En images : Mobilisation à Tenon (20e) pour dénoncer « un hôpital malade de la fermeture de ses lits »

Les équipes soignantes de l’hôpital Tenon (20e arrondissement) et leurs soutiens organisaient un rassemblement ce mercredi « contre la fermeture des lits, le manque de moyens, et pour l’augmentation des salaires ».

« L’hôpital est malade car il provoque la fuite de son personnel par la dégradation des conditions de travail », estiment dans un communiqué commun l’USAP-CGT et Solidaires – Sud Santé, syndicats de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) à l’origine de cette nouvelle mobilisation. Devant les portes du grand établissement hospitalier du 20e arrondissement, leurs porte-paroles se sont exprimés tour à tour pour dénoncer « une spirale négative de plus en plus destructive, dans l’indifférence des pouvoirs publics et de la direction ».

« Si les difficultés liées au covid auront découragé une partie des soignants et des étudiants, elles ne sont pas les seules raisons des départs. Nous dénonçons depuis plusieurs années la dégradation des conditions de travail, causée notamment par un manque de moyens et d’investissements », poursuivent les syndicats hospitaliers. L’appel détaille également des cas de « non-respect des droits des soignants : plannings bouche-trous, cycles de travail en 12 heures non justifiés et épuisants, droits aux congés non respectés, augmentation des charges de travail », auxquels viennent s’ajouter des salaires « tout simplement pas attractifs ».

 

 

D’après les syndicats de l’AP-HP, « ces départs et difficultés à recruter » ont entraîné des « fermetures massives des lits dans les services » de l’hôpital Tenon : « 12 en médecine interne, 6 en oncologie, 6 en chirurgie thoracique, 6 en ORL/plastie, 2 en néphrologie, 4 salles de bloc opératoire, et un étage complet en maternité. D’autres vont certainement suivre, notamment une grande partie de l’unité de gériatrie aiguë cet été », alertent les équipes soignantes. « Ces fermetures ont des conséquences directes sur la qualité de la prise en charge des malades. Conséquences qui, elles-mêmes, ne font qu’accélérer la dégradation des conditions de travail et le manque d’attractivité de l’hôpital. »

Des représentants du sous-traitant de nettoyage ATN, qui avaient mené une mobilisation victorieuse au printemps 2020 pour obtenir une « prime covid », sont également venus apporter leur soutien aux personnel médical, partageant leur constat d’un manque de moyens croissant et d’un quotidien de plus en plus difficile au sein de l’institution. « On travaille presque tous les jours, six jours dans la semaine, payés une misère, au ras du SMIC. C’est honteux », s’est indigné Camara Birama, agent de nettoyage rattaché à l’hôpital. « On gagne 1 180 euros par mois. Avec ces conditions de travail, ça ne va pas. L’année dernière on a fait des grèves, vous étiez avec nous. Quoi qu’il arrive, on est ensemble ! »

Une assistante de service social a d’ailleurs dénoncé les pratiques de sous-traitance au sein même des équipes hospitalières, avec « des prestataires comme Noé Santé », dont les personnels bénéficient de rémunérations souvent bien supérieures à celles des postes permanents. « Ils ont cet argent là pour faire notre travail. Ce sont ces stratégies managériales qui mettent le personnel en souffrance », a-t-elle poursuivi en pointant le paradoxe de l’absence de « revalorisations de salaires » face à des politiques d’externalisation de plus en plus courantes, « qui concernent tous les métiers de l’hôpital : médecins, infirmières, aides-soignantes, assistantes de service social, agents de nettoyage, de restauration… »

Le rassemblement était également soutenu par le collectif IVG Tenon, et plusieurs personnalités politiques locales issues des rangs d’Europe Écologie – Les Verts, de la France insoumise, du Parti communiste, et du Nouveau Parti anticapitaliste. Selon l’un des intervenants, Christophe Prudhomme, médecin urgentiste et conseiller régional LFI, « plus de 120 services d’urgence n’arrivent plus à travailler 24 heures sur 24. Ils sont en train de s’éteindre, bientôt ça va être les SAMUs ». La situation de l’AP-HP lui paraît particulièrement préoccupante, avec « 20% des lits fermés, car il manque 1 500 infirmières ».

« Cet été, il va y avoir des morts. On a déjà les brancards dans les couloirs, ce sont les patients qui se surveillent entre eux pour signaler des problèmes », a rapporté l’élu de Seine-Saint-Denis. Face à ces « démissions en masse, cette fuite du personnel », Christophe Prudhomme préconise « des embauches massives, une prise en compte de la pénibilité avec les horaires décalées et de nuit », et plus largement « une baisse du temps de travail » au sein de l’hôpital public.

Le rassemblement s’est achevé avec la prise de parole de deux candidats parisiens de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale, Thomas Luquet (1ère circonscription) et Danielle Simonnet (15e circonscription). Pour cette dernière, « avant la crise du covid, on savait déjà que l’hôpital était en train de craquer. Ils ont pourtant continué leur politique d’austérité, et accéléré la dégradation des conditions de travail. C’est un choix politique, volontaire, néolibéral, qui profite au final au privé ».

« On veut des travailleuses et des travailleurs heureux à l’hôpital, pour être mieux soignés. C’est une honte qu’un service public fasse appel à la sous-traitance », a poursuivi la conseillère de Paris (LFI) du 20e arrondissement, estimant que « les premiers services attaqués, ce sont les maternités et les services IVG ». Un constat d’affaiblissement du public face au privé partagé par l’ensemble des intervenants, comme l’adjointe (PCF) au maire du 20e en charge de la santé, de la santé mentale, et du handicap, Karine Duchauchoi.

« Face à cette souffrance, le gouvernement actuel se distingue par son mépris », accusent la CGT et Sud Santé en conclusion de leur communiqué. « Tenté par un modèle basé uniquement sur le profit et la rentabilité sur le dos des malades et des soignants, sa volonté est de laisser l’hôpital public mourir à petit feu pour justifier le passage vers un modèle privé et le démantèlement de la sécurité sociale ». Deux heures après la fin du rassemblement devant Tenon, une autre mobilisation était organisée devant l’hôpital Bichat (18e arrondissement) contre le projet de fusion de l’établissement avec l’hôpital Beaujon (Clichy). Prévu « à l’horizon 2028 », il entraînerait d’après ses critiques plusieurs centaines de fermetures de lits supplémentaires.

 

 

Voir également :
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Photographies : Mobilisation devant l’hôpital Tenon, 25 mai 2022
© Paris Lights Up

 

 

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