La place des combattantes et combattants du sida inaugurée dans le Marais

Dans le quartier du Marais, la petite esplanade du métro Saint-Paul a adopté sa nouvelle dénomination ce mercredi 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida.

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Après un vote à l’unanimité du conseil de Paris le mois dernier, Anne Hidalgo a inauguré en fin de matinée cette place visant à « rendre hommage aux morts du sida, aux personnes vivant avec le VIH, mais aussi au personnel soignant, aux scientifiques, aux associations et à toutes et tous les militants, célèbres ou anonymes, de la lutte contre le sida ».

Notamment accompagnée de Jean-Luc Romero-Michel, son adjoint (Paris en Commun) en charge des droits humains, de l’intégration, et de la lutte contre les discriminations, d’Anne Souyris, adjointe (EELV) à la santé publique, et de Laurence Patrice, adjointe (PCF) en charge de la mémoire, la maire de Paris a indiqué la volonté de la ville « d’inscrire dans nos rues la mémoire de celles et ceux qui ont lutté, qui ont fait l’histoire, mais que l’histoire a tenté de rendre invisible, d’effacer ».

« Avec Jean-Luc Romero-Michel, nous avons souhaité lutter contre cet effacement », explique la maire de Paris en évoquant l’ampleur de la tragédie qui a frappé la capitale dès le début des années 1980 : elle fut en effet la ville d’Europe la plus touchée aux côtés de Londres. « Ce sont des années noires pour Paris, c’est une génération perdue. La ville a perdu près de 10 000 de ses enfants à cause du sida » entre les seules années 1989 et 1996.

Anne Hidalgo a rendu un hommage appuyé « aux soignantes et soignants qui ont œuvré contre le sida, dont beaucoup au sein de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris » (AP-HP), mais aussi aux associations créées dans la capitale, comme Aides dès 1984, ou encore l’antenne parisienne d’Act Up en 1989. L’organisation de lutte contre le VIH et les discriminations organisait en fin d’après-midi une manifestation entre la place de la Bastille et la Flèche d’Or (20e), jugeant en parallèle que « les plaques commémoratives ne nous soignent pas, ne nous protègent pas des contaminations, ne nous protègent pas des discriminations ».

Les relations entre Act Up – Paris et l’exécutif parisien se sont considérablement refroidies depuis la plainte pour diffamation déposée en 2020 par Hélène Bidard, adjointe (PCF) à la maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes et de la jeunesse, à l’encontre de l’ancien président de l’association Marc-Antoine Bartoli. Ce mardi 30 novembre, une tribune de soutien signée par une centaine de militants, collectifs, et associations a été publiée par Têtu pour dénoncer une « stratégie de dissuasion et cette judiciarisation du débat public ».

Au cœur de leur opposition avec l’élue communiste, les positions abolitionnistes de cette dernière vis-à-vis de la prostitution. « Il a été difficile, voire impossible, pour les associations communautaires de travailleur·ses du sexe de nouer un dialogue avec Hélène Bidard », estiment les auteurs de la tribune. Un sujet pourtant central depuis les débuts de l’épidémie, les travailleuses et travailleurs du sexe représentant encore aujourd’hui l’un des premiers publics concernés par le VIH. « Les plaques commémoratives ne nous protègent pas des élu·E·s complices des politiques réactionnaires faisant le lit de l’épidémie », poursuit Act Up – Paris.

Le choix d’Hélène Bidard semble en tout cas provoquer un certain gêne dans la majorité municipale. Rémi Féraud, sénateur (PS) et président du groupe Paris en Commun au conseil de Paris, nous a confié après la cérémonie qu’il « ne l’aurait pas fait ». La décision de l’adjointe à l’égalité femmes-hommes n’a visiblement pas fait l’objet d’échanges ou de débats au sein du groupe communiste : sa camarade Laurence Patrice rappelle ainsi qu’il s’agit d’une « réaction personnelle, à titre individuel », se refusant à tout autre commentaire.

