Le 19e mobilisé contre la fermeture unilatérale du centre sportif Pailleron par le groupe Vert Marine

Délégataire de service public depuis le 1er septembre, Vert Marine a annoncé cette semaine la fermeture « temporaire » de l’Espace sportif Pailleron (19e arrondissement). Une première mobilisation réunissant usagers et riverains était organisée sur place ce vendredi soir pour demander sa réouverture.

« En raison de la crise énergétique, votre centre aquatique est temporairement fermé » : c’est par une simple affichette scotchée à la porte d’entrée que les habitués du centre sportif Pailleron, comprenant piscine, patinoire, et centre de fitness, ont appris jeudi que le site ne serait pas en mesure de les accueillir pour la rentrée. « Une décision injuste et brutale », pour le collectif d’usagers Pailleron en Lutte, rapidement constitué afin d’appeler le délégataire à revenir sur sa décision, en rappelant que « ce centre est un lieu populaire et important pour l’accès et l’éducation au sport, au bien-être, et à la santé, pour tous les âges et tous les milieux sociaux et culturels ».

La piscine Pailleron, monument Art déco inauguré en 1933 et rénové dans les années 2000, est la première de la capitale en termes de fréquentation : l’an dernier, elle a enregistré près de 377 000 entrées. Si Paris compte aujourd’hui une quarantaine de bassins, celui de l’Espace sportif Pailleron est l’un des deux seuls actuellement gérés en délégation de service public (DSP), avec celui des Halles. Alors qu’il était opéré par l’Union nationale des centres sportifs de plein air (UCPA) jusqu’à cet été, la remise en concurrence du contrat a vu l’arrivée du groupe Vert Marine en tant que nouveau délégataire le 1er septembre dernier. Malgré ses obligations contractuelles, la direction a justifié la non-réouverture de Pailleron par la hausse des prix de l’énergie – une trentaine d’équipements relevant de l’opérateur sont concernés à travers la France.

« Le nouveau délégataire argue de l’augmentation des coûts de l’énergie pour expliquer sa décision inédite et illégale. Mais il n’a sollicité ni la mairie, ni informé les usagers lors de sa reprise, ni proposé des solutions. Même mépris et même absence de communication de la part de Vert Marine envers les salariés en place, qui ont été placés en chômage technique du jour au lendemain », dénoncent les porte-paroles du collectif Pailleron en Lutte, qui a réuni vendredi soir une soixantaine de personnes pour la première mobilisation organisée sur place, en parallèle du lancement d’une pétition en ligne.

Souhaitant marquer son soutien au collectif, une partie de l’équipe municipale du 19e s’est rendue sur place autour du maire d’arrondissement (PS) François Dagnaud, accompagné pour l’occasion de Pierre Rabadan, adjoint (Paris en Commun) aux sports d’Anne Hidalgo. Le premier a indiqué avoir échangé avec la direction de Vert Marine « pour l’enjoindre de rouvrir l’établissement, d’assumer la délégation de service public, qui ne peut pas se réduire à une suspension de service public sans délai. Il y a des étapes juridiques, elles sont assez rapides, et l’étape d’après, si jamais ça ne bougeait pas, c’est une procédure dite de référé. C’est à dire qu’un juge serait saisi, et pourrait je l’espère contraindre à honorer le mandat de service public revendiqué et reçu » par Vert Marine.

 

Le maire du 19e arrondissement, François Dagnaud, et l’adjoint aux sports de la maire de Paris, Pierre Rabadan, échangent avec les usagers de l’Espace sportif Pailleron, le 9 septembre 2022.

 

Après une réunion avec la maire de Paris ce même vendredi, François Dagnaud a rappelé que l’objectif de l’équipe municipale était « d’obtenir dans les meilleurs délais la réouverture de l’espace sportif Pailleron », afin que ce dernier « puisse retrouver très vite un fonctionnement normal. Ici, on a huit écoles élémentaires et trois collèges qui ont des créneaux. Il est hors de question que par la grâce ou la fantaisie des dirigeants de Vert Marine, on se retrouve de nouveau avec des perturbations supplémentaires. Il est inimaginable que cet établissement puisse rester fermé, et il y a un procédé totalement cavalier, que d’ailleurs les dirigeants de Vert Marine ont quasiment revendiqué, en tout cas assumé, dans une interview donnée à La gazette des communes« .

Le maire du 19e s’est montré dubitatif quant aux arguments avancés par le groupe. « Indiscutablement il y a la pression des prix énergétiques, on ne va pas faire semblant de ne pas entendre, mais enfin, il y a d’autres opérateurs sur la place, l’UCPA et quelques autres, qui n’ont pas annoncé à ce stade de remise en cause de leur fonctionnement compte tenu des coûts de l’énergie. On peut aussi se mettre autour d’une table plutôt que de procéder de manière aussi cavalière et brutale vis-à-vis de vous, et vis-à-vis de nous », a regretté le maire d’arrondissement, avant de laisser l’adjoint aux sports de la maire de Paris s’exprimer à son tour.

« On est sur un sujet un peu particulier : comme on était en période de transition de DSP, ils n’avaient jamais ouvert, ils n’avaient jamais exploité. L’UCPA a terminé sa DSP le 31 août, Vert Marine avait huit jours pour former ses personnels, s’acclimater à l’établissement, et normalement devait ouvrir le 8 », a d’abord rappelé Pierre Rabadan. « Le 6, le conseil d’administration a pris la décision de fermer toutes leurs DSP pour mettre la pression, comme ils l’ont dit, sur les collectivités et indirectement sur l’Etat, pour trouver des solutions compensatrices ». Une forme de « chantage » dénoncée par plusieurs voix dans l’assistance, terme que n’a pas dénié l’élu chargé des équipements sportifs.

