérette est bien entendu pacifique : les dégradations et les vols n’y sont aucunement tolérés.

Derrière la devanture fermée du magasin, les employés et leurs soutiens syndicaux (notamment Sud Commerce) s’activent pour être enfin entendus par une direction qui fait la sourde oreille. Un voisin solidaire apporte un peu de café, des clientes d’un certain âge échangent avec les jeunes salariés pour connaître leurs revendications. Même la police est venue toquer à leur porte, mais ses agents ont rapidement fait demi-tour en constatant l’absence de dégradations.

La lutte s’est intensifiée ces dernières semaines en raison de la stratégie de bras de fer engagée par la fondatrice des magasins Le Retour à la Terre. D’après le communiqué des grévistes, « la direction a joué la carte du pourrissement, refusant de négocier et harcelant les collègues grévistes ». Ils rappellent que trois d’entre eux viennent d’être licenciés. Objectif inavoué : intimider l’ensemble des salariés de l’enseigne et jouer la montre pour étouffer à petit feu le mouvement de grève.

En réponse, les travailleuses et travailleurs de Biocoop – Le Retour à la Terre n’ont pas cédé et sont restés inflexibles quant à leurs demandes : « abandon du projet de travail le dimanche, possibilité d’obtenir des ruptures conventionnelles comme le permet la réglementation, et augmentation de salaires pour les employés les plus faiblement rémunérés. »

Au-delà de ces revendications, les grévistes demandent la simple application du droit du travail. D’après eux, « visites médicales oubliées, non-mise à jour des salarié·e·s à la médecine du travail depuis un an, gestion des salaires opaque et négligente, harcèlements et salariés en burn out, et procès aux prud’hommes font partie du quotidien de ces magasins. »

Le cas de ces deux adresses parisiennes poussera-t-elle le réseau Biocoop, aujourd’hui en lice pour la reprise de Bio C’Bon, à faire pression pour mettre fin à ces abus ? De fait, c’est l’image de l’enseigne dans son ensemble qui souffre des pratiques aujourd’hui dénoncées par ces employés. Pourtant, comme le rappelle l’un d’entre eux, « d’autres magasins Biocoop sont gérés différemment, les choses se passent bien et leurs salariés sont heureux d’y travailler ». En effet, toutes les boutiques du groupe ne sont pas opérées suivant les mêmes règles. Avec un statut de SARL, le magasin de l’avenue Philippe Auguste est très éloigné d’une vraie coopérative.

L’hypocrisie de la hiérarchie est dénoncée depuis des mois par les salariés, qui n’ont pas l’intention d’abandonner la lutte : « si la guerre des prud’hommes est lancée, nous refusons de laisser notre outil de travail entre les mains d’une direction incapable de gérer cette entreprise selon le modèle coopératif qu’elle prétend être. »

D’après un gréviste, « environ une vingtaine de personnes sont mobilisées » depuis désormais quatre jours pour garantir le succès de cette occupation, pour moitié des employées et employés de Biocoop. Les salariés ont également reçu le soutien de plusieurs élus parisiens, parmi lesquels des représentants du PCF et la conseillère de Paris (LFI) Danielle Simonnet. Présente ce dimanche auprès des employés mobilisés, l’élue du 20ème arrondissement a demandé à ce que « la direction de Biocoop – Le Retour à la Terre respecte ses salariés, arrête ces licenciements abusifs, et au contraire négocie. »

Il est aujourd’hui difficile de prévoir combien de temps l’occupation du magasin de l’avenue Philippe Auguste pourra se poursuivre. En attendant, les voisins et soutiens des salariées et salariés en lutte ont la possibilité de leur apporter de la nourriture, de participer à la caisse de grève, et bien entendu de parler autour d’eux de cette mobilisation.

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Note : dénonçant une stratégie de harcèlement systématique de la part de leur direction à l’encontre des grévistes, les employés interrogés ont souhaité rester anonymes.

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Photographie d’illustration : Occupation du magasin Biocoop – Le retour à la Terre de l’avenue Philippe Auguste, Paris 11° – 26 octobre 2020.
© Paris Lights Up

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