Violences gynécologiques : Émile Daraï, ancien chef de service de l’hôpital Tenon (20e), mis en examen après une forte mobilisation

Après plus d’un an de mobilisation et des dizaines de plaintes, l’ancien chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Tenon (20e arrondissement) a été mis en examen le 24 novembre pour « violences volontaires par personne chargée d’une mission de service public » sur trente-deux femmes.

Voici désormais plus d’un an que des manifestantes se réunissent régulièrement autour du collectif Stop VOG (Violences Obstétricales et Gynécologiques) devant la façade de l’hôpital Tenon, où le professeur Émile Daraï était encore chef de service jusqu’à sa « mise en retrait de ses responsabilités«  en décembre 2021. La mobilisation de ce mardi 22 novembre constituera-t-elle être le dernier de ces rendez-vous devant l’établissement, alors que le médecin vient d’être placé sous contrôle judiciaire avec une double interdiction de contact avec les victimes, et de tenir des consultations privées de gynécologie ? C’est loin d’être certain, car si le collectif se félicite de cette mise en examen, il juge aussi que « la mesure est insuffisante » en précisant que le gynécologue spécialisé dans l’endométriose « peut toujours effectuer ses consultations et ses opérations dans le public ».

Cette décision de justice était néanmoins attendue par les nombreux soutiens des 32 plaignantes, qui ont toutes témoigné de comportements non respectueux du consentement de la part du gynécologue, avec des dépositions pour « viols » et « violences », y compris sur mineures, qui auraient été commis lors de consultations et pendant des actes médicaux. D’après les équipes de Stop VOG, qui dénoncent le fait qu’Émile Daraï « exerce toujours » et « l’inaction des politiques » en dépit de la multiplication des mises en cause par des patientes, « 36 plaintes au pénal » et « plus de 190 témoignages » de violences ont été enregistrés.

 

 

« La sécurité des patientes n’est selon nous pas garantie, malgré la présence d’étudiants dans les consultations publiques », estime Stop VOG dans un communiqué publié le 25 novembre, indiquant que « des victimes présumées ont en effet porté plainte pour des faits s’étant déroulés lors de consultations publiques ». Mettant en cause le directeur de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP), la directrice de l’hôpital Tenon, la directrice de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, et la directrice du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers, les soutiens des plaignantes s’interrogent : « que font les hautes instances de santé qui auraient déjà pu le suspendre provisoirement depuis un an ? »

« L’Ordre des médecins avait par ailleurs reçu des plaintes depuis des années. Rien n’avait été fait », regrette également le collectif qui appelle à mieux prendre en compte la parole et le ressenti des femmes face aux cas de maltraitances dans des cadres médicaux, particulièrement courants dans le cas des consultations obstétricales et gynécologiques, comme pour les patientes vivant avec l’endométriose, maladie inflammatoire chronique trop longtemps ignorée. Les équipes de Stop VOG appellent ainsi à poursuivre la mobilisation qui ne cesse de grandir depuis la fin d’année 2021, en demandant « la suspension provisoire du professeur Daraï de toutes ses activités professionnelles dans le public et le privé le temps des poursuites judiciaires, afin de garantir la sécurité de toutes les patientes ». Ce dernier aurait quant à lui qualifié de « délirantes » et « impensables » ces accusations lors de ses auditions.

Un appel à renforcer les moyens et les effectifs des personnels hospitaliers

L’ancien chef de service gynécologique-obstétrique et médecine de la reproduction de l’hôpital Tenon était visé par une information judiciaire depuis janvier 2022, suite à une plainte et à l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « viol par personne ayant autorité sur mineur de plus de 15 ans » par le parquet de Paris en septembre 2021. Dans un rapport interne consulté par la rédaction de France Info, les services de l’AP-HP ont utilisé le terme de « maltraitance » en évoquant « le caractère standardisé, rapide, technique et sans affect de la consultation, parfois brutal et sans empathie ». Ce document témoigne aussi de « manquements relevés sur les consentements, la douleur, l’information, l’absence d’empathie ». Comme le rapporte la radio publique, la grande majorité des plaignantes avait consulté le gynécologue dans le cadre d’une endométriose.

Le rassemblement du 22 novembre fut par ailleurs l’occasion pour les manifestantes d’appeler le gouvernement à renforcer les moyens de l’hôpital public ainsi que ses effectifs, notamment pour les services de gynécologie-obstétrique. « Un soignant maltraité est un soignant maltraitant », ont ainsi rappelé les organisatrices, qui ont pu attester des difficultés croissantes rencontrées par les personnels hospitaliers. Une représentante des équipes de la maternité des Lilas était par ailleurs présente pour rappeler les risques de fermeture qui pèsent aujourd’hui sur l’établissement de Seine-Saint-Denis voisin, une adresse qui accompagne autour de 1 400 naissances chaque année et propose des programmes ambitieux dédiés à la contraception et aux interruptions volontaires de grossesse.

 

 

Photographies : Mobilisation devant l’hôpital Tenon autour du collectif Stop Violences Obstétricales et Gynécologiques – 22 novembre 2022
© Paris Lights Up

 

 

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