Alors que le Conseil constitutionnel examinera jeudi la loi immigration votée par le parlement avec le soutien des élus d’extrême droite, des cortèges ont défilé dans la plupart des grandes villes du pays pour dénoncer le texte. Selon la CGT, « ce sont 150 000 personnes de tous horizons qui ont marché dans toute la France contre la loi de la honte ».
Alors que 166 marches et rassemblements étaient organisés à l’échelle nationale ce dimanche 21 janvier, la manifestation parisienne a réuni des dizaines de milliers de personnes cet après-midi entre le parvis des droits de l’homme de l’esplanade du Trocadéro et la place de la Concorde. Après plusieurs rassemblements contre la loi immigration portée par le gouvernement depuis l’adoption du texte le 19 décembre dernier, cette nouvelle marche faisait suite à un appel commun de syndicats, de partis politiques de gauche, et de nombreuses associations opposées aux mesures xénophobes qu’il prévoit.
« Nous étions 25 000 à Paris, 10 000 à Marseille, 6 000 à Lyon, 5 000 à Nantes, Lille et Grenoble et aussi 80 à Groix et 85 à Belle Île « , s’est félicitée Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. « Cette loi tire vers le bas les droits de tous les salariés », a-t-elle réaffirmé au cours de la manifestation de ce dimanche. Adopté le 19 décembre 2023 par l’Assemblée nationale après son passage par le Sénat, avec 349 voix pour et 186 contre, le texte avait reçu le soutien des élus de droite et d’extrême droite.
Une loi « rédigée sous la dictée des marchands de haine qui rêvent d’imposer à la France leur projet de “préférence nationale”, pour les oppositions
Il doit désormais être examiné jeudi 25 janvier par les membres du Conseil constitutionnel, qui pourraient censurer certaines des mesures votées le mois dernier. De nombreuses voix se sont depuis élevées pour demander son retrait, ou sa non promulgation par le président de la République. Dans l’appel à manifester ce dimanche, signé par plus de 200 porte-paroles d’associations, représentants politiques, mais aussi artistes, scientifiques, et universitaires, les opposants au texte expriment leur « grande inquiétude après le vote de la loi immigration. C’est un tournant dangereux dans l’histoire de notre République ».
« Cette loi ne répond pas aux causes de l’exil forcé d’hommes, de femmes, d’enfants fuyant les guerres ou le réchauffement climatique, ni aux défis de l’accueil dans la dignité, ni au défi de la définition d’une politique digne et humaine d’intégration », soutiennent ainsi les personnalités signataires. « Elle a été rédigée sous la dictée des marchands de haine qui rêvent d’imposer à la France leur projet de “préférence nationale”. Elle torpille les piliers porteurs de notre pacte républicain, hérité du Conseil national de la Résistance. Elle s’attaque ainsi au droit du sol autant qu’aux droits fondamentaux proclamés par la Constitution : au travail, à l’éducation, au logement, à la santé… »
Les représentants d’associations de lutte contre la précarité et de soutien aux droits des étrangers mobilisés
« Soucieux de rassemblement et de solidarité plutôt que de division sans fin de notre société, nous demandons au Président de la République de ne pas promulguer cette loi », se conclut cet appel à « manifester dans notre diversité notre attachement à la devise de la République ». Parmi ses soutiens figuraient notamment des représentantes et représentants de la Cimade, de la Confédération nationale du logement, d’Emmaüs France et Emmaüs Solidarité, de la Fondation Abbé Pierre, de France Terre d’Asile, de la Ligue des droits de l’Homme, du MRAP, ou encore d’Oxfam France.
Dans la continuité des manifestations de dimanche 14 et dimanche 21 janvier, les nombreux collectifs rassemblés au sein de la Marche des Solidarités, réunissant en particulier des travailleuses et travailleurs sans-papiers, ont quant à eux appelé « à faire du 25 janvier une journée de mobilisation, de grèves, d’actions, de manifestations et de rassemblements » dans tous les secteurs. Pour ses porte-paroles, la date apparaît « charnière » : « pas tant dans l’attente des décisions du Conseil Constitutionnel. Mais parce qu’au soir du 25 janvier, Emmanuel Macron sera en position de promulguer la loi ».
Photographies : Cortège de la Marche des Solidarités à l’occasion de la Journée internationale des migrantes et migrants, le 18 décembre 2022 à Paris
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