De nouveau endeuillée, la communauté kurde de Paris appelle à un rassemblement sur la place de la République ce samedi

Après l’attaque aux motivations vraisemblablement racistes qui a fait trois morts et plusieurs blessés dans le 10e arrondissement de Paris, une « grande mobilisation » est annoncée ce samedi à midi par des associations kurdes de la capitale. Français âgé de 69 ans, le tireur avait agressé au sabre des réfugiés dans le quartier de Bercy il y a un an, et venait d’être libéré.

Deux hommes et une femme, « responsable du mouvement des femmes kurdes en France », ont perdu la vie en fin de matinée après avoir été ciblés par arme à feu aux abords du centre culturel Ahmet Kaya, dans le quartier de la porte Saint-Denis. D’après les autorités, le suspect est un Français déjà connu pour des faits de violences racistes. Cet acte terroriste a ranimé le souvenir du triple assassinat des militantes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) Sakine Cansız, Fidan Doğan, et Leyla Söylemez, dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013, qui avait là encore eu lieu dans le 10e arrondissement de la capitale.

Une foule nombreuse s’était rassemblée dans l’après-midi autour de la rue du Faubourg Saint-Denis, alors que l’adresse voisine du centre culturel, rue d’Enghien, était comme les rues environnantes bouclée par des cordons policiers. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés par ces derniers contre les Kurdes de Paris venus se réunir en mémoire des victimes sur le site de l’attaque, après une visite sur place jugée provocante du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin aux alentours de 16h. D’après les informations disponibles, les lieux où les trois victimes ont été abattues ne faisaient pas l’objet d’une protection renforcée, en dépit des antécédents et d’une situation alarmante qui aurait été « signalée aux services de renseignements français », ont affirmé des représentants de la communauté kurde.

 

  

Une « grande mobilisation sur la place de la République » ce samedi

Le Conseil démocratique kurde de France (CDKF), dont les équipes sont habituellement accueillies dans les locaux du centre culturel visé, organisait en début de soirée une conférence de presse non loin des lieux de l’attaque. L’organisation appelle à « une grande mobilisation sur la place de la République » ce samedi 24 décembre à partir de 12h. « Nous avons appris que le caractère terroriste dans le cadre de la procédure n’avait à ce stade pas été retenu. Nous sommes actuellement indignés, indignés face à cette situation », a réagi l’un de ses porte-paroles, Agit Polat. « L’une des victimes aujourd’hui assassinées était l’une des responsables du mouvement des femmes kurdes en France », a-t-il également rappelé.

De nombreuses personnalités politiques se sont exprimées sur cette attaque, considérant pour beaucoup ses motivations visiblement racistes, et la qualifiant pour certaines de terroriste. Des élues et élus de gauche ont notamment mis en cause la montée des idéologies et des violences d’extrême droite. D’après les informations du Monde, le tireur était connu par les services de la justice « pour des faits de violence commis en 2016, et pour tentative d’homicide volontaire dans un camp de migrants dans le 12e arrondissement de Paris le 8 décembre 2021 ».

Des antécédents judiciaires aux motivations racistes

Après avoir été désarmé par des civils, l’homme de 69 ans a été interpellé à proximité des lieux des assassinats et placé en garde à vue. Il sera interrogé après son traitement à l’hôpital, où il se trouve « en urgence relative », selon la maire du 10e arrondissement Alexandra Cordebard. D’après la procureure de Paris Laure Beccuau, il avait déjà fait l’objet de trois antécédents judiciaires : il avait été condamné à six ans de prison avec sursis pour « détention prohibée d’armes de catégories A, B, et C » en juin 2017, puis en juin 2022 à douze mois d’emprisonnement pour des « faits de violences avec armes » commis en 2016. Il était donc enfin mis en cause dans l’attaque de réfugiés d’origine soudanaise aux abords du parc de Bercy (12e arrondissement), survenue dans la matinée du 8 décembre 2021, une agression commise au sabre qui avait occasionné au moins deux blessés.

Le sexagénaire avait alors été mis en examen pour « violences avec ITT de moins ou plus de huit jours avec arme, avec préméditation et à caractère raciste », et placé en détention provisoire. Le 12 décembre dernier, il avait été libéré et placé sous contrôle judiciaire « avec interdiction de quitter le territoire et de porter une arme », « au terme du délai maximal de détention provisoire d’un an prévu par la loi », a précisé la procureure de Paris. L’homme était encore en attente de son jugement. Une enquête pour « assassinat, homicides volontaire, et violences aggravées » a été ouverte après l’attaque mortelle de ce 23 décembre. D’après Laure Beccuau, ses motivations racistes feront « évidemment partie des investigations ». Comme le regrettent les Kurdes de France présents aux abords de la rue d’Enghien où sont tombées les victimes, le Parquet national antiterroriste n’a pas été saisi.

Figurant parmi les secteurs les plus multiculturels de Paris, le quartier de la porte Saint-Denis est un point de rencontre majeur pour la communauté kurde établie dans la capitale. En plus du centre culturel Ahmet Kaya, deux commerces voisins de la rue d’Enghien auraient été ciblé. C’est dans l’un d’entre eux, un salon de coiffure, que le tireur aurait été neutralisé.

 

 

Photographies © Paris Lights Up

 

 

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