En chansons : Le Paris de Jean Ferrat

Né le 26 décembre 1930 en région parisienne, Jean Ferrat évoque la capitale à de nombreuses reprises à travers ses chansons. Dépeignant tout à la fois un Paris faubourien, populaire, et frondeur, cette sélection rappelle l’attachement de l’artiste à l’histoire de la ville et de ses quartiers.

S’il a passé ses dernières années dans les ruelles tranquilles du village ardéchois d’Antraigues-sur-Volane, où il repose aujourd’hui, Jean Ferrat a vécu dans la capitale et ses alentours une grande partie de son existence. De la banlieue parisienne qui l’a vu grandir aux cabarets des boulevards où il est monté sur scène à partir des années 1950, l’auteur compositeur décrit une ville multiple, au caractère bien trempé, actrice de l’histoire et de ses bouleversements.

 

Paris Gavroche

Charles Rinieri (Musique), Jean Ferrat & Georges Bérard (Paroles) – 1961

Sur un air aux accents de cabaret, le chanteur évoque le Paris populaire à travers l’un de ses plus célèbres représentants, le personnage de Gavroche décrit dans Les Misérables de Victor Hugo. De la Villette à Bastille en passant par Les Lilas, Jean Ferrat se fait au passage l’écho de l’esprit révolutionnaire qui a tant marqué l’histoire de la capitale : « Lui les pavés / Il sait les faire valser / Dans mes faubourgs / Quand le tambour se met à rouler ».

 

Ma môme

Jean Ferrat (Musique), Pierre Frachet (Paroles) – 1960

Dans un morceau qui reste l’un de ses grands succès, Jean Ferrat tourne un regard tendre vers la banlieue parisienne. Il y décrit les jours heureux d’un jeune couple ouvrier qui partage son temps entre le « travail en usine à Créteil », ses « vacances à Saint-Ouen », et ses douces étreintes dans un meublé dont « la fenêtre n’a qu’un carreau, qui donne sur l’entrepôt et les toits ». Un hymne amoureux qui fait tout comme son interprète une apparition remarquée dans le film Vivre sa vie de Jean-Luc Godard, à l’occasion d’une scène de bistrot centrée sur le visage d’Anna Karina et uniquement rythmée par le son du juke box.

 

Le P’tit Jardin

Jean Ferrat (Musique), Michelle Senlis (Paroles) – 1961

Sur des paroles qui semblent toujours aussi actuelles, Jean Ferrat regrette les grands travaux qui ont vu certains quartiers de la capitale changer radicalement de visage au fil des Trente Glorieuses. Des espaces verts aux quartiers populaires et multiculturels remplacés par les barres d’immeubles, « buildings fantastiques » pourtant dénués de caractère, le chanteur s’avoue nostalgique d’un Paris déjà disparu : « Il perd un jardin par semaine, mon p’tit coin là-bas près d’la Seine / Il perd chaque mois une friture, il y gagne quoi la blessure / D’une maison de vingt étages où l’on mettra les hommes en cage ».

 

Regarde-toi Paname

Jean Ferrat (Musique), Michelle Senlis (Paroles) – 1959

Dépeignant dans un premier temps une capitale arrogante malgré ses défauts et ses errements, en proie au nombrilisme et aux dénaturations d’un embourgeoisement qui n’efface en rien la misère (« Y a des revers à tes médailles / Des rimes pauvres à tes poèmes / Pour cent palais pour cent ripailles / Combien de taudis de carêmes »), le poète finit tout de même par réaffirmer son attachement aux faubourgs parisiens : « Troupeau de toits fleuve tranquille / Ciel généreux pavé têtu / Grande gueule et petite vertu / Paname t’es quand même ma ville ».

 

La Commune

Jean Ferrat (Musique), Georges Coulonges (Paroles) – 1971

Interprète : Jean Ferrat

Connu pour les nombreuses références à l’histoire révolutionnaire et au mouvement ouvrier qui rythment ses paroles, Jean Ferrat célèbre le centenaire de la Commune de 1871 avec un texte mettant à l’honneur les artisans et les ouvriers parisiens, et leur « espoir mis en chantier » à travers l’insurrection.

