Fin d’un non-suspense : Benjamin Griveaux sera bien le candidat LREM à Paris

Après une campagne interne tumultueuse, la commission d’investiture du parti présidentiel a désigné Benjamin Griveaux comme son candidat pour la mairie de Paris. Il devrait en toute logique être le principal rival d’Anne Hidalgo en vue de sa campagne de réélection lors des municipales de 2020.

Si la dernière ligne droite de l’affrontement entre Benjamin Griveaux et Cédric Villani pour obtenir la désignation de La République En Marche (LREM) aura laissé entrevoir un certain rééquilibrage entre les forces en présence, sondages flatteurs à l’appui, la désignation de l’ancien porte-parole du gouvernement n’est guère une surprise pour les observateurs de la politique parisienne.

La méthode du parti de la majorité présidentielle pour choisir son candidat, avec le recours à une opaque Commission nationale d’investiture (CNI), avait pour objectif d’éviter une lutte fratricide trop dommageable en vue de préparer les municipales de 2020. Force est de constater que ce processus, critiqué par l’ensemble des candidats à l’exception notable et désormais fort compréhensible de Benjamin Griveaux, aura finalement produit l’effet inverse.

Après avoir devancé l’annonce des résultats officiels, le mathématicien et député Cédric Villani a annoncé qu’il attendrait septembre avant d’apporter ou non son soutien à son ancien rival. Ambiance : alors que plusieurs cadres du parti LREM ont évoqué la possibilité d’une exclusion du mouvement en cas de non-ralliement au candidat désigné, l’élu dénonce déjà les « menaces » dont il a fait l’objet depuis l’annonce des résultats. Certains le disent même prêt à lancer sa propre candidature dans la capitale, avec une possible entente avec quelques figurants de la politique parisienne, tels Pierre-Yves Bournazel ou Gaspard Gantzer.

Alors que la maire actuelle Anne Hidalgo est loin d’avoir dit son dernier mot pour les municipales de 2020, le parti centriste se retrouve désormais embourbé dans des polémiques internes principalement causées par le manque de justesse et de transparence du processus de désignation. Sensé être enfin en ordre de bataille avec la fin du non-suspense et le choix de Benjamin Griveaux, le parti apparaît plus désuni que jamais dans la capitale. Une grande partie de la base militante, outil pourtant essentiel au succès d’une campagne locale, est désabusée par l’absence de consultation des adhérents et sympathisants du mouvement.

Après la dureté d’une campagne qui aura vu Griveaux dévaluer la légitimité de ses concurrents en rappelant plus ou moins ouvertement l’onction présidentielle dont il bénéficiait, peut-on facilement imaginer les anciens soutiens de Villani ou de Mahjoubi faire aujourd’hui campagne avec enthousiasme pour le candidat officiel du parti ?

L’absence de consultation, sinon de primaire, n’avait guère de justification politique pour LREM. Le gagnant d’un tel processus aurait au moins pu se prévaloir d’un choix démocratique des militants, à même de rassembler le parti dans la capitale. Si Benjamin Griveaux était si certain de la pertinence et de la force de sa candidature, pourquoi souhaiter éviter à tout prix un vote, ou au moins une association plus large des sympathisants du mouvement ? Explication plausible au vu des dernières semaines de campagne : face à la dynamique de Villani, le match aurait certainement été beaucoup plus disputé qu’annoncé.

Le candidat Griveaux avait de toute évidence les faveurs d’Emmanuel Macron – qui recevait à l’Élysée les membres de la CNI le 5 juillet dernier en vue de les inciter à « prendre une décision irréprochable » pour les municipales parisiennes. Qu’on le veuille ou non, l’absence de consultation de la base militante laisse l’amère impression d’un fait du prince, à l’opposé du revirement de stratégie voulu par le président de la République pour casser son image de décideur vertical sinon « jupitérien ».

Pour une ville aussi importante que Paris, un tel procédé de désignation est discutable à de nombreux points de vue et constitue un véritable enchaînement d’erreurs stratégiques. En termes purement politique, la plus importante d’entre elles pour LREM est qu’il laisse Anne Hidalgo dans la perspective d’un affrontement avec un candidat « idéal », ou en tout cas beaucoup moins consensuel qu’aurait pu l’être une figure aussi appréciée que Cédric Villani (en dépit de son étonnant passé de président du comité de soutien à la campagne d’Hidalgo en 2014 !). La priorité ne semble pas avoir été de choisir le candidat le plus à même de l’emporter, mais celui qui satisferait le plus le chef de l’exécutif.

Les dernières années de la carrière de Benjamin Griveaux, « connard arrogant » autro-proclamé et pur produit de la formation politique à la française (Sciences Po, HEC), sont intimement liées au président de la République. En tant que porte-parole du gouvernement, il aura soutenu sa politique contre vents et marées – non sans agacer une partie de l’opinion, notamment en raison de sa virulence à l’encontre du mouvement des « gilets jaunes ».

Afin de s’assurer un score confortable dès le premier tour, le candidat LREM devra désormais séduire les électeurs des beaux quartiers parisiens pour devancer la gauche – situation ironique pour celui qui avait rejoint le Parti Socialiste au début des années 2000. Alors que la majorité des Français considèrent aujourd’hui En Marche comme un parti « de droite », reste à savoir si les Parisiens souhaiteront élire un maire conservateur après près de vingt ans d’une coalition des partis progressistes aux commandes de la ville.

 

 

Illustration © Site officiel de Benjamin Griveaux

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