Mobilisation pour le kiosquier de la place Jacques Bonsergent (10ème), menacé d’expulsion

Des Parisiennes et Parisiens de plus en plus nombreux se mobilisent pour soutenir Aziz Idli, qui tient avec son père le kiosque à journaux de la place Jacques Bonsergent. En France depuis 2014, personnalité appréciée dans ce quartier du 10ème arrondissement aux airs de village, il a reçu une obligation de quitter le territoire français d’ici la fin du mois.

À deux pas de la place de la République et du canal Saint-Martin, le métier de kiosquier se transmet de père en fils. Pour cette famille en contact quotidien avec les habitantes et les habitants du quartier, la belle histoire risque pourtant d’être interrompue par un véritable déchirement. Car si Abdallah Idli, arrivé dans l’Hexagone en 1999 et aujourd’hui sexagénaire, a obtenu la nationalité française il y a près de quinze ans, ce n’est pas le cas de son fils Aziz, ressortissant marocain.

Après l’obtention d’un visa touristique en 2014, ce dernier travaille aujourd’hui auprès de son père et ouvre la boutique tous les matins du lundi au samedi. S’il perçoit seulement le salaire minimum, il se dit « heureux de vivre à Paris, dans ce pays que j’aime pour sa démocratie et sa devise : liberté, égalité, fraternité » – le kiosquier trentenaire est d’ailleurs né un 14 juillet. Ce vendredi matin, il échange avec les dames du quartier venues chercher leurs journaux, tend à un habitué un magazine qu’il avait mis spécialement de côté, répond aux saluts des passants.

Le quotidien de la famille s’est brusquement assombri au début du mois, la préfecture de police de Paris ayant fait parvenir à Aziz Idli un arrêté daté du 31 mars l’obligeant à « quitter le territoire français dans un délai de 30 jours », après le rejet d’une demande de titre de séjour en début d’année. Un choc pour le kiosquier comme pour les habitants du quartier, qui apprécient celui qui prenait peu à peu la relève de son père, ce dernier ayant aujourd’hui des problèmes de santé.

« Nous nous mobilisons pour obtenir de la préfecture qu’elle révise sa décision », explique la pétition en ligne lancée pour soutenir le kiosquier dans ses démarches. « Aziz est une figure importante du quartier. Le kiosque qu’il tient avec son père assure la diffusion de la presse dans des conditions que l’on sait plus que difficiles, et contribue à maintenir des liens sociaux, nombreuses sont les personnes âgées et/ou isolées pour qui sa conversation, ses gentillesses quotidiennes sont primordiales », poursuit cet appel que 250 personnes ont déjà signé, auquel s’ajoutent plus de 300 noms sur la pétition papier que l’on peut remplir au kiosque.

La maire (PS) du 10ème arrondissement, Alexandra Cordebard, a également signé le document, confirmant que Aziz Idli est « un pilier du quartier, et tous apprécient sa gentillesse et sa générosité ». Elle a par ailleurs écrit au préfet pour lui demander de réexaminer sa décision. Les habitués du kiosque engagés dans cet élan de solidarité invitent également les riveraines et riverains à « écrire une lettre de moralité [pour M. Idli], de préférence manuscrite, et la déposer au kiosque. Cette lettre viendra compléter son dossier d’appel ».

Face à la menace d’être « reconduit d’office à la frontière » après le 30 avril, Aziz Idli constitue en effet un dossier aux côtés de son avocate Me Estelle Logeais. Une demande devrait être déposée dès ce lundi auprès du tribunal administratif de Paris en vue d’annuler la décision d’expulsion. Si son fils devait quitter la France, Abdallah Idli n’aurait pas d’autre choix que de fermer le kiosque que la famille anime depuis maintenant quinze ans.

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Pétition de soutien au kiosquier de la place Jacques Bonsergent

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Photographie d’illustration : Aziz Idli dans son kiosque, Paris 10° – 23/04/2021
© Paris Lights Up

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