Conseil de Paris : Girard, casse-toi et ne reviens pas

Après avoir passé l’essentiel de sa carrière dans une bulle de privilèges co-sponsorisée par YSL et LVMH, Christophe Girard tente aujourd’hui un retour au conseil de Paris sans réaliser qu’absolument personne n’a envie de le revoir.

Exclu (trop) tardivement de son groupe politique, le conseiller de Paris et ami du sinistre Matzneff a décidé de ne penser une nouvelle fois qu’à sa petite personne, en mettant en scène son retour dans l’assemblée de la capitale où il a causé tant de dégâts l’an dernier. Après avoir été applaudi par le préfet sabre-peuple Lallement et fait voler en éclats quasiment à lui-seul l’unité de la majorité parisienne, Christophe Girard ne semble pas réaliser à quel point il est aujourd’hui indésirable.

Repartageons tout d’abord les excellents reportages du New York Times pour se faire une idée du sale type. Pour rappeler pourquoi il n’aurait jamais dû être présent sur les listes de Paris en Commun en 2020, à la suite des révélations le concernant. Rappeler à quel point les conseillères de Paris Alice Coffin, Raphaëlle Rémy-Leleu et Danielle Simonnet ont fait preuve de plus de courage en quelques paroles qu’il n’en démontrera dans toute son existence.

La mise au ban de Girard est également l’occasion de souligner combien sa disparition politique était une belle nouvelle pour la culture parisienne. Qu’a-t-elle gagné au cours de ces vingt dernières années ? Le scandale de la fondation Louis Vuitton de Bernard Arnault, qui a potentiellement coûté plus de 500 millions d’euros au contribuable (Libération, Challenges) ? Les dépenses inconsidérées réalisées pour satisfaire les caprices d’un autre milliardaire, avec l’ancienne bourse de commerce bientôt convertie en outil de propagande par François Pinault (La Croix) ? L’audace et le mauvais goût d’organiser une exposition sur les malles LVMH au musée Carnavalet ? Le fiasco du Théâtre du Châtelet ? Les bâches hideuses des grandes marques de luxe qui recouvrent les bâtiments en rénovations ? L’esthétiquement discutable bouquet de Jeff Koons, artiste favori des plus fortunés, « cadeau » que la ville continuera d’entretenir sur ses propres deniers ?

Particulièrement féconde pour les milliardaires souhaitant se faire un peu de publicité, la période Girard s’est accompagnée d’une médiocrité qu’il était certainement plus difficile de dénoncer quand monsieur validait les budgets culturels. Difficile d’avoir du recul quand on est au service des « puissants », et entouré par eux en permanence : Girard le prouve une fois de plus en pensant retrouver l’air de rien le conseil de Paris.

Qu’est-ce qu’on lui doit d’autre ? La Nuit blanche, avec deux fois plus de directeurs que de directrices artistiques choisis en près de vingt ans, dans un milieu pourtant très féminin. Des budgets trop souvent consacrés à des performances tape à l’œil dans les beaux quartiers, plutôt qu’une mise en lumière des artistes de terrain. Des institutions culturelles souffrant d’un manque flagrant de diversité dans les postes de direction. Un immobilisme qui voit Paris encore dans l’attente d’un centre dédié aux cultures LGBTQ+, à la hauteur de ce que la capitale représente. Un Centquatre et une Gaîté Lyrique qui n’accueillent toujours pas assez de visiteurs, malgré des budgets des plus conséquents. Une aide insuffisante aux artistes menacés par la hausse des loyers et les promoteurs immobiliers. Bref : monsieur était bien trop pris par les dîners mondains pour se soucier des véritables artistes.

En réinvitant sans cesse des copains qui n’ont guère d’autres qualités que d’être des copains, en subventionnant un art élitiste qui trop souvent se regarde le nombril, on finit par montrer ses limites. Tout ce que Christophe Girard pense avoir accompli, quelqu’un(e) d’autre l’aurait fait mieux que lui. C’est l’un des révélateurs du monde de la culture : pour rentrer véritablement dans l’histoire, le fric et les relations ne pèsent finalement pas grand chose face à l’honnêteté artistique.

Après avoir menti à la maire de Paris et à la France entière, Girard démontre une nouvelle fois toute l’étendue de sa petitesse en reprenant son siège au conseil de Paris ce mardi 2 février. La capitale a une nouvelle adjointe à la culture, Carine Rolland, mais il n’a visiblement aucune intention de lui donner une chance de tracer son propre chemin. Non, il faut qu’on parle de lui. Pourtant, la disparition de Girard du paysage politique était l’occasion idéale d’enfin tourner la page de la culture version LVMH qu’il a représenté, et qui a coûté si cher à la capitale.

Personne ne regrettait Girard. À vrai dire, personne n’aura envie de s’assoir près de lui en conseil de Paris : telles sont les conséquences de la répugnance qu’il inspire. Source d’embarras pour ses collègues, piètre architecte d’un bilan culturel au service du luxe, symbole des privilèges et de la culture du viol en politique, il n’a absolument plus rien à apporter à l’assemblée parisienne et la décence devrait l’inciter à démissionner de l’ensemble de ses fonctions, au conseil de Paris comme dans le 18ème arrondissement. Une telle prise de conscience nécessiterait cependant des qualités intellectuelles et morales qu’il ne possède pas.

Casse-toi et ne reviens pas, Girard. Il n’y aura jamais de plaque à ton nom dans les rues de Paris : juste une grande honte, synonyme de toi. Imite tes amis, va donc passer tes dernières années à languir en silence sur les côtes de la Méditerranée. Les Parisiennes, les Parisiens, et toutes celles et ceux qui vivent pour la culture, pourront alors enfin t’adresser leurs derniers mots d’adieux : bon débarras !

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T. S.

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