Balades à dos de poney : L’association Paris Animaux Zoopolis révèle de très nombreux manquements aux conventions de la ville

Absence d’eau et de foin, équipements inadaptés, journées de 13 heures : dans un rapport détaillé, Paris Animaux Zoopolis (PAZ) révèle « des infractions majeures et répétées à la charte bien-être animal », et demande à la ville « la résiliation de toutes les conventions balades à poney pour faute grave ».

« PAZ a été marquée par le manque total de considération des exploitants pour les poneys », dénonce la cofondatrice de l’association Amandine Sanvisens, après la publication d’une enquête de terrain d’une vingtaine de pages sur le sort de ces animaux qui enchaînent les promenades dans les espaces verts parisiens. Une douzaine de sites sont concernés à travers la capitale, dont le bois de Vincennes (12e arrondissement) et le parc des Buttes-Chaumont (19e).

Les dernières conventions « en vue de l’exploitation d’une activité ludique et commerciale pour une promenade à poneys » ont été signées par la ville de Paris en février et mars 2022 avec trois opérateurs : Animaponey, Anim Poney Star, et les Attractions enfantines des jardins parisiens. Les exploitants s’engageaient à respecter les clauses de la « charte bien-être animal » votée à l’unanimité par le conseil de Paris en 2021, et notamment de la « charte spécifique aux équidés » liée à ce texte. Or, d’après le rapport de PAZ, ces règles sont aujourd’hui ouvertement ignorées sur l’ensemble des sites étudiés.

« Les poneys n’ont même pas de l’eau à disposition. Pourtant, c’est la mesure la plus élémentaire de la charte “bien-être animal” signée avec les exploitants. Comment la mairie de Paris peut-elle accepter de se faire balader à ce point ? » s’étonne Amandine Sanvisens. « PAZ exige la résiliation de toutes les conventions balades à poney pour faute grave des exploitant·es. Il est temps d’arrêter de considérer les poneys comme des jouets. » L’association rappelle que la « charte relative au bien-être animal » avait été élaborée par la ville de Paris en lien avec les opérateurs, la Fédération Française d’Équitation, et France Énergie Animale.

Afin d’accompagner le lancement d’une pétition appelant à mettre fin à ces pratiques, PAZ a dévoilé une série de clichés réalisés dans les parcs et jardins parisiens. Ces éléments matériels confirment que les « équipements inadaptés et blessants » y sont répandus, tout comme le non-retrait des mors pendant les « pauses » ou le transport des animaux. La question de la sécurité des enfants est également en cause : absence de port de la bombe ou du casque, étriers non-adaptés et potentiellement dangereux, parents inexpérimentés tenant plus d’un animal à la fois au mépris des risques… « Tout ce que nous avançons est prouvé par des photos ou des vidéos datées », précise l’association.

Le rapport de PAZ évoque également les conditions de transport peu enviables des animaux concernés. « Un seul camion transporte les poneys des parcs de l’est parisien. Il s’agit d’une tournée : le temps de trajet est alors de 6 heures par jour – au lieu de 2 heures maximum dans la convention ! Les poneys font donc des journées de 11 heures, voire 13 heures », déplore PAZ. Ses équipes ont aussi pu constater que les horaires de départ des dernières promenades était plus tardifs que ceux imposés par les conventions signées entre les exploitants et la ville de Paris.

« Il est important de noter que PAZ n’a pas vérifié l’ensemble des mesures figurant dans la charte, ni dans tous les parcs ; les infractions relevées portent donc sur les constats les plus évidents. Au vu de la non-application des mesures les plus élémentaires, nous ne pouvons que nous interroger sur la réelle volonté des sociétés d’appliquer les conventions signées et l’applicabilité des mesures les plus difficiles à vérifier ne pas exploiter un poney plus de trois jours d’affilés, par exemple », explique l’association. Face à ces manquements, PAZ appelle la municipalité à résilier « toutes les conventions parisiennes pour faute grave de l’exploitant, prévue à l’article 17 » de ces textes.

Le renouvellement de ces conventions avait été voté en conseil de Paris le 16 décembre dernier. Le Groupe Écologiste de Paris, représenté par la conseillère animaliste Douchka Markovic, avait notamment défendu une réduction de leur durée de trois à un an. « Il y a un manque dans la construction de la relation enfant-animaux qui permet l’éveil de la conscience, du respect de la condition animale », avait pour sa part estimé sa collègue Danielle Simonnet (LFI), jugeant souhaitable de tourner la page de ces « manèges à poneys » afin de permettre aux jeunes parisiens de vivre « d’autres expériences, par le biais des centres de loisirs, des colonies de vacances », voire en centre équestre.

Suite à la publication de son rapport, particulièrement accablant pour les exploitants, PAZ organise un rassemblement ce vendredi à 16h aux abords du parc des Buttes-Chaumont, l’un des sites où plusieurs manquements aux conventions de la ville de Paris ont été documentés  horaires à rallonge, absence d’eau et de foin à disposition lors des rares « temps de pause », filets et mors laissés en place au repos… L’association de défense des animaux donne rendez-vous à ses soutiens sur la place Armand Carrel, voisine du parc.

« Ces balades constituent des attractions et transforment les poneys en biens de consommation. Cela apprend aux enfants qu’on peut acheter une balade à poney comme on achète un tour de manège », regrettent les équipes de PAZ. « Nous pensons qu’il faut au contraire expliquer aux enfants que les animaux sont des êtres sensibles, et qu’il faut être bienveillant avec eux. » L’enquête de l’association a été transmise à l’ensemble des élus du conseil de Paris, et notamment aux responsables du dossier au sein de l’exécutif, Christophe Najdovski, adjoint (Paris en Commun) à la condition animale, et Olivia Polski, adjointe (Paris en Commun) au commerce.

 

 

 

Photographie : Poneys au lac de Saint-Mandé – Bois de Vincennes, Paris 12e
« Pas d’eau ni de foin, mors non retiré, le poney blanc a la frontale du filet trop grande (pour cheval) et donc blessante pour l’œil » – PAZ.
© Paris Animaux Zoopolis

 

 

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