Comme l’indique l’association Utopia 56 qui accompagne depuis mercredi 12 novembre les personnes occupant le parvis de la mairie du 20e pour demander « une mise à l’abri immédiate », ces dernières sont parmi « les plus vulnérables à la rue : ce sont des familles et des femmes isolées, parmi lesquelles une centaine d’enfants et une vingtaine de mineures non accompagnées ».
Alors que la trêve hivernale a débuté le 1er novembre dernier, une nouvelle action d’occupation de l’espace public vient rappeler le quotidien dramatique des femmes, des hommes, et des enfants à la rue, chaque année plus nombreux dans la capitale comme à l’échelle nationale. La Fondation pour le Logement des Défavorisés recensait en 2024 près de « 350 000 personnes sans domicile (en hébergement ou à la rue) » – contre 330 000 en 2023 et 143 000 en 2012 – tandis que le collectif Les Morts de la Rue dénombrait un tragique record de « 912 décès de personnes sans chez soi » cette même année (+16% par rapport à 2023). Pourtant, l’abandon des pouvoirs publics face aux crises du logement et de l’hébergement d’urgence force aujourd’hui même les populations considérées comme les plus fragiles à survivre à même le trottoir, comme les nombreuses familles avec enfants présents sur le parvis de la mairie du 20e arrondissement depuis mercredi soir.
Pour les équipes d’Utopia 56, accompagnées sur place par Médecins du Monde, « ces dernières auraient dû être prises en charge par l’État, seul responsable de leur hébergement. Il fallait gravement à ses obligations, en abandonnant femmes, mineures et enfants à l’instabilité, aux violences et à la peur d’une survie à la rue ». On compte également « 22 nourrissons, qui encourent un risque accru d’hypothermie », parmi les personnes réfugiées présentes sur place. Pour l’association, cette situation est « avant tout le résultat de choix politiques. Le 115 ne leur répond plus, et des places d’hébergement d’urgence sont supprimées chaque année ».
Les habitantes et habitants du quartier appelés à soutenir les familles à la rue
Face à l’inaction de l’État, les familles poussées à dormir au sol sans même une tente à la mi-novembre et les associations qui viennent les soutenir espèrent que la ville de Paris mettra rapidement à leur disposition un lieu d’hébergement – des gymnases municipaux ayant par exemple déjà eu cette fonction temporaire au cours de ces dernières années. « Il est urgent d’agir avant que les températures ne soient fatales », alerte Utopia 56 : « association en bout de chaîne, nous ne pouvons plus garantir accueil et dignité pour chacune de ces personnes. Chaque soir, nous devons monter un campement de fortune, parfois pour plus de 50 personnes ».
En renfort des actions d’Utopia 56 et de Médecins du Monde, les personnes réfugiées espèrent compter sur la solidarité locale, et appelle les habitantes et habitants du 20e arrondissement à les soutenir avec des « dons alimentaires directement consommables, produits d’hygiène et couches, et surtout votre soutien sur place, [en parlant] de la situation de ces familles autour de vous ». Parmi les besoins matériels essentiels, les associations indiquaient ce vendredi des besoins en brosses à dents, gel douche, shampoing, déodorant, lingettes, et couches, ces derniers pouvant être apportés aux bénévoles présents sur place en permanence.
« Lundi, il fera 1 degré à Paris »
À la veille de cette troisième nuit sur la place Gambetta, les équipes d’Utopia 56 dénonçaient « l’attitude de la préfecture de région », qu’elles accusent d’avoir contacté « la mairie de Paris pour lui mettre la pression afin qu’elle n’ouvre pas de gymnase car “c’est illégal”. Toujours aucune proposition de sa part bien sûr, seulement des menaces afin de s’assurer que les personnes restent dehors, qu’elles ne puissent pas rester à Paris et qu’à terme la misère soit bien délocalisée en région, pour un hébergement de maximum 3 semaines avant d’être remis à la rue ». Pour souligner l’urgence de la situation, l’association conclut en une alerte aussi glaçante que sans appel : « lundi, il fera 1 degré à Paris ».
Signe du paradoxe et de la brutalité que représente la persistance du “sans-abrisme”, des chiffres publiés par l’Apur estiment que plus de 18 600 logements étaient “durablement vacants” à Paris en fin d’année 2020. Dans la capitale, seuls 80% des logements étaient alors “occupés toute l’année par des ménages dont c’est la résidence principale” : en effet, 9% étaient des résidences secondaires, et 11% considérés comme vacants. Selon d’autres données, celles de l’Insee, la région Île-de-France compterait autour de 400 000 logements vides, dont près de 117 000 dans la seule capitale : plus d’une trentaine pour chacune des 3 507 personnes à la rue recensées en janvier dernier à Paris lors de la Nuit de la Solidarité 2025.
Photographie d’illustration : Parvis de la mairie du 20e arrondissement – Place Gambetta, Paris 20e
Jeudi 13 novembre 2025
© Paris Lights Up

