Élections municipales de 2026 à Paris : Entretien avec Marielle Saulnier, tête de liste Lutte ouvrière – Le camp des travailleurs

Marielle Saulnier, infirmière à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière depuis plus de 30 ans, conduira les listes parisiennes de Lutte ouvrière – Le camp des travailleurs pour les élections municipales de 2026, dont le premier tour se tiendra dimanche 15 mars.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis infirmière depuis plus de 30 ans à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. J’ai découvert les idées communistes et révolutionnaires à la fac, lors du mouvement de grève étudiante contre la loi Devaquet en 1986. Ensuite, à l’hôpital, j’ai pu participer à tous les combats du quotidien et tous les mouvements de grève pour résister à la guerre sans fin que nous mènent la direction et les gouvernements successifs.

Le service où je travaille a été en première ligne lors de la crise Covid. Celle-ci a mis en lumière la dégradation de l’accès à la santé en France, que ce soit la médecine de ville ou les structures hospitalières, notamment la psychiatrie où le manque de lits est criminel. Mais l’État exige des hospitaliers du rendement pour, ici, non pas faire plus de profits comme n’importe quelle entreprise privée, mais tout simplement plus d’économies.

Votre candidature a été officialisée en début d’année 2026. Pourtant, vous n’avez étonnamment pas été invitée au journal de 20h de TF1 pour vous exprimer à cette occasion, comme ce fut par exemple le cas pour une certaine candidate d’extrême droite. Comment analysez-vous cette disparité ?

C’est habituel. Ils daignent tout juste respecter les temps de parole officiels lorsque nous apparaissons à plusieurs sur un plateau télé le temps d’une campagne électorale. Tout le reste n’est pas comptabilisé. Mais il ne faut pas s’en étonner : nos idées dérangent et la plupart des médias sont entre les mains de la classe sociale dominante. Les idées d’extrême droite leur sont utiles car elles divisent le monde du travail, et sont de ce fait un obstacle de plus dans la prise de conscience des intérêts communs que les travailleurs ont à défendre.

Les idées réactionnaires vont aussi dans le sens de mettre tout le monde du travail en rang derrière un drapeau ; alors même que l’État mène une marche à la guerre et enverra les travailleurs, eux-mêmes ou leurs enfants, se faire tuer à l’autel des profits. L’extrême droite est l’ennemi des travailleurs, elle se place toujours du côté des milliardaires qui nous exploitent et nous font mourir pour assurer leurs profits.

Vos listes ont la particularité de ne pas comporter de professionnels de la politique.

Nos listes veulent représenter le Paris des travailleurs, des chômeurs, des retraités, des étudiants, bref, de tous ceux qui n’exploitent personne et produisent toutes les richesses, s’occupent de tout dans cette société capitaliste. De ce fait, et parce qu’ils en sont largement capables, les travailleurs devraient gérer et décider de l’organisation de la société pour la faire tourner pour les besoins de tous, et non pas pour les profits des capitalistes qui accaparent toutes les richesses, et détruisent nos vies comme la planète qu’ils mettent à feu et à sang. Nous portons des listes et un vote pour exprimer la révolte légitime du monde du travail, et son aspiration à construire une autre société débarrassée de l’exploitation et des guerres.

Votre campagne souhaite s’adresser aux problématiques du quotidien rencontrées par les Parisiennes et les Parisiens, tels que les prix scandaleux du logement, les bas salaires, et la dégradation des services publics organisée par les gouvernements successifs. Quelles seraient les mesures prioritaires qui s’imposeraient selon vous à Paris ?

Comme je le disais, ces mesures valent pour le Paris des travailleurs. Car à Paris comme partout ailleurs, il y a les quelques riches et tous les autres, le monde du travail. C’est à cette immense majorité que nos idées s’adressent. Et tout d’abord, je voudrais mettre en avant une promesse jamais tenue : le droit de vote pour tous les immigrés, et ce pour toutes les élections. Ensuite, ce qui préoccupe tous les travailleurs : avoir un travail, un salaire correct et un logement décent. Cela guiderait des mesures d’urgence que les travailleurs prendraient. Bien sûr, cela ne pourrait se faire qu’avec des luttes d’ampleur où nous en serions à contester aux capitalistes leur pouvoir.

En premier lieu, il faudrait interdire les licenciements et répartir le travail entre tous, sans perte de salaire et en prenant sur les profits. Il faudrait aussi augmenter les salaires et toutes les pensions, qu’aucun ne soit en-dessous de 2 000 euros par mois. Et il faudrait les indexer sur les prix afin de ne plus perdre de pouvoir d’achat. Le reste viendrait de ce que les travailleurs en lutte décideraient. Mais nous pouvons aisément imaginer des mesures pour améliorer l’accès à la santé, à l’école, aux transports et aux logements, afin que personne ne dorme à la rue. Cela demanderait un budget énorme mais cet argent existe bien dans les coffres du patronat, et ce serait l’occasion d’ouvrir les comptes des grandes entreprises.

Voilà ce qui préoccupe le monde du travail, et ce que nous mettons en avant dans ces élections. C’est un programme de luttes collectives, de reprise de conscience de la force collective des travailleurs, de la légitimité de leur combat pour changer cette société.

Quel serait votre message pour les électrices et les électeurs de gauche qui pourraient être découragés par les petites combines politiciennes, les soudaines promesses de mesures qui auraient pu être prises lors de mandats précédents, ou les figures politiques dont le comportement n’est pas sans rappeler celui du petit patron méprisant et maltraitant envers plus faible que soi ?

