En grande majorité des familles et des femmes seules, ces personnes « s’apprêtent à passer la nuit sur place et ne quitteront pas les lieux tant qu’une solution d’hébergement ne sera pas proposée » pour la totalité d’entre elles, indiquent les équipes de l’association Utopia 56 qui les accompagnent sur place.
Quatre mois après une action similaire devant la mairie du 20e arrondissement, ces personnes qui ont pour la plupart pu bénéficier des actions d’hébergement solidaire d’Utopia 56 ont lancé une nouvelle action d’occupation de l’espace public afin de faire valoir leurs droits à « un toit et une solution adaptée », ne serait-ce qu’éphémère. Cette fois-ci, c’est dans le sud de la capitale, sur le parvis de la mairie du 14e, que s’est établi le campement des manifestants, où l’on dénombrait « 90 personnes dont 30 enfants » en cette soirée du mercredi 4 mars.
Il s’agit de la septième action de ce type en un an et demi, rappellent les équipes de l’association. « Si nous revenons chaque fois, c’est parce qu’à Paris, en 2026, la situation ne s’améliore pas. Bien au contraire, elle s’aggrave. De plus en plus de familles avec enfants et des femmes seules sont toujours à la rue, sans solution d’hébergement stable. Si elles n’ont pas dormi dehors ces derniers soirs, c’est uniquement parce que nous avons pu leur trouver une place dans notre réseau d’hébergement d’urgence alternatif solidaire », poursuivent-elles, dénonçant les carences des pouvoirs publics censés assurer la mise à l’abri des personnes à la rue, en premier lieu les plus vulnérables d’entre elles.
« Ce n’est plus exceptionnel, c’est devenu structurel »
Les porte-paroles des familles occupant le parvis de la place Ferdinand Brunot assurent avoir « épuisé les voies institutionnelles : courriers, alertes, rendez-vous demandés, interpellations publiques. Nous avons documenté, argumenté, relancé, mais rien n’a engendré de réponse digne et à la hauteur. Alors, en dernier recours, nous occupons ». Les équipes d’Utopia 56, qui « met à l’abri chaque nuit plus de 120 personnes en famille, dont environ 40 femmes seules et une trentaine d’enfants », font ainsi le triste constat « qu’à Paris – capitale européenne majeure et au budget de 12,5 milliards d’euros – une association citoyenne organise et finance au quotidien des mises à l’abri que les pouvoirs publics devraient garantir ».
« Ce n’est plus un appoint, ce n’est plus exceptionnel, c’est devenu structurel. Or, la solidarité citoyenne ne peut pas remplacer durablement l’action publique », poursuivent les équipes de l’association, qui interpellent les actuelles majorités de la mairie de Paris et de la mairie du 14e arrondissement, les appelant à mettre en œuvre dès à présent leurs promesses électorales dans le cadre de la campagne actuelle en vue des élections municipales de mars 2026. Elles appellent également la préfecture de la région Île-de-France à « assumer pleinement le rôle qui lui incombe légalement : garantir l’hébergement d’urgence pour toutes les personnes sans-abri. Cela signifie l’ouverture immédiate de places adaptées, dignes et pérennes pour les familles et les femmes seules réunies ce soir sur ce parvis ».
Le nombre de personnes à la rue recensées à Paris en hausse de +48% en quatre ans
Signe du paradoxe et de la brutalité que représente la persistance du “sans-abrisme”, des chiffres publiés par l’Apur estiment que plus de 18 600 logements étaient “durablement vacants” à Paris en fin d’année 2020. Dans la capitale, seuls 80% des logements étaient alors “occupés toute l’année par des ménages dont c’est la résidence principale” : en effet, 9% étaient des résidences secondaires, et 11% considérés comme vacants. Selon d’autres données, celles de l’Insee, la région Île-de-France compterait autour de 400 000 logements vides, dont près de 117 000 dans la seule capitale : soit une trentaine pour chacune des 3 857 personnes à la rue recensées en janvier dernier à Paris lors de la Nuit de la Solidarité 2026.
Le nombre de personnes à la rue comptabilisées dans le cadre de ce dispositif annuel a augmenté de +10% par rapport à 2025, et de +48% par rapport à 2022 ! Une hausse « continue et brutale », dénoncent les équipes de l’association Utopia 56, pour qui « ce chiffre est très loin de la réalité » et est « un minimum ». Ces dernières soulignent aussi « qu’en seulement un an à Paris, le nombre de personnes survivant en campements a été multiplié par quatre, passant de 174 à 721 personnes selon le recensement de la dernière Nuit de la Solidarité ». Près de 350 d’entre elles subissent la rue « le long de l’axe Jaurès – Stalingrad – La Chapelle », dans le Nord-Est parisien. « Les habitants de ces campements, majoritairement des hommes isolés et des mineurs non accompagnés, sont contraints de vivre dans des conditions indignes, marquées par une extrême précarité matérielle, sanitaire et sociale », rappelle l’association.
Mise à jour du mercredi 4 mars à 22h : Les équipes de l’association Utopia 56 indiquent que les occupants du parvis ne dormiront finalement pas à la rue ce soir. « La mairie du 14e ouvre un gymnase pour les femmes seules et les familles. Comme toujours, c’est la lutte qui a permis l’ouverture de ces places », précisent-elles.
Photographie d’illustration :
Lors de la précédente action d’occupation accompagnée par l’association Utopia 56, sur le parvis de la mairie du 20e arrondissement – Place Gambetta, Paris 20e – Jeudi 13 novembre 2025
© Paris Lights Up – Paris Rouge

