À deux pas de République, un campement pour alerter sur le sort des jeunes et mineurs isolés étrangers

Il y a près d’un mois, cinq associations humanitaires installaient des rangées de tentes le long du square Jules Ferry (XIème arrondissement) pour y accueillir environ 75 jeunes et mineurs non accompagnés.

L’association Médecins sans Frontières (MSF) évoque le quotidien synonyme d’incertitude de ces « jeunes exilés » du square Jules Ferry, qui se retrouvent aujourd’hui « ballotés, dans l’extrême précarité et sans réelle prise en charge par les départements ». Principalement originaires d’Afrique de l’Ouest et le plus souvent arrivés en Europe après une traversée pleine de dangers, ils sont actuellement « en recours auprès de juges pour enfants pour faire reconnaître leur minorité et leur isolement et contester les premiers avis défavorables rendus par les départements d’Ile-de-France sur leur statut ».

Avec le Comité pour la santé des exilé·e·s (Comede) et les associations les Midis du MIE, Timmy – Soutien aux mineurs exilés et Utopia 56, MSF demande « une prise en charge réelle et systématique des jeunes se déclarant mineurs et isolés, c’est à dire un hébergement adapté à leur vulnérabilité ainsi qu’un accompagnement éducatif, sanitaire et social, et ce jusqu’à la décision judiciaire finale statuant sur leur situation ».

Les associations pointent notamment du doigt la conduite « expéditive » et la « grande marge d’erreur » des entretiens visant à déterminer la minorité des demandeurs, des évaluations qui relèvent de la responsabilité des départements à travers l’Aide sociale à l’enfance. Dans un communiqué commun, elles expliquent que « 56% des adolescents accompagnés par MSF en 2018 dont la minorité était contestée par les départements ont finalement été reconnus mineurs par un juge des enfants en 2019, après de longs mois livrés à eux-mêmes ».

Après quatre semaines d’attente sur ce campement planté à l’entrée du boulevard Richard Lenoir, les responsables de l’association dénoncent une situation « devenue intenable ». Au-delà d’une mise en lumière des conditions de vie de ces jeunes, cette action souligne également les manquements de la France au regard du droit international, en l’occurrence de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant dont elle est partie.

Évoquant les devoirs de l’État et des départements en la matière, le centre de ressources sur les mineurs isolés étrangers InfoMIE rappelle la condamnation de l’Espagne par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU pour violation de cette même Convention, après des saisies sur des questions similaires (pour plus de détails, voir les décisions CRC/C/81/D/16/2017, CRC/C/81/D/22/2017, et CRC/C/82/D/27/2017).

Dans ces avis récents, le garant du respect de la Convention internationale des droits de l’enfant estime « impératif qu’il y ait une procédure équitable pour déterminer l’âge d’une personne et qu’il y ait la possibilité de contester le résultat obtenu par le biais d’une procédure d’appel. Pendant que ce processus est en cours, la personne doit se voir accorder le bénéfice du doute et être traitée comme un enfant », y compris « durant le temps des recours ».

En France comme chez nos voisins européens, un nombre préoccupant de mineurs non accompagnés et de jeunes majeurs est aujourd’hui poussé à la rue, dans un contexte de hausse dramatique et généralisée du « sans-abrisme » ces dernières années. D’après les estimations publiées ce 23 juillet par la Fondation Abbé Pierre et la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri, « 700 000 personnes sont sans abri chaque nuit dans l’Union européenne. Une augmentation de 70 % en dix ans ».

Cette cinquième édition du rapport « Regards sur le mal-logement en Europe » rappelle ainsi le triste sort des plus jeunes d’entre eux, alors que « 19 845 demandes d’asile de mineurs non accompagnés ont été enregistrées dans l’UE-28 » en 2018 :

« Les systèmes de protection de l’enfance sont protecteurs sur papier mais concrètement défaillants dans la plupart des États, en particulier en ce qui concerne les mineurs non accompagnés : leur prise en charge est proposée a minima, pour un coût réduit. Ces enfants sont alors massivement hébergés en hôtel, où ils vivent seuls, peu ou pas accompagnés, ce qui les rend particulièrement vulnérables à l’isolement, à la solitude et à l’exclusion.

Leur statut administratif, ici encore, efface leur qualité d’enfant. L’absence de protection et le déficit d’engagement de la part des pouvoirs publics à leur égard les exposent à tous les risques, dont ceux, particulièrement graves, liés à l’emprise, à la traite d’êtres humains et à la prostitution. »

Reconduit dans ses fonctions le 26 juillet dernier, le secrétaire d’État chargé de l’enfance Adrien Taquet (LReM) aura enfin l’occasion de se saisir de la question des jeunes du square Jules Ferry, et de toutes celles et ceux qui traversent comme eux une incertitude similaire. Concernant la capitale, la conseillère de Paris Camille Naget se réjouit de « l’ouverture d’un centre pour les jeunes isolés étrangers » annoncé au cours de la séance du 24 juillet dernier, un lieu qui serait « géré par une association ».

L’élue PCF du XIXème arrondissement appelle à défendre « une prise en charge pérenne et un accueil inconditionnel. […] Pour nous, le jeu de ping-pong administratif aux dépens des jeunes doit cesser. Mérite-t-on plus la rue à 18 ans et un jour qu’à 17 ans et onze mois ? » La rédaction de Paris Lights Up a contacté les services municipaux concernés en vue d’obtenir plus d’informations concernant les modalités et le calendrier envisagés pour l’ouverture de ce centre.

Les cinq associations à l’origine du campement du square Jules Ferry donnent rendez-vous aux Parisiennes et aux Parisiens le jeudi 30 juillet prochain à 19h, à la base (31 rue Bichat, 75010 Paris – événement FB), pour évoquer cette mobilisation et rencontrer les personnes qui souhaiteraient s’engager en tant que bénévoles auprès des jeunes et mineurs non accompagnés.

 

 

Square Jules Ferry

Boulevard Jules Ferry
75011 Paris

 

 

 

Photographies d’illustration © Paris Lights Up

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