Mémoire : Il y a 80 ans, l’irréparable rafle du Vel’ d’Hiv’

Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 Juifs sont arrêtés par la police française à la demande de l’occupant nazi. Parmi les victimes de cette rafle du Vel’ d’Hiv’, on compte près d’un tiers d’enfants. Quasiment toutes seront assassinées au camp de concentration d’Auschwitz.

Entre 300 000 et 330 000 Juives et Juifs vivaient en France métropolitaine avant l’invasion allemande, et l’instauration du régime collaborationniste et antisémite de Vichy en 1940. Plus de 76 000 d’entre eux disparaîtront entre le début de la guerre et la Libération au cours de la Shoah, entreprise d’extermination systématique menée par l’Allemagne nazie et ses complices. Seuls 3 % des déportés juifs de France survivront aux camps.

Si elle n’est pas la première organisée sous Vichy, la rafle du Vel’ d’Hiv’ est la plus grande arrestation massive de Juifs menée en France au cours de la guerre. Elle est conduite dès l’aube du samedi 16 juillet 1942 par plus de 5 000 policiers et gendarmes français, qui frappent aux portes des appartements des ménages juifs recensés par le régime, avant d’emmener celles et ceux qu’ils y trouvent. Les victimes de l’opération seront transférées au stade du Vélodrome d’Hiver, dans le 15e arrondissement, et vers les camps de Drancy (Seine-Saint-Denis) et de Pithiviers (Loiret), avant leur déportation à Auschwitz.

La rafle du Vel’ D’Hiv voit l’arrestation par la police française de 3 118 hommes, 5 919 femmes, et 4 115 enfants. Les Juifs de la capitale redoutaient alors une nouvelle rafle, or ces dernières vagues d’arrestations avaient jusqu’à présent épargné les femmes et les plus jeunes. Les hommes ciblés prioritairement par le régime vivaient déjà pour beaucoup en état de clandestinité. Entre 1942 et 1944, 11 400 enfants juifs seront arrêtés en France, dont plus de la moitié à Paris. Une grande partie d’entre eux vivait dans les quartiers populaires de l’est parisien, notamment dans le Marais, à Belleville, et dans le faubourg Saint-Antoine.

 

 

Centre culturel majeur parmi les communautés juives européennes, Paris accueillait avant la guerre de nombreuses familles venues trouver refuge sur le territoire de la République, « pays des droits de l’homme ». Souhaitant échapper à des régimes autoritaires et à un antisémitisme plus menaçant encore, elles venaient d’Allemagne, de Pologne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie, de Roumanie, ou encore de Russie. La plupart logeaient dans les petits appartements des faubourgs ouvriers parisiens, témoins des vagues d’immigration successives qui ont fait l’histoire de la capitale.

Au sortir de la guerre, l’étendue du désastre est incommensurable pour les Juifs français et parisiens qui auront survécu à l’occupation, à la collaboration, et à la Shoah. Des familles entières sont décimées. Les appartements où elles vivaient accueillent désormais de nouveaux occupants, et leurs biens ont été volés. C’est toute une facette du Paris juif, rythmée depuis la fin du 19e siècle par les échos du yiddish, qui a disparu en un instant.

 

 

Photographies : Affiches réalisées par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) dans les rues de Paris en 2020

 

 

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