En images : Avant la fin de la trêve hivernale, un rassemblement pour le droit au logement devant l’Hôtel de ville de Paris

À la veille de l’expiration de la trêve hivernale le 31 mars, associations et syndicats étaient rassemblés à l’appel de la Plateforme Logement pour toutes et tous ce dimanche après-midi face à l’Hôtel de ville de Paris. Manifestantes et manifestants ont notamment demandé l’arrêt des expulsions, et le respect du droit « à un logement stable, décent et à bas loyer ».

« 30 500 expulsions locatives manu-militari en 2025 : violence sociale, honte nationale ! » : l’association Droit au Logement (DAL) rappelait encore il y a quelques jours la brutalisation croissante des pouvoirs publics face aux plus précaires, et leur piétinement de plus en plus éhonté des textes censés assurer à chacun le droit à un toit. Les chiffres que reprennent les équipes du DAL proviennent des services du ministère de l’Intérieur ; c’est « 2 fois plus qu’en 2015 avec 14 360 expulsions, 3 fois plus qu’en 2005 avec 10 163 expulsions, 6 fois plus qu’en 1995 avec 4675 expulsions, 9 fois plus qu’en 1983 avec 3305 expulsions manu militari ». L’association précise que « jamais en France on avait expulsé par la force autant de familles. Ce sont les plus fragiles qui sont expulsés, et de plus en plus souvent abandonnés à la rue et à la très grande précarité ».

 

 

Jean-Baptiste Eyraud, porte parole du DAL, était de celles et ceux qui ont pris la parole ce dimanche 29 mars à l’occasion d’un rassemblement organisé face à la mairie de Paris, alors que le nouvel exécutif de la capitale était annoncé à la suite des élections municipales conclues une semaine plus tôt. Des manifestations de ce type étaient prévues « partout en France » à l’appel de la Plateforme Logement pour toutes et tous, réunissant notamment la CGT, l’Union syndicale Solidaires, la Fédération Syndicale Unitaire, le DAL, Utopia 56, ou encore Attac.

« Des politiques qui soutiennent ‘les vautours du logement' »

« La France compte 360 000 sans-abri, dont des enfants, des femmes, des personne âgées, handicapées, salariées ou non, avec ou sans papiers, laissées à la rue, à une mort lente« ‘. 912 décès de personnes sans logement ou hébergement durable ont été recensés en 2024 selon le collectif Les Morts de la Rue, « alors que 3 millions de logements sont vides, dont 1,35 million depuis 2 ans et plus », rappelle le collectif dans son appel aux manifestations du 29 mars. « Tout ceci est la conséquence de la hausse des loyers et des charges, de la baisse des APL et de nos revenus, des politiques qui soutiennent les vautours du logement’, aggravant l’accès pour toutes et tous à un logement décent, stable, à bas loyer. »

Les associations dénoncent notamment « les expulsions par la police [qui] n’ont jamais été aussi nombreuses, la loi ‘Choc’ votée au Sénat, les démolitions ANRU et les politiques d’urbanisme de gentrification », chassant « toujours plus loin du centre locataires modestes, résidents de foyer, jeunes, sans-abri, tandis que les occupants d’habitat de survie (cabanes, abris de fortune…) sont expulsés sans relogement, aggravant encore la crise du logement cher ». Cette manifestation fut l’occasion d’appeler au « retrait des lois et projets de loi qui attaquent le droit au logement : loi ‘Choc’, loi Kasbarian-Bergé, fin des APL pour les étudiants étrangers, permis de louer des passoires »

Dans une ville toujours plus chère, on a recensé « près de 137 000 » Parisiennes et Parisiens de moins entre 2012 et 2023

Plus largement, les miltants associatifs ont interpellé les pouvoirs publics pour fixer comme priorités « l’arrêt des expulsions et le relogement préalable des personnes menacées d’expulsion, la baisse des loyers et des charges, la hausse des APL, la réalisation massive de HLM à bas loyer et l’arrêt de leur démolition, la vente et la réquisition des immeubles vacants appartenant à des multi-propriétaires, l’application et l’amélioration des lois qui protègent les locataires, les mal-logés et les sans-logis, dont le DALO et l’encadrement des loyers », ou encore le « gel des loyers à la relocation ».

