Transports : Bientôt un passe Navigo à 90 euros, et un ticket de métro à 2,30 euros ?

Les prix des transports franciliens pourraient fortement augmenter pour les usagers dès le 1er janvier 2023. D’après les informations de l’AFP et du Parisien, la majorité de la région Île-de-France envisage d’augmenter le passe Navigo mensuel de 75,20 à 90 euros, et le ticket de métro de 1,90 à 2,30 euros.

L’autorité des transports Île-de-France Mobilités (IDFM), dirigée par la présidente de région conservatrice Valérie Pécresse, devrait voter une forte augmentation de ses tarifs lors de son prochain conseil d’administration du 7 décembre 2022. Évoquées depuis plusieurs mois, ces hausses viseraient à compenser les difficultés financières rencontrées par l’établissement public, que la majorité régionale également aux commandes du conseil d’IDFM justifie par l’inflation galopante et les coûts toujours plus élevés de l’énergie.

Les révélations de l’AFP et du Parisien font depuis l’objet d’une passe d’armes entre le gouvernement, l’exécutif parisien, et la majorité de région. En cause notamment : la possibilité d’augmenter la contribution des entreprises au financement des transports franciliens, une proposition jusqu’à présent refusée par les représentants macronistes interrogés. Cette option serait envisageable en cas de vote d’un amendement au projet de loi de finances examiné par le parlement, or cette hausse du « versement mobilité » des entreprises paraît aujourd’hui peu probable dans les dix jours à venir – le Sénat s’y étant même opposé la semaine dernière.

Des augmentations tarifaires de près de +20%

Alors que de nouveaux montants du passe Navigo compris entre 80 et 100 euros mensuels ont été évoqués ces dernières semaines en vue de l’échéance du 1er janvier prochain, le prix de 90 euros visiblement retenu par la majorité de Valérie Pécresse représenterait une augmentation de +19,7% par rapport à la tarification en vigueur. Concernant le ticket de métro à l’unité, un prix de 2,30 euros constituerait une hausse encore plus poussée, de +21%, en comparaison du montant actuel. D’après les informations de BFM Paris Île-de-France, « le carnet de 10 tickets passerait à 17,90 euros sur un support dématérialisé et à 20,30 € en papier », soit une hausse similaire de +20,1%.

Dans une lettre adressée aux administrateurs d’IDFM datée du 25 novembre dernier, la présidente de région justifie ces hausses redoutées par « un contexte inédit d’envolée des coûts de fonctionnement des transports franciliens, liée à la crise énergétique ». D’après celle qui est également à la tête de l’établissement public régional chargé des transports, « l’État a refusé d’accorder des subventions pour combler les pertes d’IDFM en 2020 et 2021, et lui a attribué une avance remboursable de 2 milliards d’euros. Ce soutien laisse IDFM dans une situation financière très tendue depuis la fin de la crise du covid ». D’après la candidate malheureuse à la dernière présidentielle, « pour payer le fonctionnement des transports publics, il manque à IDFM 950 millions d’euros dès 2023, et davantage les années suivantes ».

« Des discussions sont en cours » concernant un soutien de l’État, d’après le ministre des Transports

Décrivant la hausse du passe Navigo à 90 euros comme « catastrophique pour le pouvoir d’achat et l’environnement », le conseiller de Paris (PCF) du 20e et membre du conseil d’administration d’IDFM Jacques Baudrier juge que « ce sera très vite bien pire », redoutant « un passe Navigo à 125 ou 130 euros en 2024 ». L’adjoint à la maire de Paris en charge de la construction publique évoque notamment « une surestimation des recettes tarifaires de 400 millions » supposant que « que le niveau de fréquentation atteigne 95% du niveau avant covid, alors que le même rapport [budgétaire présenté au conseil IDFM] explique que la fréquentation 2022 n’atteint que 85% de ce niveau ». D’où cette interrogation : « Par quel miracle les voyageurs en 2023 se rueront de nouveau dans les métros et les bus, alors que les tarifs vont augmenter de 20% ? »

« Les régions sont en train de fixer les prix pour 2023, et ce sont des choix politiques. Certaines baissent le prix du train, d’autres ne l’augmentent pas », s’est pour sa part exprimé le ministre délégué chargé des Transports, Clément Beaune, au micro d’Europe 1. « On est en train de baisser la fiscalité sur les entreprises notamment industrielles : il faut être cohérent », a estimé le représentant du gouvernement pour justifier le refus étatique d’augmenter les contributions des entreprises de plus de 11 salariés au financement des transports franciliens. « Des discussions sont en cours, nous verrons dans les prochains jours et prochaines semaines comment on peut aider », a cependant précisé le ministre, alors qu’aucun des acteurs impliqués ne souhaite être jugé responsable des augmentations tarifaires à venir par les usagers.

 

 

Photographie : Station de métro Jaurès, sur la ligne 2 du métro parisien – Paris 19e
© Paris Lights Up

 

 

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