Marche #NousToutes du 23 novembre : un appel nécessaire après un automne de mobilisation féministe

La marche #NousToutes du 23 novembre vient conclure une saison particulièrement éprouvante pour les militantes et militants féministes, alors qu’actualités dramatiques et déclarations consternantes se succèdent jour après jour.

Les années passent mais le sujet des violences faites aux femmes demeure malheureusement toujours aussi pressant. Selon les sources, entre 115 et 137 féminicides conjugaux ont déjà été recensés en France en 2019, laissant craindre un bilan encore plus tragique que l’année précédente.

Après la première marche #NousToutes de l’an dernier qui avait déjà réuni des dizaines de milliers de participantes et participants pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles et appeler enfin à une réponse adéquate des pouvoirs publics, le constat reste plus qu’alarmant. La mobilisation aura eu le mérite d’alerter l’opinion – et de susciter un plus grand intérêt de la part des rédactions, comme le démontrent les récentes enquêtes du Monde sur les réponses inadéquates de la police et les insuffisances de la justice face à ce problème de société majeur.

Depuis, les militantes féministes d’hier ont pu compter sur les renforts d’une nouvelle génération militante plus que jamais déterminée. Preuve en est l’ambitieuse campagne d’affichage qui a essaimé sur les murs de Paris ces derniers mois pour mettre en avant le drame des féminicides et l’absence de politiques ambitieuses pour y mettre fin.

Lancée par l’ex-Femen Marguerite Stern à la fin du mois d’août, cette mobilisation aura permis de rappeler l’urgence de la situation en occupant l’espace public, celui-là même qui représente un danger toujours plus considérable pour les femmes que pour les hommes. À travers ces affiches en noir et blanc aussi minimalistes qu’omniprésentes dans les rues parisiennes, le collectif Collages féminicides Paris aura réussi un premier objectif : donner la visibilité qu’elle mérite à une tragédie désormais impossible à ignorer.

 

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Tout au long de l’automne, d’autres actions ont également contribué à médiatiser ce combat dans des lieux emblématiques de la capitale. Début septembre, un rassemblement était organisé devant la Tour Eiffel pour dénoncer le 100ème féminicide de l’année. En octobre, des militantes du groupe Femen se sont réunies au Cimetière du Montparnasse pour alerter l’opinion sur cette succession d’assassinats trop longtemps relégués au rang de simples faits divers ou de « drames familiaux ».

Au-delà de la persistance des meurtres « conjugaux », l’actualité française aura également remis sur le devant de la scène d’autres injustices systémiques encore subies par les femmes en 2019. On pense notamment à la dignité d’Adèle Haenel dénonçant le silence dans le milieu du cinéma et de la culture, ou à la juste colère provoquée par les éructations séniles d’un Finkielkraut se vautrant avec complaisance dans les caniveaux de la petite histoire télévisée.

Les terribles récits des actes criminels de Jeffrey Epstein, et plus récemment la sortie du dernier film de Roman Polanski, sont venus rappeler l’incompréhensible indulgence de notre société envers certains délinquants sexuels récidivistes, en particulier lorsque ces derniers s’avèrent être célèbres et fortunés. La Cinémathèque consacrait encore il y a peu une rétrospective au réalisateur franco-polonais…

De nombreuses projections de « J’accuse » ont ainsi été annulées et déprogrammées à travers toute la France, avec notamment une manifestation pour bloquer une avant-première du film organisée au cinéma Le Champo, dans le Quartier Latin. Le gouvernement ne semble en tout cas pas vraiment sur la même longueur d’onde.

La marche #NousToutes de l’an dernier constituait déjà un record de participation pour une manifestation féministe, et les organisatrices ont bien l’intention de faire de la réédition de cette année un succès encore plus retentissant. Après les récentes annonces gouvernementales jugées largement insuffisantes par les associations, il est plus que temps de rappeler l’ampleur de cette tragédie et l’urgence d’enfin mettre un place des solutions durables.

Prévu deux jours avant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes lors de laquelle le gouvernement dévoilera les mesures décidées suite au « Grenelle » dédié à ce sujet, le cortège parisien du 23 novembre partira à 14h de la Place de l’Opéra pour rejoindre Nation. Plus de 50 000 personnes ont déjà indiqué leur volonté de s’y joindre, dans une « déferlante féministe » qui devrait une nouvelle fois faire date.

 

 

Affiches du collectif Collages féminicides Paris dans les rues de l’Est parisien – Septembre à Novembre 2019
Crédit photos © S.T. – Paris Lights Up

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