Une grande manifestation devant l’Hôtel de ville contre le nouveau gouvernement et la culture du viol

Plus d’un millier de manifestantes et manifestants étaient réunis ce samedi devant l’Hôtel de ville de Paris pour protester contre la nomination du nouveau gouvernement. Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin fait l’objet d’une enquête pour viol, tandis que le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti a attaqué à plusieurs reprises les mouvements féministes et leurs revendications.

Depuis plusieurs mois, les féministes se sont fait un devoir d’occuper l’espace public par le biais de messages en lettres capitales désormais omniprésents dans les rues parisiennes. Alors que le nouveau gouvernement annoncé le 6 juillet donne les premiers rôles aux ennemis des droits des femmes — malgré la prétention du président d’en faire « la grande cause du quinquennat » — la colère des militantes a cette fois-ci résonné en plein cœur de Paris à grands renforts de slogans, chants et pancartes.

« Un violeur à l’intérieur, un complice à la justice », « Gouvernement de la honte », « Liberté, égalité, impunité », « Ministère de la culture du viol »… la nomination du nouveau gouvernement était malheureusement de nature à inspirer les messages d’indignation des jeunes manifestantes (surtout) et manifestants (beaucoup moins), qui étaient près d’un millier à s’exprimer ce samedi devant l’Hôtel de ville, notamment à l’appel du collectif #NousToutes.

Dans la période que nous traversons, comment ne pas partager cette indignation ? L’exécutif a nommé des adversaires des causes féministes à deux des plus importants postes gouvernementaux, portefeuilles d’autant plus symboliques en raison des difficultés que rencontrent quotidiennement les femmes victimes de violence pour obtenir justice en France.

L’homme aujourd’hui en charge des institutions judiciaires de la République pense que #MeToo est allé trop loin, et que siffler les femmes dans la rue n’a rien de problématique. L’homme aujourd’hui responsable des forces de police est personnellement accusé de viol — constat tragique quand on sait à quel point les femmes ne reçoivent pas l’écoute ou le soutien qui leur sont dus lorsqu’elles souhaitent porter plainte contre un partenaire violent, un abuseur, ou un violeur.

Aux yeux des personnes victimes de violences sexistes et sexuelles, les pouvoirs publics ajoutent ainsi l’injure à la blessure, l’humiliation au désintérêt. Le message envoyé est clair : alors que seule une infime minorité de victimes parvient aujourd’hui à obtenir justice (en particulier en raison des déficiences, précisément, de la justice et de la police françaises), être personnellement accusé de viol n’est pas un obstacle à une nomination à l’un des plus hauts postes de la République. Pendant ce temps, les moyens supplémentaires promis par l’exécutif pour lutter concrètement contre ce fléau se font encore attendre.

 

 

 

L’ampleur du drame des féminicides et des violences faites aux femmes nécessite beaucoup plus que la mise en place d’un nouveau « numéro vert » et autres déclarations sans lendemains. Au-delà des promesses et des engagements politiques, un tel manque de respect envers plus de la moitié de la population ne peut rester sans conséquences.

 

 

 

Photographie d’illustration : Manifestantes et manifestants au cours de la marche #NousToutes du 23 novembre 2019
© Paris Lights Up

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