Une nouvelle année au ralenti pour le tourisme parisien

La chute historique des arrivées internationales due à la crise sanitaire se prolonge depuis désormais un an et demi, avec d’importantes conséquences économiques et sociales dans une région où le secteur touristique représentait encore récemment près de 10% des emplois.

D’après les chiffres de l’Office du tourisme et des congrès de Paris (OTCP), 10,2 millions de visiteurs avaient pu découvrir la capitale et sa région lors de la saison estivale 2019. Ils seront moitié moins nombreux cette année, avec des prévisions comprises entre 3,6 et 4,7 millions d’arrivées. Dans un entretien au Parisien, la directrice générale de l’OTCP Corinne Menegaux reconnaît « que les chiffres sont de l’ordre de moins 60% », certes en légère amélioration après la chute historique de l’été 2020 estimée à -77% (2,6 millions de visiteurs seulement).

Le ralentissement des flux internationaux lié à la crise sanitaire vient évidemment expliquer une grande partie des difficultés rencontrées par les professionnels du tourisme, de l’hôtellerie à la culture en passant par la restauration. L’an dernier, le nombre d’arrivées en provenance d’Amérique du nord comme d’Asie avait ainsi chuté d’environ -80% dans les hôtels du Grand Paris, et celui des visiteurs du Moyen-Orient de -71%. Or, du point de vue de l’industrie touristique, les restrictions actuelles ne sont guère différente de celles en vigueur il y a douze mois, une nouvelle hausse des contaminations étant aujourd’hui constatée à travers le monde. Au-delà du seul volume d’arrivées et de nuitées, les clientèles long-courrier qui ont pour un temps déserté la capitale se classaient également, en moyenne, parmi les plus dépensières.

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La chute de fréquentation constatée en 2020 dans les établissements hôteliers du Grand Paris était au total de -70,9% (-61,5% pour la clientèle française, -79,9% pour l’international). Alors que le secteur espérait un rebond en 2021, la prolifération du variant Delta entrevue ces derniers mois semble avoir ruiné les quelques espoirs des professionnels du tourisme. Depuis le mois de juin, ces derniers constataient par exemple un timide retour des touristes américains, premier marché étranger avant la crise avec 2,3 millions d’arrivées hôtelières en 2019. La décision du département d’État conduisant à déconseiller aux ressortissants d’outre-Atlantique de se rendre en France, annoncée le 9 août dernier, devrait contribuer à compliquer la fin de la saison estivale – d’autant plus que le mois de septembre figure habituellement parmi ceux affichant les meilleurs taux de remplissage.

La quasi-disparition des clientèles « lointaines » ne justifie cependant pas à elle seule le ralentissement de l’activité. Frédéric Hocquard, adjoint (Génération·s) à la maire de Paris en charge du tourisme, rappelait ainsi dans les colonnes de TourMag qu’en temps normal, « seulement 20% des touristes qui viennent à Paris sont extra-Européens, quand 50% des touristes sont Français ». En cette seconde saison estivale chamboulée par la crise sanitaire, les visiteurs hexagonaux auront en partie pris la relève suite à l’évaporation des voyageurs internationaux.

D’après le baromètre de juillet du Comité régional du tourisme (CRT) Paris Île-de-France, basé sur les retours de 300 « hébergeurs », la clientèle française a représenté près des trois-quarts de la fréquentation des établissements de la région le mois dernier. Les visiteurs venus des marchés européens les plus proches et les plus assidus, comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique, ont eux aussi permis de maintenir un certain niveau d’occupation des chambres. Seule une minorité des professionnels interrogés considérait cependant comme positive l’évolution de la situation depuis un an : 55% des hébergeurs franciliens jugeaient leur activité « stable par rapport au mois de juillet 2020 », et 22% évoquaient même une dégradation en comparaison du premier été de la pandémie. La fin de l’été ne s’annonce guère mieux : dans cette même étude, seuls 18% des professionnels interrogés se disaient alors satisfaits de l’état de leurs réservations pour le mois d’août, tandis que 37% décrivaient cet indicateur comme « mauvais » et 41% comme « moyen ».

Au-delà des hôteliers, c’est l’ensemble du secteur qui demeure aujourd’hui dans l’incertitude, contraignant de nombreux établissements et prestataires touristiques à réduire aussi bien leurs activités que leurs effectifs. D’après l’OTCP, le tourisme représentait 11,7% de l’emploi salarié du Grand Paris en 2019. Le CRT Paris Île-de-France recensait quant à lui « 119 178 entreprises dont l’activité repose principalement sur la demande touristique (soit 10,2% du nombre total d’entreprises de la région) ». La situation reste aujourd’hui particulièrement difficile pour les accompagnatrices et accompagnateurs touristiques les plus dépendants des flux internationaux. D’après une enquête de la Fédération nationale des guides, interprètes, et conférenciers, qui regroupe 1 500 professionnels du secteur, près de 40% d’entre eux redoutaient ainsi de réaliser un chiffre d’affaires nul sur les mois de juillet-août. Armelle Villepelet, secrétaire générale de l’organisation, précisait la semaine dernière que dans les rangs des guides en régime salarié, « beaucoup sont arrivés au bout de leurs droits au chômage, et certains ont dû changer de métier ».

Si les chiffres actuels semblent laisser entrevoir une légère embellie par rapport au catastrophique exercice 2020, il est donc encore bien trop tôt pour évoquer un véritable rebond de l’activité touristique – sans parler de mesurer les conséquences à long terme de la crise sur l’emploi du secteur, pour les salariés comme les indépendants. Plusieurs facteurs liés à la crise sanitaire, notamment la persistance du variant Delta et la progression de la couverture vaccinale, seront ainsi scrutés de près dans les mois à venir. La prudence l’emporte désormais largement sur l’optimisme : selon le dernier baromètre du CRT, une majorité des hébergeurs franciliens ne s’attend pas à un « retour à la normale » avant au moins 2022.

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Illustration : Rue de Belleville, Paris © Paris Lights Up

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