Exposition : La Nouvelle Objectivité allemande s’invite tout l’été au Centre Pompidou

« Première vue d’ensemble sur ce courant artistique en France », l’exposition pluridisciplinaire du Centre Pompidou se penche sur l’art et la culture de l’Allemagne des années 1920, dans un parallèle avec l’œuvre du photographe August Sander.

Au sortir de la première guerre mondiale, c’est une ère de contrastes qui s’ouvre dans une Allemagne aussi désabusée que riche de créativité. D’un côté, les aspirations démocratiques naissantes de la République de Weimar, l’essor fulgurant de la technique, la libération des mœurs, voire d’une marginalité jusqu’alors réprimée. De l’autre, la fin des illusions et des utopies terrassées dans l’enfer des tranchées, la violence irréfrénée du développement industriel, et la montée des totalitarismes.

L’arrivée au pouvoir du nazisme, en 1933, mettra brutalement fin à la vague créative de la Nouvelle Objectivité, qualifiée « d’art dégénéré » par les représentants du Troisième Reich qui ordonnèrent la destruction de très nombreuses œuvres des artistes associés au mouvement. Pour beaucoup inspirés par les idéaux socialistes, ces derniers dépeignent une société aux antipodes des dérives fascistes qui s’annoncent, célébrant tour à tour la solidarité entre les travailleuses et les travailleurs, la transgression des normes, le progrès humain, l’émancipation sexuelle, tout en dénonçant les souffrances dues au militarisme et la grossièreté brutale d’une bourgeoisie qui soutiendra bientôt l’accession d’Hitler au pouvoir.

Pluridisciplinaire, l’exposition réunit peinture, photographie, architecture, design, littérature, autour de quelques-unes des grandes figures de l’art allemand des années 1920. On y retrouve ainsi des œuvres marquantes de Hans Baluschek, Aenne Biermann, Heinrich Maria Davringhausen, Rudolph Dischinger, Otto Dix, Franz Xaver Fuhr, Wilhelm Heise, George Grosz, Oskar Nerlinger, Lotte B. Prechner, Rudolf Schlichter, Georg Scholz, ou encore Karl Völker. La volonté de mettre en avant les représentations féminines, comme à travers la modernité des illustrations de Jeanne Mammen, est également l’un des points forts de l’exposition.

Comme le démontre tragiquement la dernière partie de cette rétrospective, l’émancipation d’une partie des femmes allemandes des années 1920, et notamment des Berlinoises, ne progressera toutefois pas sans subir les contrecoups virulents de la masculinité dominante, y compris de la part des artistes. La première partie de l’entre-deux-guerres apparaît ici comme ailleurs comme une parenthèse, dans une Allemagne en ébullition qui hésite entre les promesses offertes par le progrès social et technologique, et la nostalgie d’un empire synonyme de puissance.

L’impressionnant travail photographique d’August Sander fait office « d’exposition dans l’exposition ». Dans une démarche documentaire, le portraitiste originaire de Cologne réalise « une coupe transversale de la société allemande, reflétant les bouleversements et les distorsions de son histoire ». Familles ouvrières ou paysannes, grands ou petits bourgeois, artistes ou marginaux : les séries de portraits rassemblées au Centre Pompidou constituent un témoignage sans équivalent du quotidien et des divisions de l’Allemagne de Weimar. Ce « parcours August Sander » démontre aussi « à quel point son œuvre-jalon, particulièrement influente dans l’histoire de la photographie, n’a pas été une conception monolithique mais bien un processus organique ».

 

 

 

Exposition Allemagne / Années 1920 / Nouvelle Objectivité / August Sander
Jusqu’au 7 septembre
Tous les jours (sauf mardi) : 11h-20h (nocturne jusqu’à 23h le jeudi) – 14€/11€/0€
www.centrepompidou.fr

 

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Centre Pompidou
Place Georges Pompidou, 75004 Paris

 

 

Illustration (recadrée) :
Transvestitenlokal, vers 1931 © Jeanne Mammen (1890, Allemagne – 1976, Allemagne)
Crédit photographique : © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Dietmar Katz Réf. image : MAMMEN_TRANSVESTITENLOKAL_1931

 

 

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