Après un constat d’huissier de la non-ouverture de l’établissement, l’équipe municipale « mise devant le fait accompli » a d’abord « adressé un premier courrier à Vert Marine : il y a un délai de 72 heures qui doit être respecté avant d’adresser un deuxième courrier. Si l’établissement n’est toujours pas ouvert, on pourra engager un référé chez le juge, qui est déjà prêt du côté de la ville », a indiqué Pierre Rabadan, assurant être en contact quotidien avec la direction du groupe.

« Comme on est dans un cadre contractuel, qu’ils n’ont pas ouvert, en n’exploitant pas une seule journée l’obligation de service public, ça donne un cadre un peu plus juridique que s’ils avaient déjà exploité l’établissement », une situation qui aurait selon lui permis à la municipalité de « rentrer dans une solution amiable. On est obligés de respecter un cadre juridique extrêmement contraint. [Les dirigeants de Vert Marine] m’ont assuré que si jamais des décisions étaient prises au niveau gouvernemental, notamment d’encadrement des prix de l’énergie, ils pourraient rouvrir assez rapidement, mais sans s’engager plus que ça ».

L’annonce unilatérale de la fermeture « temporaire » de 30 bassins a été l’occasion pour bien des usagers de scruter les agissements passés des dirigeants de Vert Marine, Thierry Chaix et Jean-Pascal Gleizes. « Ce qui m’étonne, c’est qu’il y a des antécédents. En 2016, ces gens ont été mis en examen [pour complicité du délit de favoritisme], ils ont été condamnés en 2017, ils ont fait appel, et ils ont été relaxés en 2021″, a ainsi rappelé l’une des participantes. Comme le rapporte la rédaction de Frustration Magazine, le groupe se félicitait encore récemment de ses résultats annuels – « 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017 » –, tout en se montrant fort généreux s’agissant des dividendes versés à ses actionnaires.

Assurant que « toutes les procédures ont été respectées » dans le choix du délégataire, après un processus obligatoire de remise en concurrence du contrat, décision relevant de l’administration municipale, Pierre Rabadan a précisé avoir « demandé au service juridique d’expertiser toutes les options possibles. On choisira au regard de tout ça ce qui est le plus rapide ». D’après l’exécutif, la procédure de référé aujourd’hui envisagée pourrait en principe conduire à une décision juridique dans un délai pouvant être de seulement quelques jours après sa mise en œuvre. L’adjoint aux sports a indiqué le souhait de prioriser l’apprentissage « essentiel » de la natation pour les publics scolaires.

Une priorité partagée par la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de l’école Armand Carrel voisine, qui compte « 300 enfants » concernés par des créneaux d’enseignement à l’Espace sportif. Une représentante de l’organisation était sur place, estimant que « c’est un quartier populaire : la possibilité d’aller apprendre à nager avec des cours privés, qui sont aussi possibles ici, c’est pas pour tout le monde. Il faut absolument que ça rouvre. Essayons de faire en sorte que les enfants ne soient pas un petit peu un bouclier de négociations ».

« Pour vous dire nos inquiétudes, ce dont on a très peur, c’est [que les dirigeants de Vert Marine] jouent le pourrissement, qu’ils jouent la montre. Qu’ils puissent un jour dire ‘on va rouvrir, mais en service dégradé’, ou en proposant des offres différentes », s’est également inquiété un porte-parole du collectif Pailleron en Lutte auprès de l’équipe municipale. « Ce qui fait sens dans ce bâtiment, c’est justement le collectif, le fait qu’on se croise et qu’il y ait des pratiques diverses. Le risque, c’est que les abonnés partent ailleurs, ou que les profs de qualité partent ailleurs, et qu’on se retrouve avec un prestataire qui prend des intervenants payés au lance-pierre, qui ne sont pas qualifiés. »

Promettant de ne pas « laisser pourrir juridiquement » la situation, les représentants de la majorité municipale espèrent avoir rapidement gain de cause face aux dirigeants de Vert Marine, insistant là encore sur la possibilité d’une réouverture partielle de la piscine à destination des scolaires. « Ils savent très bien que de toute façon, ils sont en faute juridique. Tout ça va aussi avoir des conséquences pour eux », a assuré Pierre Rabadan. Proposant de mettre en place un « conseil représentatif des usagers », un membre du collectif Pailleron en Lutte a jugé « qu’au-delà des problèmes actuels, il y aussi l’attachement symbolique et affectif au lieu. Les gens sont prêts à continuer à apporter des idées, à pouvoir aussi aider les élus à faire leur travail de surveillance de cette DSP, surtout avec un partenaire avec qui ça ne part pas sur de très bonnes bases ».

« Niveau confiance, ça démarre mal ! », a confirmé le maire d’arrondissement, résumant l’opinion générale après cet échange entre élus et usagères et usagers du centre. À peine lancée, la pétition « pour la réouverture rapide de l’Espace sportif Pailleron » avait déjà réuni plus de 500 signatures ce samedi. « Chaque jour compte pour empêcher le déclin et la casse de Pailleron par Vert Marine ! », écrit le collectif, qui appelle à une nouvelle mobilisation sur place lundi 12 septembre à partir de 18h30.

 

Dernière minute – mise à jour : « Suite à nos discussions intenses de ces derniers jours, Vert Marine devrait enfin ouvrir l’Espace sportif Pailleron très rapidement, probablement dès mardi prochain, 13 septembre », a indiqué l’adjoint aux sports Pierre Rabadan à 16h ce samedi.

 

Pétition :
« Pour la réouverture rapide de l’Espace sportif Pailleron »

 

 

 

Photographies : Mobilisation devant l’Espace Sportif Pailleron, Paris 19e – 9 septembre 2022
© Paris Lights Up

 

 

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