Le sujet a également été évoqué dans les discours des militants associatifs qui se sont succédés derrière l’estrade, l’un d’entre eux déplorant « qu’un combattant du sida soit actuellement attaqué en justice par une élue de la ville de Paris ». Hugues Charbonneau, secrétaire général de Sidaction, a jugé que « personne ne nous fera taire même si oui, nous sommes parfois outranciers pour mener nos combats ! »

Ému de s’exprimer devant de nombreuses figures de la lutte contre le sida parmi lesquelles Patrice Meyer, fondateur de Vaincre le sida, première association française dédiée à cette cause, le militant a vu dans l’inauguration de cette place la reconnaissance « d’un mouvement de femmes et d’hommes qui ont refusé la fatalité », mais aussi « d’un mouvement social dans toutes ses dimensions ».

« Face à une épidémie qui concernait avant tout les pédés, les tox’, les gouines, les trans, ce mouvement a fait progresser la société dans son ensemble », a poursuivi Hugues Charbonneau. « Et pourtant, nous n’avons pas tout gagné : on peut évoquer la situation des personnes migrantes, la sérophobie encore très présente dans notre société, le sujet des travailleuses et travailleurs du sexe ».

« À vous mes sœurs et à vous mes frères, continuons le combat ! » a-t-il conclu, faisant écho aux mots de l’intervenante qui lui a succédé derrière le pupitre, l’actrice et vice-présidente de Sidaction Line Renaud. Aux côtés des associations depuis 1985, elle a indiqué vouloir « aller jusqu’au bout, quand on aura gagné, parce qu’un jour on gagnera. Il faut continuer à se battre, car combattre le sida, c’est se battre pour la vie ».

Au cours de la cérémonie, des membres de l’association Les ami·e·s du Patchwork des Noms (qui a toutefois refusé une participation officielle en raison de désaccords avec plusieurs politiques municipales) ont déployé « une pièce de tissu composée par les proches de personnes mortes du sida en leur mémoire ». Continuation d’une initiative lancée à San Francisco sous le nom AIDS Memorial Quilt, leurs compositions sont présentées chaque année à l’occasion du festival Solidays, organisé depuis 1999 par Solidarité sida sur les pelouses de l’hippodrome de Paris Longchamp. Un événement dont plusieurs orateurs ont souligné le rôle pour faire progresser la lutte contre le VIH, responsable de la disparition de 690 000 personnes dans le monde l’an dernier.

Estimant que c’est « au creuset de cette lutte que Paris a forgé ses outils de santé publique », Anne Hidalgo a confirmé l’objectif « Vers Paris sans sida à l’horizon 2030″. Une association du même nom a été lancée par la ville en 2016 : elle se donne trois principaux objectifs, les « 3×95 », pour la décennie à venir : « 95% des personnes qui vivent avec le VIH sont diagnostiquées, 95% des personnes diagnostiquées sont sous traitement, et 95% des personnes sous traitement ont une charge virale indétectable, c’est-à-dire intransmissible ».

Dans son discours inaugural, Ariel Weil, maire (PS) de Paris Centre, a cependant rappelé que « depuis plus d’un an, l’accès au dépistage du VIH n’a pas pu être totalement garanti ». Paris sans sida indique par ailleurs que « pendant le confinement, le déploiement du médicament préventif du VIH, la PrEP, a connu un coup d’arrêt et la reprise au premier semestre 2021 est moins vigoureuse qu’espérée ». Selon la ville, « 2 500 personnes à Paris vivent aujourd’hui avec le VIH sans le savoir ». Des séances de dépistage gratuites sont prévues dans plusieurs arrondissements. Dans le 20e, le centre médico-social de Belleville organise une journée portes ouvertes dédiée « à l’information, à la formation, et au dépistage » ce samedi 4 décembre.

Plusieurs voies parisiennes rendent hommage à des personnalités qui se sont battues contre le sida, comme la promenade Cleews Vellay (10e arrondissement), qui célèbre depuis 2019 la mémoire de l’ancien président d’Act Up Paris aux abords de la place de la République, ou encore la rue Hervé Guibert, dans le 14e arrondissement. L’Artère, mosaïque de 1 001 mètres carrés réalisée en 2006 par l’artiste Fabrice Hyber à l’initiative de l’association Sidaction, « témoigne des aspects sociaux, affectifs ou médicaux liés au virus » au cœur du parc de la Villette (19e arrondissement).

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Place des combattantes et combattants du sida
75004 Paris

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Photographies © Paris Lights Up

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