La Fondation de l’Armée du Salut annonce abandonner le projet d’Espace Solidarité Insertion de Saint-Fargeau (20e)

L’Armée du Salut annonce « à regret » la résiliation du bail du 73 rue Saint-Fargeau (20e arrondissement), « après des mois de blocage » suite aux protestations de riverains. Initié l’an dernier, le projet visait au développement d’un espace « destiné à répondre aux besoins vitaux des personnes en très grande difficulté et à faciliter leur sortie de rue ».

Après des mois de débats parfois houleux, de manifestations d’habitants mécontents, et de contre-manifestations de riverains solidaires, le projet d’installation d’un nouvel Espace Solidarité Insertion (ESI) dans le quartier Saint-Fargeau semble plus que jamais incertain. La Fondation de l’Armée du Salut, qui envisageait de réhabiliter d’anciens locaux de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) avec le soutien de la municipalité et de l’État afin de venir en aide à des personnes sans-abri, vient en effet de jeter l’éponge. L’ouverture du site avait initialement été annoncée pour cette rentrée 2022.

« Voici désormais plusieurs années que la Fondation de l’Armée du Salut recherche des locaux qui lui permettraient d’implanter dans le nord-est parisien un ESI », explique dans un communiqué l’organisation « engagée dans la lutte contre toutes les exclusions et pour l’intégration de tous ». Imaginé à partir de 2021 en lien avec la ville de Paris, le projet du 73 rue Saint-Fargeau aurait pris place « dans des locaux loués à un bailleur privé ». Équipé de toilettes, de douches, d’une cafétéria, d’une bagagerie, et de boîtes aux lettres destinées aux personnes à la rue, il aurait été la première structure de ce type pouvant accueillir un public mixte dans le 20e arrondissement, complétant l’espace dédié aux femmes victimes de violence opéré par l’association Halte Aide aux Femmes Battues près de la porte de Montreuil.

L’Armée du Salut explique que les travaux projetés depuis l’an dernier étaient « hélas bloqués du fait d’un conflit sur la destination des locaux entre le bailleur et la copropriété. Après des mois de blocage, et face à l’impossibilité d’occuper les locaux conformément à la destination pourtant prévue spécifiquement au bail, la Fondation de l’Armée du Salut a, à regret, pris la décision de résilier ce bail », précise le communiqué de l’organisation, dont les équipes disent « regrette[r] profondément ce dénouement et que la solidarité envers les plus fragiles ne fasse pas davantage consensus dans la société ». Selon les opposants au projet d’ESI, qui avaient fait appel aux services d’un avocat et se disaient préparés à de longues démarches juridiques, la situation des locaux dans une copropriété privée n’était pas compatible avec l’accueil de public, son règlement intérieur n’autorisant d’après eux que l’installation de bureaux.

 

 

La conversion du site de 690 mètres carrés faisait suite à un vote du conseil d’arrondissement de décembre 2021. Un mois plus tard, le maire (Paris en Commun) du 20e Éric Pliez avait défendu le projet dans une lettre aux administrés en expliquant que l’arrondissement était « sous-doté » en équipements de ce type « au regard de sa taille ». Reconnaissant qu’une telle ouverture pouvait « susciter des inquiétudes », l’ancien directeur de l’association Aurore, également président du SAMU social de Paris de 2013 à 2019, avait toutefois estimé que « l’expérience acquise depuis l’ouverture des premiers accueils de jour démontre que ces dispositifs ne provoquent ni nuisance, ni regroupement durable, dans les quartiers où ils sont implantés ».

Souhaitant « chaleureusement remercier tous les partenaires et habitants du quartier qui se sont mobilisés pour permettre au projet d’ESI de voir le jour », l’Armée du Salut assure ne pas abandonner ses projets de développement d’un centre dédié aux personnes en situation de grande précarité dans le 20e, un arrondissement voisin, ou une commune environnante. En conclusion de son annonce, elle affirme ainsi que « tous [s]es efforts sont désormais tournés vers la recherche d’une nouvelle solution, afin que les personnes en grande difficulté ou à la rue puissent enfin bénéficier, dans le nord-est parisien, du minimum vital dont elles ont besoin ».

Liée au mouvement international d’inspiration protestante du même nom, la Fondation de l’Armée du Salut est aujourd’hui chargée du fonctionnement d’une quinzaine d’adresses et centres d’hébergement en région parisienne. Dans l’est de la capitale, ses équipes opèrent notamment l’ESI Saint-Martin (3e), l’Hôtel social du Palais de la Femme (11e), le Centre d’hébergement d’urgence et de réinsertion sociale de la résidence Catherine Booth (11e), l’Accueil de jour de la Maison du Partage (19e), le Centre d’hébergement d’urgence Mouzaïa (19e), la Résidence maternelle Les Lilas (19e), le Centre d’hébergement d’urgence Léon Jouhaux (20e), et l’Hôtel social de la résidence Albin Peyron (20e).

 

 

 

Photographie : L’immeuble du 73 rue Saint-Fargeau en mars 2022
© Paris Lights Up

 

 

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