En images : des dizaines de milliers de manifestants à Paris contre le racisme et les violences policières

Les jeunes manifestantes et manifestants venus en nombre ont fait résonner de leurs slogans la place de la République ce samedi 13 juin, à l’occasion d’un nouveau rassemblement historique contre le racisme et les violences policières.

 

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Une foule particulièrement dense et diverse s’était réunie en début d’après-midi à l’appel de plusieurs comités, associations, partis politiques et collectifs, notamment le comité Adama représenté par sa porte-parole Assa Traoré. Dans la continuité du grand rassemblement du 2 juin devant le Tribunal judiciaire de Paris, les manifestants exprimaient en premier lieu leur demande de justice suite aux nombreux cas de violences policières survenus ces dernières semaines aux États-Unis et en France. Au grand regret des organisateurs, la police a refusé de laisser le cortège marcher jusqu’à la place de l’Opéra.

La préfecture de police assure avoir comptabilisé 15 000 manifestants. Il suffit pourtant d’observer les vues aériennes réalisées depuis les immeubles surplombant la place de la République pour constater que cette dernière est alors quasiment remplie par la foule. Rectangulaire, elle mesure 283 mètres de long pour 119 de large : 33 677 mètres carrés au total. Les personnes présentes auront noté que la moitié sud-ouest de la place était plus densément occupée que la partie nord-est ; au pic du rassemblement, une estimation raisonnable serait de trois manifestants par mètre carré dans le premier cas, un manifestant par mètre carré dans le second. De fait, un chiffre de 50 000 à 80 000 personnes apparaît plus vraisemblable que celui de 15 000.

La préfecture de police ayant décidé que la manifestation resterait statique, il est également très probable que beaucoup de participants soient passés par la place au plus fort de l’événement, entre 13h et 17h, sans forcément y stationner tout l’après-midi. Devant le succès du rassemblement, on mesure le manque de justesse de la décision de ne pas autoriser les manifestants à marcher jusqu’à Opéra. Si l’argument sanitaire avait réellement eu un tel poids dans ce choix, il aurait été plus intelligent d’éviter les inévitables rapprochements humains engendrés par un tel blocage pour au contraire espacer la foule sur un parcours clairement délimité.

Cela est d’autant plus vrai que tout le quartier de République avait de toute manière été bloqué par les forces de police, avec des barrages atteignant même la rue Saint-Maur et l’avenue Parmentier en direction de Belleville. Quitte à déployer une telle présence policière, n’aurait-il pas été plus simple de sécuriser les seuls grands boulevards jusqu’à la place de l’Opéra en laissant respirer le cortège ?

Cette immobilisation est d’autant plus dommageable qu’elle n’a fait qu’exacerber la colère suscitée par la présence d’une poignée de militants fascistes, losers pathétiques venus déployer leur banderole sur un toit comme le passant distrait étale une merde sur le trottoir.

Le petit groupe de nazillons a pu rester près d’une heure et demie sur l’immeuble au croisement de la rue Béranger et de la place de la République, surplombant directement la foule. Pourquoi la police a-t-elle attendu que des manifestants exaspérés atteignent à leur tour les toits avant de stopper cette inacceptable provocation ? Sans aucun contrôle des accès aux immeubles environnants, n’était-il pas probable qu’une situation aussi dangereuse advienne ? Nous sommes en 2020, et des dizaines de milliers de personnes ont tout de même assisté à un début de combat entre fascistes et antifascistes sur les toits de Paris ! La banderole est restée en place pendant une heure et 24 minutes au total. C’est à peu près une heure et 20 minutes de trop du point de vue de la réactivité des autorités, qui auraient dû interrompre immédiatement la manœuvre avant de coffrer les nostalgiques de Vichy dans la foulée. Ces derniers ont pourtant été rapidement libérés sans être inquiétés par la police, et ont même pu réaliser un « selfie » tout sourire dans le fourgon les conduisant au poste…

Après l’attaque de fascistes contre des clientes et clients du bar le Saint-Sauveur le 5 juin dernier à Ménilmontant, à la veille des commémorations de la mort de Clément Méric, il est grand temps de s’inquiéter de la tolérance aujourd’hui accordée à ces groupuscules d’extrême-droite. Fort heureusement, l’esprit parisien a vite pris le dessus ce samedi : des résidents de l’immeuble ont rapidement déchiré la banderole, avant qu’un amateur de sports extrêmes originaire du Val-de-Marne escalade plusieurs étages pour la décrocher au son des « merci » entonnés en chœur par des milliers de manifestants.

Malgré son immobilité forcée ce samedi 13 juin, la foule a tout de même fait résonner les slogans qui ont fait l’actualité ces dernières semaines : « Pas de justice, pas de paix », « Justice pour George Floyd » ou encore « Justice pour Adama ». De nombreux manifestants — et surtout manifestantes — ont également réalisé des sit-in pacifiques face aux fourgons de police qui encerclaient la place. Des banderoles attachées entre ses arbres rendaient hommage aux plus récentes victimes de la police française : Rémi Fraisse, Gaye Camara, Zineb Redouane, Steve Maia Caniço, Ibrahima Bah, Cédric Chouviat… Un groupe d’une centaine de manifestants afghans était également réuni pour demander à la police iranienne d’arrêter de « les utiliser pour cibles ». N’hésitant pas à dénoncer tout antisémitisme et présente sur la place de la République pendant près de quatre heures, l’équipe de Paris Lights Up n’y a vu ou entendu qu’un seul slogan répréhensible : celui des provocateurs fascistes.

Alors même que le rassemblement se dispersait, le Conseil d’État a annoncé suspendre les principales entraves à la liberté de manifester mises en place en raison des risques sanitaires liés au covid-19. À quelques heures près, les manifestantes et manifestants qui demandaient justice ce samedi auraient pu défiler sans encombre dans les rues de Paris.

 

 

 

 

Photographies © Paris Lights Up

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