En images : Le Musée des égouts de Paris rouvre ses galeries au public

Après trois ans de travaux de rénovation, le Musée des égouts fait son retour à partir de samedi pour présenter l’histoire et les métiers du Paris souterrain. Un patrimoine vivant, toujours aussi indispensable plus d’un siècle et demi après la création du réseau actuel.

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Si l’entrée du musée fraîchement rénové se trouve face au très chic quai d’Orsay (7e arrondissement), à deux pas du pont de l’Alma, une visite de cette institution pas comme les autres nous rappelle l’étendue des galeries qui parcourent les sous-sols de la capitale, et l’omniprésence des égouts parisiens. « 2 600 kilomètres de réseau, soit un voyage Paris-Istanbul », précise Emmanuel Olivard, chef d’équipe égoutier au service des Parisiennes et des Parisiens depuis près de trente ans, et guide régulier au sein du musée qui rouvrira officiellement ses portes ce samedi 23 octobre.

Le siphon de l’Alma qui abrite le site est le premier des sept siphons des égouts parisiens : il fut mis en service dès 1868, et voit désormais passer « près de 145 000 mètres cubes d’eau par jour en temps normal ». Véritable « nœud du réseau d’assainissement », cet assemblage de tunnels se distingue des musées plus classiques par son caractère vivant, « en présentant des installations opérationnelles, au sein desquelles des équipes d’hommes et de femmes travaillent en permanence ». Le public peut même croiser quelques-uns des 270 égoutiers de la capitale (dont une dizaine d’égoutières) au fil des déambulations souterraines qui l’attendent, une partie des visites guidées étant même effectuée par ces experts des profondeurs de Paris.

Si leur ouverture au curieux a débuté dès la seconde moitié du XIXe siècle, notamment à partir de l’Exposition universelle de 1867, le musée actuel a été inauguré en 1975 et réaménagé une première fois en 1989. Le site a été choisi « car la plupart des ouvrages des égouts parisiens sont présents », explique Emmanuel Olivard. Après trois ans et « quatre millions d’euros de travaux », la rénovation d’ampleur dont il vient de bénéficier a permis d’ouvrir son accès aux personnes à mobilité réduite, de construire une entrée plus accueillante signée de l’agence d’architecture Frenak + Jullien, et d’améliorer la scénographie générale.

La visite comprend « une partie muséale, avec des changements concernant le multimédia et les projections », complétée par un parcours présentant un échantillon de 400 mètres du réseau parisien, des étroits conduits hérités de la politique du « tout à l’égout » systématisée à la fin du XIXe aux galeries les plus vastes. La signalétique des lieux a été modernisée, avec la mise en place de nouvelles animations et maquettes, et d’un système de QR Codes pour des traductions en anglais ou en espagnol. Les visiteurs internationaux représentent d’ailleurs une part non négligeable des 100 000 personnes qui découvraient le site chaque année avant le début des rénovations en 2018 – la nouvelle version du musée se donne pour objectif d’en attirer jusqu’à 150 000 par an.

Si les Catacombes et leur demi-million de visiteurs annuels ont encore un peu d’avance, les égouts de Paris proposent eux aussi une expérience mémorable, comme peu de musées peuvent se vanter d’en offrir. Loin de se limiter à ses spécificités olfactives, cette visite a de quoi ravir les amatrices et amateurs de patrimoine aussi bien que les fans d’insolite, d’ingénierie, d’histoire populaire, ou d’exploration urbaine. L’exposition présente tour à tour l’évolution du métier d’égoutier, les équipements utilisés pour assurer l’entretien du réseau, et des cartographies et panneaux interactifs décrivant son fonctionnement.

Les sous-sols parisiens d’aujourd’hui doivent encore beaucoup à l’incontournable Eugène Belgrand, ingénieur en charge de la direction du service des eaux de Paris à partir de 1854, au tout début des travaux du préfet de la Seine Haussmann. Le système n’a depuis cessé de s’étendre, à l’image de la hausse croissante de la population du bassin parisien. Sa mise en place a révolutionné le quotidien de la ville, améliorant considérablement l’hygiène de ses rues et la qualité de vie de ses habitantes et habitants. On compte désormais une plaque d’égouts « tous les cinquante mètres en moyenne » dans la capitale, précise Emmanuel Olivard.

Colombe Brossel, adjointe (PS) à la maire de Paris en charge de la propreté de l’espace public, du tri et de la réduction des déchets, estime également que la remise à neuf du musée a permis de souligner l’importance des égouts en tant que « levier absolument majeur de la transition écologique de la ville ». Évoquant « deux phénomènes de crues majeures » ces dernières années (en 2016 et 2018), et plus largement « des phénomènes climatiques en évolution et en accroissement », elle rappelle que l’entretien et la modernisation ces infrastructures demeurent plus que jamais essentiels.

L’une des priorités de la ville est de « réduire les infiltrations au maximum pour ne plus avoir à jeter les eaux usées en Seine », une nécessité qui peut s’imposer lors de crues ou d’épisodes de précipitations importantes. De fait, « la qualité de l’eau de la Seine et de la Marne, c’est notamment une question d’égouts », indique Colombe Brossel. Parmi les dernières initiatives mises en place pour atteindre cet objectif, on retrouve « la construction d’un nouveau bassin de stockage à Austerlitz, avec une capacité équivalente à celle de vingt piscines olympiques », un travail en lien avec les propriétaires de péniches, et le projet de raccordement des « 30 000 pavillons » et autres logements du bassin francilien qui déversent encore directement leurs eaux usées dans les deux grands fleuves de la région.

Le musée présente d’ailleurs les outils de mesure visant à s’assurer de la qualité des eaux de la Seine : pour rappel, la municipalité s’était donné pour objectif de rendre le fleuve accessible à la baignade d’ici 2024 – elle y est encore déconseillée, malgré une amélioration progressive des indicateurs. Dédiée aux défis environnementaux et climatiques, la dernière partie de l’exposition évoque le rôle indispensable et pourtant méconnu des égoutiers face à ces enjeux. On y découvrira aussi quelques initiatives étonnantes, notamment les essais en cours à Paris pour « transformer les urines en engrais, avec une expérimentation menée dans le quartier Saint-Vincent-de-Paul » (14e).

Malgré les apparences, cette visite des sous-sols de Paris peut aussi être source de poésie urbaine. Dans l’une des galeries du musée, on retrouve ainsi toute une série d’œuvres de l’artiste de rue Codex Urbanus, dont le singulier bestiaire fait en ce moment l’objet d’une exposition au Cabinet d’amateur, dans le 11e arrondissement. Les visiteurs retiendront aussi l’image de ces élégantes plaques de rues fixées au flanc des tunnels, dans un surprenant reflet souterrain de la voirie parisienne. En parallèle de sa réouverture, le musée espère bientôt rejoindre le Réseau mondial des musées de l’eau de l’UNESCO : un autre signal de ses ambitions renouvelées.

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Mardi à dimanche : 10h-17h – 9€/7€/0€

Musée des égouts de Paris
Place de la Résistance – Face au 93 quai d’Orsay, 75007 Paris
musee-egouts.paris.fr

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Photographies © Paris Lights Up

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