Mon message serait qu’il faut arrêter de chercher un sauveur, un « bon politicien » qui fera les choses à notre place, et se mêler nous-mêmes de nos affaires ! Si nous croyons dans les promesses des partis qui veulent gérer le système, nous serons toujours déçus. Et effectivement, les trahisons de la gauche ont découragé des générations entières de militants, notamment ceux qui ont cru que Mitterrand allait vraiment « changer la vie ». Le pire serait d’en conclure qu’on est impuissants, qu’on est condamnés à ce système capitaliste. Non : les travailleurs ont la force de le renverser puisque rien ne se fait sans nous. Mais pour ça, il faut se placer sur un terrain révolutionnaire, de lutte de classe, et non un terrain électoral.

Lors du meeting d’annonce des listes Lutte ouvrière – Le camp des travailleurs pour les municipalités franciliennes du 14 février dernier, vous avez rappelé que Paris avait été tour à tour « le théâtre de la Révolution française, de la Commune de 1871, de mai 68 ». Alors que l’atmosphère politique française se fait chaque jour plus autoritaire, comment Paris peut retrouver son élan révolutionnaire ?

Les révoltes ne sont pas provoquées par les militants : elles se produisent, c’est tout, parce qu’un système d’injustice et d’exploitation finit toujours par faire éclater la colère. D’ailleurs, il y a des révoltes dans le monde, tout le temps ; regardez la jeunesse de Madagascar, du Maroc, et surtout les Iraniens, qui n’ont cessé de nous donner des leçons de courage et de combativité depuis des années. Ce qui a manqué dans l’histoire, ce ne sont pas les révoltes, mais les perspectives politiques pour qu’elles ne soient pas récupérées, ici par l’armée, là par des courants réactionnaires – comme en Iran en 1979, justement. Alors il ne faut pas se décourager face à l’évolution réactionnaire : il faut tenir le drapeau des idées communistes, pour que les travailleurs prennent la tête des prochaines révoltes. Car dans le cadre d’une révolte de masse, les travailleurs peuvent prendre la direction des événements en prenant le contrôle des transports, de l’énergie, de la production… Ils peuvent paralyser le pouvoir et les forces de répression. Mais encore faut-il qu’il existe des militants et des militantes qui proposent cette politique. C’est à cela qu’il faut s’atteler aujourd’hui.

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vos liens, votre rapport personnel, avec Paris et votre quartier ?

Ce que j’aime dans Paris, c’est qu’il y a du monde tout le temps, à toute heure. On peut y croiser des gens des quatre coins du monde, venus là en espérant une vie meilleure, même si le désenchantement est terrible. Cela nous conforte dans nos idées communistes pour dire que nous avons tous les mêmes besoins, malgré nos différentes croyances et coutumes, et que nous pouvons vivre ensemble dans nos quartiers, riches justement de ces différences. Et pour moi, Paris, c’est aussi le Paris des grandes manifestations où des dizaines de milliers de travailleurs, d’étudiants, de retraités se retrouvent au coude à coude, ensemble, pour défendre leurs conditions de vie et leur aspiration à un autre monde.

Pourriez-vous nous citer des adresses ou initiatives locales qui vous inspirent ?

Je crois qu’à Paris comme partout, ce qui est insupportable, c’est le nombre de personnes à la rue ou en grande précarité. Alors bien sûr, toutes les maraudes organisées par les différents organismes, que ce soit le SAMU social, le Secours populaire, etc., sont indispensables, même si cela reste un combat sans fin tant que le système capitaliste ne sera pas renversé. Je pense aussi à tous les combats que mène la population. Par exemple, la grève d’un mois des salariés du Biocoop de Place des Fêtes contre leur direction : ils ont gagné et ont tenu grâce aux nombreux soutiens de la population du quartier et de leurs collègues des Biocoop de toute la France.

Mais plus généralement, je pense à tous les combats que sont capables de mener les travailleurs contre les injustices immédiates. Il y a par exemple des parents d’élèves dans le 19e arrondissement qui se mobilisent avec les enseignants et des associations comme Utopia 56 ou Jamais Sans Toit pour l’hébergement des élèves à la rue, ou sous le coup d’une expulsion du territoire. En fait, des initiatives pour que les travailleurs aient une vie plus décente, il en existe plein. Le monde associatif en regorge. Il y a aussi un tas de travailleurs, d’artistes, qui essaient d’organiser des activités gratuites dans la culture, le sport. Il existe des radios et des publications qui s’intéressent au monde autour d’eux et en témoignent. Cela prouve que le monde du travail est porteur d’un avenir qu’il saura construire. Il en a les capacités et la force collective.

 

 

CANDIDATES ET CANDIDATS DE LUTTE OUVRIÈRE – LE CAMP DES TRAVAILLEURS À PARIS (75)

 

Mairie de Paris – Marielle Saulnier, infirmière en hôpital public

Paris Centre (1er, 2e, 3e, et 4e arrondissements) – Olivia Lewi, enseignante

Paris 5e – Natasha Piazzini, enseignante

Paris 6e – Éveline Abécassis, enseignante

Paris 9e – Sophie Robin, employée

Paris 10e – Éric Challal, cheminot

Paris 11e – Philippe Marsault, cheminot

Paris 12e – Georges Millot, employé des hôpitaux retraité

Paris 13e – Marielle Saulnier, infirmière en hôpital public

Paris 14e – Laurent Vinciguerra, conducteur de bus

Paris 15e – Corinne Roethlisberger, employée

Paris 17e – Frédéric Christoph, facteur

Paris 18e – Abdellah Aksas, conducteur de métro

Paris 19e – Nordine El-Marbati, technicien en caisse de retraite

Paris 20e – Emmanuel Thebault, enseignant

 

 

Photographie : Marielle Saulnier dans la rue Bruant (13e arrondissement), voisine de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où elle travaille en tant qu’infirmière
© Paris Lights Up – Paris Rouge

 

 

 

 

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