Piquet de grève au magasin ‘Biocoop – Le Retour à la Terre’ de l’avenue Philippe Auguste

Des employés de l’enseigne parisienne Le Retour à la Terre, membre du réseau Biocoop, étaient mobilisés ce samedi contre la dégradation de leurs conditions de travail et les projets d’ouverture le dimanche envisagés par la direction.

Cantine solidaire, drapeaux syndicaux et fanfare : l’ambiance était aussi festive que revendicative cet après-midi sur l’avenue Philippe Auguste (XIème arrondissement), face au magasin « rive droite » de l’enseigne bio Le Retour à la Terre. Derrière le buffet et ses snacks végans, une banderole venait rappeler les injustices réservées aux salariées et employés du commerce et de la distribution depuis le déclenchement de la crise liée au covi-19 : « Travailleurs de l’ombre, entrons dans la lumière ! »

Konstantin, employé du groupe et gréviste, résume au mégaphone le mécontentement général. Syndiqué au sein de Solidaires Commerce & Service, il estime que cela fait « des années que les salariés sont négligés et méprisés par la direction, et ça a été mis encore plus en valeur pendant le confinement », avec une « charge de travail [qui] a augmenté considérablement ». Il s’indigne aussi que « les protections ont mis du temps à arriver, on a été amenés à faire des livraisons à domicile, alors que ce n’était pas dans notre contrat de travail » — ces tâches additionnelles n’ayant pas entraîné pour autant de revalorisation salariale.

« C’est dans ce contexte, à la sortie du confinement, qu’on a appris que la direction comptait mettre en place les ouvertures le dimanche sur le magasin de rive droite devant lequel nous sommes aujourd’hui. » Dans leur appel à participer à la caisse de grève, les employés mobilisés font du renoncement à ce projet leur première revendication :  « Le Retour à la Terre doit être fier de ne pas s’aligner par le bas sur le mode de fonctionnement d’autres magasins, qui poussent à la consommation de masse et détruisent les moments de vie sociale et de repos commun ».

D’après les témoignages des jeunes travailleuses et travailleurs de l’enseigne Le Retour à la Terre (et d’autres magasins Biocoop parisiens) qui se succèdent au mégaphone, les difficultés rencontrées au sein du réseau sont bien loin de se limiter à l’opposition au travail le dimanche. La mobilisation importante du personnel lors d’une première journée de grève, le 9 juillet dernier, en aura d’ailleurs été la preuve.

Les intervenants dénoncent tour à tour « les salaires à minima » malgré la « sollicitation supplémentaire des équipes », les retards voire les incohérences de la direction concernent la mise à disposition et le port du masque, et une « incitation à la démission ou l’abandon de poste » quasi-systématique dans les cas où un salarié souhaiterait négocier une rupture conventionnelle.

Un éventail de manquements qui ne devrait malheureusement guère surprendre celles et ceux qui travaillent dans le secteur du commerce et la distribution, où le double fardeau des bas salaires et des conditions de travail difficiles demeure une norme écrasante. Alors que ces femmes et ces hommes ont pour rôle essentiel de nourrir la société et restent parmi les plus exposés face à la crise sanitaire actuelle, ils font aujourd’hui figure de grands oubliés du déconfinement.

Les travailleurs de Biocoop – Le Retour à la Terre partagent également le sentiment que l’enseigne agit à l’encontre des valeurs de progrès qu’elle prétend incarner, cette mobilisation n’étant que le « reflet d’un malaise général dans le bio ». Dans un entretien publié l’an dernier, la fondatrice des trois magasins Le Retour à la Terre expliquait elle-même « qu’à travers sa charte et son cahier des charges, Biocoop met en avant les produits biologiques de saison, mais aussi l’emploi local, les petits producteurs et la promotion d’emplois stables dans ses magasins »

Selon l’une des personnes mobilisées, le piquet de grève de ce samedi est la démonstration que ces beaux idéaux ont déjà été oubliés, et que les décisions au sein du groupe relèvent aujourd’hui plutôt de « mecs de la ‘startup nation’, qui pensent avant tout aux bénéfices ». Pour lutter contre la dégradation de leurs conditions de travail, les grévistes demandent à la direction de l’enseigne d’accepter dorénavant les demandes de rupture conventionnelle, et de faire en sorte que « les compétences et les qualifications de chacun·e des salarié·e·s de l’entreprise soient reconnues sur leurs fiches de paie, leurs fiches de poste, et que leurs salaires soient revalorisés en conséquence ».

Alors qu’on déballe percussions et instruments sur le trottoir de plus en plus plein de l’avenue Philippe Auguste, un témoignage se conclut sous les applaudissements avec cette phrase attribuée au syndicaliste brésilien Chico Mendes : « L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage ! »

 

Caisse de grève des travailleuses et travailleurs de Biocoop – Le Retour à la Terre

 

 

 

Photographie d’illustration : Piquet de grève des employés de l’enseigne Biocoop – Le retour à la Terre,  le 1er août 2020 à Paris
© Paris Lights Up

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