 

Les Cerisiers

Jean Ferrat (Musique), Guy Thomas (Paroles) – 1985

En reprenant ce texte un brin nostalgique composé par Guy Thomas, le chansonnier rappelle sa fidélité aux idéaux de la révolution du Temps des Cerises, un engagement qu’il poursuivra jusqu’à ses derniers jours : « Tant que je pourrai traîner mes galoches / Je fredonnerai cette chanson-là / Que j’aimais déjà quand j’étais gavroche / Quand je traversais le temps des lilas / Que d’autres que moi / chantent pour des prunes / Moi je resterai fidèle à l’esprit / Qu’on a vu paraître avec la Commune / Et qui souffle encore au cœur de Paris ».

 

En groupe, en ligue, en procession

Jean Ferrat (Musique & Paroles) – 1966

Dans cet hymne aux manifestations écrite par ses soins, Jean Ferrat évoque des quartiers parisiens habitués à voir défiler les cortèges syndicaux et autres mobilisations sociales : « Pareil à tous ces compagnons / Qui de Charonne à la Nation, en ont vu défiler parole / Des pèlerines et des bâtons / Sans jamais rater l’occasion de se faire casser la gueule ».

 

Paris An 2000

Jean Ferrat (Musique), Henri Gougaud (Paroles) – 1972

Nostalgique d’un Paris populaire et bohème en partie révolu, Jean Ferrat fustige quatre ans avant Le petit jardin la disparition des rues faubouriennes, remplacées par des barres d’immeubles dans le cadre des grands projets d’urbanisme des années 1960 et 1970. Il dénonce également les inégalités toujours plus évidentes visibles dans la capitale, encouragées par les opérations immobilières et la hausse toujours ininterrompue des loyers : « Il n’est de Paris que son ombre / Des chercheurs d’or sur les décombres / Dressent des banques de béton / L’ordre massif règne immobile / Le pauvre habite en bidonville / Le riche à la ville bidon / Dans les rues tracées à la trique / Voici l’acier géométrique / Des bastilles de la fureur / Reviendrons-nous un jour les prendre / Avant que vie ne tombe en cendres / Du front de Paris crève-cœur ».

 

Les petits bistrots

Jean Ferrat (Musique & Paroles) – 1962

Sur un air d’accordéon composé en 1962, le chanteur vante ici le charme des cafés parisiens, des établissements qui ne quittent pas son esprit lorsqu’il s’éloigne de la capitale : « Les petits bistrots, quand j’suis loin d’ici / À Londres, à Tokyo, j’en rêve et j’me dis / Que les p’tits bistrots qui sont à Paris / J’les r’verrai bientôt, salut les amis ».

 

Les feux de Paris

Jean Ferrat (Musique), Louis Aragon (Paroles) – 1995

Jean Ferrat met ici en musique un poème de Louis Aragon, à qui il voua toute sa vie une grande admiration : deux de ses disques, sortis en 1971 et en 1995, reprendront ainsi une trentaine de textes de ce compagnon de route autant politique que poétique. Ici écourté, Les feux de Paris évoque les modernisations qui transforment pas à pas le visage de Paris, comme ces éclairages venus reléguer au passé « beauté lunaire » et « ténèbres millénaires » au profit d’un « perpétuel été », « nouveau carnaval où l’électricité ravale les édifices embrasés ».

 

Plusieurs autres chansons du poète adopté par l’Ardèche évoquent la capitale à travers leurs paroles, comme La petite fleur qui tombe ou Un jour futur. La place Jean Ferrat, située sur le parvis du métro Ménilmontant au carrefour des 11e et 20e arrondissements, a été inaugurée en 2015. Assez paradoxalement bétonnée, avec un dernier « réaménagement » datant de 2010, le site aurait dû bénéficier d’une mise à jour artistique dans le cadre du projet « participatif » Embellir Paris lancé en 2019 par la ville de Paris. L’une des œuvres proposées consistait en une sculpture en mémoire de l’artiste disparu neuf ans plus tôt. L’œuvre Le motif est dans le tapis de la plasticienne Aam Solleveld, finalement retenue par le jury pour budget de 50 000 euros, et qui devait d’après la municipalité « inviter le promeneur à fouler un damier immense » et à « traverser un plateau de jeu mystérieux », n’a toujours pas vu le jour.

 

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Photographie : Place Jean Ferrat, Paris 11e/20e
© Paris Lights Up

 

 

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