L’installation du nouvel exécutif parisien était également l’occasion de rappeler aux élus de la majorité dans la capitale leurs promesses de campagne : plus un seul enfant à la rue, lutte contre la hausse des loyers qui a forcé tant de ménages modestes à quitter la ville ces dernières années (avec « près de 137 000 » Parisiennes et Parisiens en moins entre 2012 et 2023, une baisse de population de -6%) ou les innombrables abus des multipropriétaires et des plateformes comme Airbnb que la municipalité n’a pas su endiguer suffisamment, droit à un hébergement pour les personnes en situation de grande précarité, etc. « Nous attendons un changement de politique dans la gestion de la ville de Paris, un changement pour une ville solidaire », expliquait l’association Utopia 56 cette semaine, rappelant que le nouveau maire de Paris « s’est engagé à investir 1% du budget de la ville en appliquant les demandes du collectif Le Revers, afin de mettre en place des mesures concrètes et rapide pour la protection des plus vulnérables – notamment les enfants à la rue, et les mineures et mineurs non accompagnés ».

Le nombre de personnes à la rue recensées à Paris en hausse de +48% en quatre ans

Signe du paradoxe et de la brutalité que représente la persistance du “sans-abrisme”, des chiffres publiés par l’Apur estimaient que plus de 18 600 logements étaient “durablement vacants” à Paris en fin d’année 2020. Dans la capitale, d’après les derniers chiffres fournis par l’association en 2024, « près d’un logement sur cinq (19 %) est un logement inoccupé, catégorie qui regroupe les logements vacants (9 %) ainsi que les résidences secondaires et logements occasionnels (10 %). Au total, on compte 262 000 logements inoccupés à Paris en 2020, parmi lesquels 128 000 logements vacants et 134 000 résidences secondaires et logements occasionnels ». Selon d’autres données, celles de l’Insee, la région Île-de-France compterait autour de 400 000 logements vides, dont près de 117 000 dans la seule capitale : soit une trentaine pour chacune des 3 857 personnes à la rue recensées en janvier dernier à Paris lors de la Nuit de la Solidarité 2026.

 

Carte de l’Atelier parisien d’urbanisme : logements inoccupés à Paris et dans ses environs © Source : Recensement de la Population (INSEE) – 2020

 

Le nombre de personnes à la rue comptabilisées dans le cadre de ce dispositif annuel a augmenté de +10% par rapport à 2025, et de +48% par rapport à 2022 ! Une hausse “continue et brutale”dénoncent comme bien d’autres les équipes de l’association Utopia 56, pour qui “ce chiffre est très loin de la réalité” et est “un minimum”Ces dernières soulignent aussi “qu’en seulement un an à Paris, le nombre de personnes survivant en campements a été multiplié par quatre, passant de 174 à 721 personnes selon le recensement de la dernière Nuit de la Solidarité”. Près de 350 d’entre elles subissent la rue “le long de l’axe Jaurès – Stalingrad – La Chapelle”, dans le Nord-Est parisien. “Les habitants de ces campements, majoritairement des hommes isolés et des mineurs non accompagnés, sont contraints de vivre dans des conditions indignes, marquées par une extrême précarité matérielle, sanitaire et sociale”, rappelle l’association, qui a récemment obtenu la mise à l’abri de dizaines de familles après l’éphémère occupation du parvis de la mairie du 14e arrondissement le 4 mars dernier.

 

 

Photographies : Rassemblement pour le droit au logement, dimanche 29 mars 2026 face à l’Hôtel de ville de Paris
© Siam Cohen Ragoubi

 

 

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