Cinquième semaine d’occupation à Bastille pour l’association Droit au Logement

Installés depuis le 5 mars dernier en bordure de la place de la Bastille, les « oubliés du DALO » (droit au logement opposable) ont manifesté ce mardi devant le ministère du logement.

Réunis sous quelques tentes surplombant les eaux du canal de l’Arsenal, familles et bénévoles bravent depuis quelques jours une météo difficile alors qu’approche le premier mois de leur action d’occupation de l’espace public. Autour de l’association Droit au Logement (DAL), ce sont au total près de « 220 ménages » qui se relaient sur place « jour et nuit, dans le froid, sous la neige ou la pluie », pour demander « le respect de leur droit et de la loi ».

Les occupantes et les occupants échangent avec les passants, les invitant à signer la pétition de soutien à ces nombreuses familles « sans logis, menacées d’expulsion sans relogement depuis le 1er avril [et la fin de la trêve hivernale], ou très mal logées ». Des artistes sont également venus égayer leur quotidien avec quelques notes de musique, comme Mourad Musset de La Rue Ketanou samedi dernier, quelques jours après l’organisation d’un atelier street art avec confection de banderoles. L’une d’entre elles reprend les mots de l’Abbé Pierre en 1956 : « Gouverner, c’est d’abord loger son peuple ». Des pique-niques ont également été improvisés sur le parvis de la place, avec sa vue imprenable sur la colonne de Juillet et l’opéra Bastille.

Selon les équipes du collectif DAL, les familles qui occupent tour à tour le campement « ont été reconnues prioritaires DALO, parfois depuis plus de dix ans, ou attendent que leur demande soit examinée ». Elles sont « décidées à maintenir le campement jusqu’à la mise en place d’engagements de relogement concrets, y compris pendant les élections si nécessaire ». Depuis cinq semaines, l’association demande à leurs côtés des lieux d’accueil durables pour « tous les ménages participant au mouvement ».

Avec la fin de la trêve hivernale, mesure qui permettait de fortement limiter les possibilités d’expulsion des plus précaires, leur lutte se donne plus largement pour objectif de « témoigner de la dure crise du logement qui frappe des millions d’habitants dans notre pays, du logement cher, de l’augmentation des DALOs non relogés, des expulsions, des coupures d’énergie, ou des remises à la rue des sans-logis ». La France compte aujourd’hui près de 4 millions de personnes mal logées, et 300 000 femmes, hommes, et enfants privés de domicile fixe.

En ce triste anniversaire de l’occupation, ce mardi 5 avril, une partie des familles installées à Bastille s’est équipée de percussions et d’un mégaphone pour franchir la Seine et défiler devant le ministère du logement, sur le très chic boulevard Saint-Germain. Les personnes mal-logées venues manifester ont jugé que des relogements doivent être proposés « au nom de la loi ». Pour le DAL, elles « répondent en effet aux conditions d’éligibilité » de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable, et « devraient à ce titre être relogées en logement social par l’État dans un délai de six mois après validation par une commission ad hoc. La plupart attendent ce relogement depuis bien plus de six mois, souvent depuis plus de dix ans. Leur droit de vivre dans un logement stable, décent, et à loyer abordable accordé par la loi est donc bafoué ».

Signée par de nombreux citoyens, dont plusieurs personnalités, comme les actrices Josiane Balasko et Marina Vlady, le chanteur Sanseverino, et l’acteur Pierre Richard, la pétition du DAL appelle la ministre du logement Emmanuelle Wargon à « donner instruction aux préfets des départements d’Île-de-France de reloger ces 220 familles courageuses, et de mettre en œuvre pleinement la loi DALO et les droits des mal-logés et des sans-logis ».

« Ces familles ont en général un emploi de première ligne, et connaissent des conditions de travail éprouvantes, aggravées par leurs conditions de logement dégradées ou de non logement. Des retraitées et beaucoup de mères de famille, épuisées par ces conditions de vie, participent au mouvement », précisent les équipes de l’association. « Depuis 40 ans en France, la question brûlante du logement des classes populaires et laborieuses, souvent immigrées, est négligée. Or le logement vient au second rang des besoins primaires de l’être humain, après l’alimentation. »

 

 

Photographie © Paris Lights Up

 

 

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